Que savez-vous de l’un et de l’autre ? Thierry sur Aïssa ?T.: Tu m’avais dit de ne rien préparer, alors je n’ai rien préparé… Je dirais juste que c’est la noire la plus jolie que je connaisse ! Et que c’est une très bonne actrice. Je l’ai vu dans le film de Klapisch et celui de Berri. Un « man in black » comme moi qui rencontre une « black magic woman » comme Aïssa, c’était obligatoire ! (rires)
Et toi, Aïssa, que t’évoque Thierry ?A. : J’hésite entre une sorte d’attraction et de répulsion ! Parce qu’en tant que comédienne, je suis une cible potentielle de ce virtuose de la lucarne, parfois lapidaire et sanguinaire… mais j’ai modifié mon jugement lorsqu’il y a quelques années j’ai participé à l’émission « 93 Faubourg ». On m’avait prévenue que je n’étais pas la « victime » ce soir-là… Ça s’était d’ailleurs tellement bien passé que je me suis dit : « Pourquoi les gens ont peur de ce mec ? ».
T. : En fait, pendant longtemps, j’ai eu le trac à la télé, et je renvoyais aux gens mon malaise, mais dans « 93 Faubourg », non seulement j’allais mieux, mais je ne préparais rien, je recevais, c’était très confortable…
Quel est le compliment qui vous déstabilise ?A. : Moi, je ne sais pas quoi faire du « tu es très belle »…Ça ne me déstabilise pas, mais ça ne fait tellement pas partie de mes valeurs familiales !
T. : J’ai tout faux alors moi en parlant de ta beauté à l’instant ! (rires) Moi, on me dit pas que je suis beau ! (rires) En ce qui me concerne, tous les compliments me déstabilisent…Je suis un mec de l’effort, du travail et de la rigueur. Les compliments, c’est pas mon truc.
Une qualité qui vous fait cruellement défaut ?A. : La constance. Je suis plutôt bonne sur 100 mètres, je ne suis pas bonne pour la course de fond. Et ça me pèse parfois.
T. : Tu vois, tu as besoin de moi qui suis une bête de somme ! (rires) Endurant… Tu vois, par exemple, les émissions de télé, c’est comme les yaourts à la fraise, il faut qu’il y ait toutes les semaines la même quantité de fraises dedans, et je fais ça depuis 25 ans ! En fait, je crois que je ne sais pas profiter de la vie, je ne m’accorde que peu de bons moments, j’ai une existence de marathonien.
Une mode à laquelle vous avez succombé ?A. : La mode des santiags ! J’en ai même portées avec un jogging !
T. : Moi c’est pire, au début des Années 70, à l’époque où j’écoutais Genesis, où je prenais de l’héroïne, j’avais un diamant à l’oreille, des bottes en python à talons et un manteau en poils de singe !
Le truc qui vous agace depuis toujours dans votre univers ? Ciné, télé ?T. : L’absence de critiques de télévision. La télé est jugée essentiellement sur des critères quantitatifs et non qualitatifs. Résultat : il y a des « cinéastes », mais aucun « téléaste » à part Jean-Christophe Averty. On a donc globalement une télé pas bien.
A. : Dans le cinéma, j’ai horreur de l’autosatisfaction qui s’installe avec le succès. On enchaîne parfois des rôles, alors on pense qu’on est bon ! C’est presque mal vu chez les comédiens de travailler !
Qui ne peut pas vous soupçonner d’admirer ?T. : Il y a une différence entre « admiration » et « compassion », mais je reconnais qu’en préparant une interview de Loana, et en lisant son bouquin, un dimanche après midi, je me suis mis à chialer. J’ai admiré son livre, très émouvant. Pauvre Loana, sacrifiée sur l’autel de la télé-réalité…
(Le téléphone portable de Thierry sonne, il ne décroche pas…) A. : Oh, le téléphone à l’ancienne ! il est vintage ! (rires)
T. : Oui, moi, c’est juste pour téléphoner… Et j’en ai acheté trois autres identiques, au cas où ils arrêteraient la fabrication !
Le mec ou la fille géniale que vous présenteriez bien à l’autre ?T. : Elle le connaît, c’est Yvan Attal ! Il est craquant, s’il n’était pas déjà en mains, je lui présenterai ! (rires)
A. : Moi, je lui présenterais bien Rokhaya Diallo, une fille étonnante d’intelligence et d’acuité, qui a monté une association « Les Indivisibles » et les « Ya’bon Awards », sorte de César du Racisme. En plus, elle est très belle…
T. : Tu me donnes envie de la rencontrer, bravo !
Quel est le pire rôle que vous ayez eu à jouer, dans la vraie vie ?A. : On a tous nos casseroles. A huit ans et demi, j’ai joué mon plus beau rôle : j’ai fait semblant de ne pas savoir que mon père était mort. Et ça a duré plusieurs mois. Lorsqu’on m’a enfin annoncé la nouvelle, ça m’a libéré. En même temps, c’est ce qui m’a fait.
T. : Moi, j’avais 55 ans, et ce fût mon pire rôle : celui d’un fils qui voit son père mourir. Et surtout, j’ai vu mon père qui était très croyant avoir peur à ce moment-là. Ça oblige à se poser des questions sur la religion…
Avez-vous peur du trou de mémoire ? A. : Je n’ai aucune mémoire des noms, des prénoms, ni des visages ! Je peux dire bonsoir quatre fois à la même personne dans la même soirée…
T. : Je ne reconnais personne non plus, et j’ai découvert que c’était un syndrome, dont Philippe Vandel est atteint également… Une fois, devant le Plaza Athénée, j’étais au téléphone, une femme s’arrête, me regarde et me dit : « Salut Thierry ! » Je lui réponds « Salut ». Elle me lance pour que je la resitue… « Juliette… ». Je la reconnais toujours pas. Elle dit : « Binoche ! ». En plus je l’adore… A Cannes, pendant le Festival, Marion, qui travaille avec moi, me chuchote les noms des gens qu’on croise ! (rires)
Votre meilleure ou votre pire nuit blanche ?T. : Lorsque j’ai commencé la télé, je transpirai énormément. Un jour, Jacques Martin me dit : « Mange du sel, ça va pomper ton eau, tu ne transpireras plus ! ». Le problème, c’est que je me suis enfilé une salière entière de Cérébos. J’ai enregistré l’émission… Et en rentrant chez moi, j’ai été pris de coliques néphrétiques toute la nuit ! Les cristaux de sel me déchiraient les reins l’un après l’autre !
A. : Respect ! (rires) pas mieux…
Pour finir, à ton avis Aïssa, qu’est-ce que Thierry pense que les femmes préfèrent d’abord chez lui ? Son impertinence qui le rend sexy ou sa constance dans la durée qui le rend sécurisant ?A. : Sa constance, ça ne se voit pas tout de suite ! (rires)
T. : Et oui, les femmes tombent amoureuses pour mon impertinence, mais elles m’aiment pour ma constance ! (rires)