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Bienvenue en détox digitale

Mails, Whatsapp, textos, likes, Snpachats, inbox, tweets… En 2016, les sollicitations numériques, en pleine apogée des réseaux sociaux et des Smartphones, n’en finissent plus d’envahir nos vies. À l’heure de l’ultra-connectivité, de nouveaux plans qui visent à éteindre complètement nos écrans font de plus en plus d’adeptes, au point de démoder ce brouhaha numérique gênant. Après un été 2015 tout en selfies, la détox digitale sera-t-elle le nouveau joujou estival ?

Un constat du clic inquiétant
En 2016, les chiffres ne laissent plus place au doute : l’ultra connexion règne bien sur nos civilisations ! En France, le temps moyen passé sur un portable s’élève à trois heures et cinquante-sept minutes par jour et 70 % de la population consulte sa messagerie toutes les cinq minutes ! Pourtant, 55,5 % des Français ont conscience que la cyberdépendance est une drogue qui pourrait les toucher et 57 % aimeraient apprendre à se déconnecter pendant plusieurs jours.
Ces dernières années, au rythme de la frénésie numérique, de nouvelles appellations geeks ont envahi notre vocabulaire : ainsi la « nomophobie » (l’angoisse de ne pas avoir son portable à proximité de soi), les flippants « FOMO » (fear of missing out, qui se traduit par la peur de manquer un événement important) ou le phubbing (contraction de phone et snubbing, soit snober les gens présents physiquement en consultant son engin). Mais un petit nouveau, contre-pied de ces vilains mots, a fait son entrée en 2011 dans le très sérieux English Oxford Dictionnary : la « détox digitale » ou le fait de se sevrer des écrans pendant un laps de temps. Or, selon une étude réalisée par l’agence Dagobert, 62 % des internautes manifesteraient le désir de prendre du recul avec leur activité digitale pour renouer avec la réalité, particulièrement les 18-45 ans.

Des célébrités sevrées
À l’origine de ce récent appel à la déconnexion, la blogueuse beauté Essena O’Neill publiait fin novembre sur son compte YouTube une vidéo d’elle en larmes, intitulée « Les réseaux sociaux ne sont pas la vraie vie ». Cette Australienne de 19 ans au physique de mannequin, suivie par plus de 600 000 personnes sur Instagram et 200 000 sur YouTube, y quittait avec fracas ces « réseaux sociaux pollueurs de spontanéité et de liberté » dont elle était devenue l’esclave. Louée par nombre d’internautes, la demoiselle était imitée par quelques célébrités, lassées elles aussi de leur addiction à l’autopromotion : de Ed Sheeran à Azealia Banks, en passant par Beyoncé, Matt Pokora, Renaud ou Michel Polnareff. Même l’Instagrammeuse en chef Kendall Jenner, suivie par 57,4 millions d’abonnés, reconnaissait dans une interview avoir envie de lever le pouce sur ses connexions par crainte du burn-out.
D’autres, accros aux médias, s’y sont aussi essayé. Tel le journaliste Pierre-Olivier Labbé, qui diffusait récemment sur Canal+ son documentaire Digital Detox après trois mois de sevrage le menant à ce bilan : « J’ai redécouvert les joies de l’errance cérébrale et je finis toujours par connaître les infos indispensables, même si c’est avec un peu de retard. » Ou encore le journaliste et blogueur Thierry Crouzet qui, après une consommation intensive d’Internet, éteignait tous ses appareils pour arriver à l’écriture de son essai, J’ai débranché (éd. Fayard). Alors que la loi El Khomri propose à son tour d’instaurer un « droit à la déconnexion », comment imiter ces pionniers de la pause numérique ?

Des cures et des voyages spécialisés
Partout dans le monde, de nouveaux lieux dédiés à la détox digitale ont fait leur apparition. Aux Etats-Unis, c’est dans la Silicon Valley, berceau de la folie numérique, que les stages de déconnexion pullulent le plus depuis 2009, tel le programme ReStart, qui se targue de défendre la « technologie durable ». Récemment, une enquête dévoilait que les enfants des cadres de Google ou Apple étaient systématiquement placés dans des établissements scolaires ultra-rétros – tablettes et Smartphones proscrits – et ne fonctionnant qu’à la craie et au tableau noir.
Pour se sevrer, tous les moyens sont bons. Imaginé par les Japonais il y a trente-cinq ans pour recharger leurs batteries, le Shinrin-Yoku, dont raffolent désormais les Californiens, consiste à abandonner son téléphone le temps d’une journée pour profiter d’un bain de forêt déconnecté. En Chine, où les taux de connexion des jeunes dépassent les quatorze heures par jour, les trottoirs sans wifi se multiplient et de vrais camps militaires proposent, pour 1 400 euros par mois (le double du salaire moyen), de baisser son taux de connexion à six heures par jour !
En Angleterre, l’agence Intrepid organise des Digital Detox Tours et aux Pays-Bas, la marque KitKat a installé des zones gratuites sans wifi pour offrir un digital break aux passants, tandis qu’en Italie, des Panic Room de l’Internet essaiment dans les villes, telle la RAM House, une structure en « mode avion » exposée par l’architecte Joseph Grima dans les rues de Milan.
Loin d’être en reste, la France surfe aussi sur ce nouveau créneau. Après les chefs étoilés Alexandre Gauthier et Gilles Goujon, lassés de la tendance food porn, qui tentent de bannir les Smartphones de leurs restaurants, certains hôtels ennemis du wifi proposent désormais des cures d’Internet à base de relaxation (au Vichy Spa Hôtel les Célestins), de dégustations de vin (au château La Gravière à Bordeaux) ou de mini-breaks en plein Paris (au Westin Paris-Vendôme). De l’écran total et une détox digitale : les alliés pour un été idéal ?

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