A peine réunis, Claire et Raphaël parlent littérature…
C. : En ce moment, mon fils lit « le Père Goriot ». Balzac, c’est bien quand on est dedans !
R. : Je suis sûr que le découvrant aujourd’hui, j’adorerais.
C. : Moi j’aime Stendhal, Chateaubriand… je suis très classique.
R. : Moi aussi, je suis très vieille France ! (rires).
C. : Quand on aime la lecture, on peut être seul et isolé, on est le roi du monde.
Claire et Raphaël, vous vous connaissiez déjà personnellement ?
R. : Oui !
C. : je confirme… pas assez, mais on se connaît.
Alors, résumez nous l’autre en quelques mots, à votre façon…
C. : C’est un peu idiot, mais en fait, ce qui m’a d’abord frappée et plu chez Raphaël, c’est sa courtoisie, son attention à l’autre, sa bonne éducation. Une bienveillance sur les autres. Et puis, une culture, des centres d’intérêts originaux…
R. : Moi, ce qui m’a toujours impressionné, c’est la pudeur et la délicatesse avec laquelle, pendant le journal de 20 heures, tu racontes
ce monde violent. Et puis, tu embellis d’année en année !
Le poids des regards ou les mots des gens vous pèsent-ils parfois ?
R. : J’adore la flatterie ! C’est très vaniteux, mais c’est vrai…
C. : Et moi, les manifestations de gentillesse !
R. : Oui, même quand c’est exagéré ! Le pire, c’est le snobisme, jamais le débordement ou l’excès de gentillesse.
Qu’est-ce qui vous gène quand on parle de vous ?
C. : Pas grand-chose ne me gène, même si je trouve souvent injuste la présentation que l’on peut faire de notre métier et qui plus est, de TF1. Je n’ai jamais eu la sensation de faire des concessions ! Toi Raphaël, tu n’as pas de critiques majeures…
R. : Rien ne me pèse, j’aime aussi lorsqu’on
dit de moi que je suis un chanteur de charme ! ça donne un petit côté Dean Martin…
Quel est le compliment qui vous déstabilise ?
C. : Ce qui m’amuse, sans me déstabiliser, c’est lorsqu’on m’appelle « Anne » (pour Anne Sinclair) à cause du rapprochement syllabique.
R. : Moi, une fois, on m’a pris pour Jean-Luc Lahaye ! (rires).
Que regardez-vous à la téle de surprenant ?
C. : J’aime les variétés, je suis assez chauvine, donc les matchs de l’équipe de France, et « Qui veut gagner des millions » ou « Les enfants de la télé ». Mais c’est pas très surprenant tout ça ! (rires)
R. : Alors que moi, je regarde « Confessions intimes ». Et là, je me dis que ce qu’on vit n’est pas si mal ! C’est toujours des jaloux pathologiques, des mecs qui préfèrent leur bagnole à leur femme… (rires)
Qu’avez-vous, jusqu’à présent, préféré entendre dire ou « lire » de vous dans la presse ?
R. : Plein de trucs très sympas ! Dès qu’un type dit du bien de moi, je suis ravi. J’ai eu plein de beaux papiers, je me demande même parfois où l’on me trouve cette noblesse et cette profondeur ! (rires). Le portrait de la dernière page de « Libé »…
Et toi Claire, « Libé » ?
C. : Lorsqu’ils ont fait mon portrait, on leur avait ouvert toutes les portes, on avait joué le jeu… et il n’y a pas eu un truc positif ou une phrase gentille ! Mais à part ça, ce que j’ai préféré, c’est lorsqu’on a commencé à dire que j’étais « proche des gens ». J’ai longtemps souffert d’une image glaciale.
Que ne faites-vous pas ou plus tout à fait comme tout le monde ?
C. : Rien ! Au contraire, je ne me prive de rien. Les courses, la sortie de l’école, le Métro…
R. : J’ai juste arrêté les plages nudistes ! (rires)
Une qualité qui vous fait cruellement défaut ?
C. : C’est plus une frustration : je n’ai aucun don artistique, et pourtant, j’aime tellement ça. La danse… Et puis j’aurais aimé être plus insouciante, plus joyeuse, plus légère ! C’est une souffrance cette inadaptation au plaisir.
R. : J’aurais adoré savoir peindre ou dessiner très bien. Et être un virtuose du piano.
Mots croisés, avec qui auriez-vous rêvé de croiser la voix, la réplique ou la plume ?
R. : Ça n’aurait pas de sens pour moi de chanter avec David Bowie et encore moins pour lui ! On rencontre infiniment mieux les gens dans leur œuvre que dans la vie.
C. : Je suis d’accord, mais ça apporte beaucoup de connaître la vie d’un auteur pour mieux comprendre son œuvre. J’ai mieux compris Sweg en connaissant sa vie.
Moi, j’ai évidemment le fantasme du journaliste, j’aimerais rencontrer Clinton ou Obama et j’aurais rêvé de rencontrer Julien Gracq.
Qu’écoutez-vous d’étonnant ?
R. : Tu aurais voulu que je te dise que j’écoutais Francky Vincent ? Et ben, désolé… mais non ! (rires)
C. : Rien d’étonnant ! Julien Clerc, j’adore les paroles de Souchon… et j’aime la musique classique.
Raphaël, le cinéma, Claire, le théâtre… qu’est-ce qui vous démange en dehors de vos univers habituels ?
C. : J’aimerais franchir le pas d’apprendre
un texte et de le jouer. Mes petites expériences de scène m’ont donné confiance.
R. : Il y a quelques années, on me proposait des tas de choses, mais je n’étais pas prêt. Je n’étais pas assez dans le « lâcher prise ». Je trouve ça formidable le cinéma, on t’apprend l’insouciance, on t’apprend à être ridicule, à partir du resto sans payer… C’est presque
une thérapie ! Et tu finis comme dans « Les monstres » de Dino Risi !
Une mode ou un accessoire que vous aimez chez les autres, mais pas sur vous ?
C. : Le rouge à lèvres très rouge.
R. : Le vernis à ongles sur les doigts de pieds ! Comme le chanteur de Cure. J’aime bien les pantalons en cuir, mais ça ne me va pas très bien. D’une façon générale, je trouve que les hommes ne portent pas assez de vêtements de filles.
Quel est truc qui vous agace dans votre univers professionnel ?
C. : C’est l’inculture ou plus exactement, le peu de curiosité culturelle. Le manque de fond.
R. : Il y a tellement de travers ! Pas chez les chanteurs, pour qui j’ai de l’estime. Ce qui me choque, c’est la façon dont on infantilise les gens. On essaye de leur faire croire qu’ils ont de l’importance.
C. : C’est peut-être le travers de beaucoup de personnages publics.
R. : Moi aussi, je suis infantilisé, mais ce n’est pas un service à nous rendre.
Pour finir, que dit-on de vous de peu flatteur que vous oseriez nous répéter ?
C. : On me dit souvent que je vis à Disneyland, que je suis trop naïve. C’est sans doute vrai… mais ce n’est pas « peu flatteur » !