Alice Taglioni & Gontran Cherrier

On pourrait presque les imaginer frère et sœur, tant leur visage et leur 
sourire semblent sortir du même moule. Pourtant, c’était bien la première fois que le boulanger dont tout le monde parle et la comédienne que tout le monde aime se rencontraient.

Par Hervé Prouteau.
Alice Taglioni  &  Gontran  Cherrier

Alice, que sais-tu de Gontran et de son métier ? 
A. : Je ne sais rien, si ce n’est que tu fais du pain ! 
G. : C’est ça ! Je suis boulanger pâtissier de formation, et je fais du pain… Evidemment, je fais des classiques comme la baguette tradition, mais j’essaye aussi de créer des pains avec des saveurs et des couleurs particulières, de jouer sur le sucré-salé. Je fais par exemple un pain à la figue, au citron et au fenouil.
A. : Tu es comme un cuisinier qui cherche et qui invente, non ?!

Comment vous présentez-vous, lorsque les gens ne vous connaissent pas vraiment ?
A. : C’est super lorsqu’on ne me reconnaît pas, je dis que je suis musicienne, pianiste. Du coup, je ne mens pas vraiment.
G. : Moi, je dis que je suis boulanger de la quatrième génération et j’en suis fier.

Avec qui vous confond-on parfois ?
A. : Une fois, on m’a confondue avec… moi ! On m’a dit : « Ah ! Tu me fais penser à cette actrice qui jouait dans La doublure » ! J’ai aussi eu droit à « tu me fais penser à Alice Taglioni, mais en plus jolie ! »
G. : Moi, l’autre jour, à l’aéroport, la fille de la compagnie s’est avancée vers moi, tout sourire puis s’est arrêtée net hyper déçue : « Je vous avais pris pour Julien Doré » …

Qu’avez-vous, jusqu’à présent, préféré entendre dire ou lire sur vous ? 
A. : Je réfléchis, mais je ne trouve pas. Je vais dire comme Gontran.
G. : Je ne crois pas ! Parce que moi, un journaliste a titré : « Gontran Cherrier, les plus belles miches du Paf ! ».
A. : (Rires) En effet, je ne suis pas sûre que ça m’aurait amusée de lire ça à propos de moi.

Une qualité qui vous fait cruellement défaut ?
A. : L’ordre, le rangement, c’est une catastrophe. Mon rêve, ce serait de trouver une assistante. Mais je ne suis même pas assez organisée pour ça !
G. : Moi, c’est la patience. Et je suis parfois un peu brouillon.

Pour l’amour du cinéma et pour l’amour du pain, jusqu’où iriez-vous ? 
A. : Depuis le début, j’ai l’impression d’être déjà allée très loin. Cependant, je ne suis pas du genre à décrocher mon téléphone, par peur de me faire refouler.
G. : Moi, je décide vraiment de mon destin, j’essaie de ne pas être passif, sinon, il ne se passe rien. Je me dis souvent : « t’as beau être né sous une bonne étoile, il faut la suivre ! ».
A. : Je suis encore parfois dans l’idée de l’imposture. Je ne voulais pas faire ça à tout prix, mais j’aime de plus en plus ce métier d’actrice.

Le truc qui vous agace depuis toujours dans vos univers respectifs ?
A. : Ce sont des métiers où l’on peut se perdre tellement vite. On va dire qu’il y a celles et ceux qui avaient une vie avant d’être « starifiés » et  d’autres non.
G. : Disons que pour les comédiens, c’est normal d’être sur le devant de la scène, mais pas dans nos métiers, or il y a quelques mecs dans cette profession qui se prennent pour des caïds, ce qui est extrêmement agaçant.

Que croit-on de vous qui n’est pas si vrai ?
A. : On croit souvent que je suis très féminine.
G. : Que je n’aime pas le pain ! (rires). Non, on m’a prêté quelques conquêtes alors que j’étais devant mon four !
A. : Et moi, j’ai encore des amis qui disent à leurs enfants : « Alice, elle ne travaille pas, elle s’amuse… ».

Un politique qui sort du lot ?
A. : J’ai honte de répondre ça, mais personne n’arrive à m’intéresser dans ce domaine !
G. : Notre actuel président, sa « starification » et son OPA sur les médias.
A. : Oui, c’est un peu Madonna ! C’est courageux de dire ça en tout cas, alors qu’il est au plus bas.

À qui diriez-vous « oui » presque sans réfléchir ?
A. : Woody Allen !
G. : Claude Lelouch m’a appelé et nous nous sommes rencontrés il y a peu de temps. Je crois que je vais dire « oui » à son projet dans mon domaine, pas dans le cinéma ! 
A. : Oui, sinon, tu n’as qu’à nous dire que Spielberg t’a appelé aussi ! (rires)
G. : Je ne parle pas anglais…

Qui ne pourrait-on pas vous soupçonner d’apprécier ou d’admirer ?
A. : Dany Brillant ! Mais je n’ai quand même pas son album.
G. : Le Bauhaus, ce mouvement artistique des années 20. Une école d’art qui a facilité le design dans la vie de tous les jours, avant d’être interdite par les Nazis.

Un moment particulièrement loupé ? Tournage, promo, dîner, plat préparé, examen ?
A. : Ma première promo, pour la sortie du film « La Bande du drugstore », sur Radio Nova, c’était Edouard Baer qui animait, je le trouvais aussi brillant que charmant, j’étais très impressionnée et lorsqu’il m’a dit en plaisantant : « refaites-nous la scène des essais », je me suis exécutée pendant 5 minutes, à réciter mon texte… J’ai eu honte.
G. : Moi je faisais un concours de pièces montées. Et au moment de prendre la mienne, tout s’est écroulé !
A. : Une pièce démontée quoi !

Un succès qui vous laisse plus que perplexe ?
A. : Euh… Christophe Maé.
G. : Top Chef et toutes les émissions de télé réalité autour de la cuisine.
A. : Ah moi j’adore ! 
G. : Je ne regarde pas vraiment, mais l’idée du « dîner presque parfait » était plus amusante. Cet engouement pour la cuisine, c’est vraiment un effet de mode.
A. : C’est vrai qu’avant il y avait le poker, maintenant c’est la cuisine, il va bientôt y avoir des émissions de « poker en cuisine » ! 

Alice, le film que tu n’as toujours pas vu, et toi Gontran, le resto ou lieu de bouche dans lequel tu aurais dû aller ?
A. : Je n’ai vu aucun film de Pialat, alors que je suis sûre que c’est sublime. C’est courageux de le dire, non ?!
G. : J’ai un concurrent qui a ouvert « le Grenier à pain » et je ne suis toujours pas allé y jeter un œil, c’est une erreur !

Quel est l’a priori le plus vrai sur votre métier ?
A. : Je crois que passé 30 ans, pour les femmes, au cinéma, tu ne peux pas commencer une carrière.
G. : Le pain fait grossir, c’est vrai, mais ça dépend avec quoi, comment, etc.

Où ne risque-t-on vraiment pas de vous croiser ?
A. : Au Baron ! A chaque fois que j’y suis passé, je me demandais ce que je foutais là !
G. : Moi, tu ne me croiseras pas dans une salle de sport.

Pour finir, une phrase ou une expression qui vous résume bien finalement ?
A. : J’aime cette expression que ma mère m’a toujours répétée : « Il sera beaucoup demandé à qui il a été beaucoup donné ».
G. : Mon premier éditeur avait trouvé comme titre  « Gontran passe à la casserole », c’était plutôt pas mal, je l’utiliserai un jour ! (rires)



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