Albane Cleret

Le club d’Albane n’est pas un night-club mais un club de membres comme on peut en trouver à Londres. Chez elle, depuis près de quinze ans, tout le monde se côtoie pour créer du lien, du réseau. Stylistes, producteurs, acteurs et agents se rencontrent, font du business tout en se détendant, et c’est ce qui fait plaisir à Albane car « c’est le seul but ».

Quand la presse titre « Albane Cleret, la reine de Cannes », à quoi pensez-vous ?
Cela ne me fait pas spécialement plaisir car il n’y a pas de reine à Cannes : toutes les reines sont ces personnes qui travaillent activement sur le Festival, celles qui le créent, et il faut que chacun reste à sa place. Je n’ai pas cette prétention et je trouve même que ce n’est pas flatteur, ce n’est pas moi. Je suis beaucoup plus simple qu’on ne le pense. Comme quand on disait : « reine des nuits cannoises », alors que j’ai créé un club de réseau qui fonctionne aussi bien le jour sur la terrasse ! Le jour est même aussi important que la nuit.

Vous souvenez-vous de votre première saison à Cannes ?
Au départ, je n’étais pas du tout connue, j’ai mis trois ans pour m’implanter et dix ans pour avoir une certaine reconnaissance. Mélita Toscan du Plantier me téléphone un jour et m’annonce qu’elle « arrive avec Mick ». C’est qui, Mick ? « Eh bien, Mick Jagger ! » Pour moi, c’était impossible ! C’est cette image que je garde car je suis encore impressionnée par les gens. Je vois un film qui m’émeut, puis je vois les acteurs en vrai et je suis comme une petite fille.

Le plus dur au départ, c’était quoi ?
Trouver les fonds et essayer de se faire connaître dans un milieu très fermé, surtout lorsqu’on est une fille dans un milieu très masculin. Et être prise au sérieux quand on a à peine trente ans.

La petite phrase qui résonne encore en vous quand vous vous êtes lancée ?
Je retiendrais plutôt une phrase de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » C’est mon caractère, je suis quelqu’un qui croit tellement aux choses que j’y arrive ; je me remets également pas mal en question.

Ce qui a changé en quinze ans ?
Ma maturité. Je suis moins excessive dans mes sautes d’humeur, dans mes angoisses… L’expérience rassure forcément un peu, mais je ne suis jamais blasée. Je suis une hyper sensible, je suis un livre ouvert, je ne fais pas semblant. Avant, tout pouvait prendre de telles proportions quand il y avait des petites embûches ! Alors qu’aujourd’hui, je relativise en me disant que si ça ne se fait pas, c’est qu’autre chose de mieux arrivera.

Une erreur que vous ne commettrez pas deux fois ?
J’ai fait tellement d’erreurs… On les refait souvent, mais j’aimerais aujourd’hui apprendre à relâcher la pression. Mon mec me dit souvent : « Arrête de prendre une kalachnikov pour tuer des mouches. » C’est une énorme perte d’énergie, ça fatigue. L’erreur serait de présumer que je peux faire tout, alors que je ne peux pas tout faire ; il faut donc apprendre à déléguer. Aujourd’hui, je délègue à trois personnes exceptionnelles : Charlotte Camilla, Sophie Loustalot et Camille Lindic.

Avec un carnet d’adresses aussi prisé, fait-on davantage attention à son téléphone ?
Oui ! Définitivement. Pour le coup, si je le perds, ça peut me faire pleurer. Mais je ne suis pas la seule. D’autres femmes qui travaillent avec des politiques, des personnalités importantes ont peur de divulguer des données personnelles, de se faire harceler, etc. J’ai un côté très protecteur, c’est pour cela que chez moi, les gens doivent se sentir à l’aise.

La visite à laquelle vous ne vous attendiez pas ?
Chaque année, j’ai une surprise. Quand Ryan Gosling est venu pour ses junkets l’après-midi, c’était prévu mais je n’osais pas l’approcher. J’avais le cœur qui battait à mille à l’heure…

Vous avez déjà accueilli de nombreuses personnalités. Qui attendez-vous encore ?
Plein ! Quand je regarde les retours photocall, je m’aperçois après que je peux en avoir ratées. Je dirais Jodie Foster, Julianne Moore… Mais je suis contente avec tous ceux qui viennent déjà.

Un caprice de star que vous avez su réaliser ?
Faire livrer neufs burgers pour Robert Pattinson par le room service de ma chambre, puisque je dors au Marriott. Une image que je n’oublierai jamais !

Une fin de soirée qui a marqué les esprits pendant des années ?
Il y a deux ans, lorsque Quentin Tarantino a dansé avec les équipes de serveurs et a fait la fermeture. C’était extraordinaire !

La plus belle incruste ?
L’année dernière, un mec s’est fait passer pour le frère de Lescure. On l’a refusé sans être certain à 100 %. Mais Pierre Lescure est arrivé et nous a confirmé… qu’il n’avait pas de frère !

Qu’est-ce qui s’est décidé sur les banquettes du Club d’Albane ?
Pas mal de choses… On me  dit que chez moi, on gagne du temps car on rencontre les bonnes personnes.

Sentez-vous qu’il y a moins d’investissement à Cannes cette année ?
Oui, mais pas pour moi. J’ai beaucoup de chance car Chopard nous a rejoint, BMW est partenaire depuis quatre ans. Moët est historiquement présent, comme Belvedere avec ses cocktails spéciaux. Nous avons aussi cette année Phyto, qui aura sa suite et son coiffeur star de Los Angeles. Cette année aussi, toute personne qui viendra travailler pour ses junkets repartira avec un carnet Smythson gravé de ses initiales. Enfin, L’Avenue se charge de la table des déjeuners et la terrasse de jour est signée Fendi Casa.

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