Aurélie Saada voit la vie rose

Ancienne membre du groupe Brigitte, Aurélie Saada réalise Rose, son premier long-métrage. Elle nous émeut avec ce film délicat et juste. Mais qui est donc Rose ? (Crédit photo : Pierre Terdjman)

Olivia de Buhren

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ?

L’histoire, que j’ai imaginée, m’a donné l’impulsion de me lancer dans ce nouvel univers, et pas l’inverse. Je n’avais pas de désir de réaliser un long-métrage. Ce scénario est venu me hanter la nuit et a eu un écho particulier en moi. J’ai eu envie de le raconter en images, en sons. Bref, réaliser un film est apparu comme une évidence pour moi.

Quel est le pitch du film ?

C’est l’histoire d’une femme qui, à bientôt 80 ans, perd son mari et se surprend à réaliser qu’elle n’est pas qu’une mère, une femme ou une veuve. Elle va se redécouvrir. Rose va vivre une sorte de renaissance. Les révolutions intimes peuvent arriver à n’importe quel moment de la vie.

Comment est née l’idée de ce personnage ?

Il y a cinq ans, j’organise un dîner pour la Mimouna, la fin des fêtes de Pessa’h. Ma grand-mère Denise, qui vient de perdre son mari, est là avec un pull rose. J’invite aussi la productrice et écrivaine Marceline Loridan-Ivens. Ce soir-là, elle est exactement comme dans mon film. Ma grand-mère est hypnotisée par Marceline. Elle a les joues roses. Je l’ai vue aimer cette soirée follement. Les invités sont partis, j’ai pris mon ordinateur et j’ai écrit le synopsis du film.

Qui vous a inspiré ?

Mon histoire, mon entourage, ma famille. J’ai voulu inscrire mon personnage dans la réalité de ma vie. Dans tout le film, vous croisez ma sœur, mes tantes, mes amies et tout mon univers. Tout est lié à mon vécu, à mes chansons, à mes parfums et à mes goûts. Je ne voulais pas tricher et souhaitais que ça me ressemble.

Qui est Rose ?

C’est une femme qui était très épanouie dans sa famille. Elle était mère, grand-mère, bonne cuisinière. Elle était heureuse où elle se trouvait. Il n’y avait pas d’aventure. Ce deuil va bousculer ce qu’elle est. Elle perd pied, se révèle et va réveiller sa pulsion de vie.

Rose vous ressemble-t-elle ?

Oui, bien entendu. Le parcours de Rose, c’est un chemin que j’ai vécu et que je fantasme. Elle me ressemble, mais elle est aussi ma mère, ma grand-mère, elle fait écho à toutes les femmes que j’aime.

C’est un film sur l’émancipation des femmes, mais aussi sur le temps qui passe ?

Dans le film, Rose a 78 ans, l’âge où l’on met de côté son corps et sa féminité. La vie passe vite. Vieillir, c’est le chemin qu’on prend. Le corps des femmes à ces âges-là disparaît des radars. La féminité est mise de côté. Je voulais en parler, qu’on en prenne conscience, lui redonner sa place.

Y a-t-il un âge pour se sentir vieux ?

Je ne pense pas. On peut être vieux à 20 ans et jeune à 80 ans. La jeunesse, selon moi, c’est garder le goût de l’aventure. Croquer la vie jusqu’au bout. Rose, elle rajeunit le jour où son mari disparaît. Elle se met à vivre. Un peu comme moi, mon ami m’a quittée et m’a laissée avec mes deux enfants quand j’avais 30 ans. À ce moment-là, j’ai eu l’impression que mon monde s’écroulait. Je me sentais vieille et plus capable de rien, comme Rose au début du film, et puis j’ai rebondi. J’ai eu une deuxième naissance.

Peut-on tout faire à toutes les périodes de la vie ?

Tout est possible. Rose, elle redécouvre son corps, mais aussi et surtout l’amitié, la liberté. Il n’y a pas d’âge pour se sentir libre.

Êtes-vous quelqu’un de pudique ?

Je suis très pudique, mais très exhibitionniste en même temps. J’ai ce paradoxe en moi.

Comment gérez-vous votre rapport à l’intime ?

Pour me sentir bien, j’ai besoin d’écrire des histoires, des chansons. Je raconte à tous ce que je ne suis pas capable de raconter à une seule personne. Être nue devant tout le monde, c’est plus facile pour moi que d’être nue devant une personne, d’où cette dualité que j’ai en moi. Je n’ai pas peur, je me dévoile sans gêne. J’ai fait de mes aventures des œuvres, et aujourd’hui un film. J’aime la métamorphose.

Quel type de cinéma vous a nourri ?

Le cinéma italien et italo-américain des années 70. J’adore les petites histoires dans des grandes histoires. J’aime ce cinéma où les réalisateurs parlent d’eux. J’aime que la famille soit souvent présente.

Pourquoi avoir choisi Françoise Fabian ?

Selon moi, elle était la seule actrice chaleureuse, ronde et orientale qui pouvait jouer Rose. Elle porte en elle quelque chose qui incarne la liberté des femmes. Plus qu’une actrice, j’ai rencontré une amie.

On voit plusieurs de vos proches dans le film, en particulier votre sœur. Était-ce une volonté de votre part ?

Oui, ma mère et ma sœur sont présentes au début du film. À table, ce sont tous mes amis. Ils ne sont pas comédiens, mais ils sont là. Je ne pouvais pas ne pas les inviter. J’ai tourné un film familial. Tous les plats sont cuisinés par ma sœur Chloé. D’ailleurs, je donne la recette des makrouds à la fin du générique.

Avez-vous aimé créer la musique de votre film ?

J’ai adoré, parce que je suis allée creuser dans mes souvenirs d’enfance. Ma famille vient de Tunisie. C’est mon héritage. Travailler avec des musiciens orientaux et écrire en hébreu, c’était un rêve.

Quelle est la différence entre attendre la sortie d’un film et celle d’un album ?

Il y a quelque chose de très instantané dans la musique. On enregistre, on part en tournée. Un film, on le mûrit. Le synopsis, je l’ai coécrit avec une femme formidable, Yaël Langmann, il y a cinq ans. C’était il y a longtemps. Je l’ai tellement pensé, attendu. J’avoue, aujourd’hui, je crains juste de faire un énorme baby blues.

Un projet dans la musique après cela ?

Une fois que tu as goûté au cinéma, c’est difficile de faire marche arrière. J’ai tellement aimé cette expérience. Je pense que les équipes étaient, comme moi, toutes très heureuses. Je vais bien entendu continuer. La musique, c’est ma drogue dure. C’est vital. J’écris un nouveau disque seule, que je vais enregistrer en janvier. Je vais essayer de faire les deux. Si j’y arrive, je serai vraiment contente.

Rose réalisé par Aurélie Saada, avec Françoise Fabian et Aure Atika.
En salle le 8 décembre. Bande originale du film dans les bacs le 3 décembre.

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