Que savez-vous l’un de l’autre ?
M. : J’ai beaucoup d’admiration pour les chefs, je suis passionnée par la cuisine alors que je ne sais pas où se trouve cette pièce dans un appart ! (rires). Yannick a une grande intelligence dans ce qu’il fait, il a des valeurs, il est simple et « normal », et puis je le trouve très élégant.
Y. : Je ne connais Marie qu’à travers son travail. Je l’ai découverte à la télé-vision il y a quelques années avec une grande fraîcheur. Elle est populaire, mais on sent qu’il y a du travail derrière.
Quelle est votre « spécialité » ?
M. : Je ne peux pas te dire ! C’est un peu prétentieux de se croire spécialiste. En tout cas, ce que je préfère, c’est l’interview et l’écriture. En arrivant à la télé après être passée par la presse écrite, on m’a dit : « ici, tu fais un sujet, un verbe, un complément, et ça ira !
On arrête Baudelaire… ».
Y. : Je suis un chef d’hôtel donc à la fois formé à la cuisine contemporaine,
au « banqueting » (réceptions et grand nombre de convives) et puis, nous avons 3 étoiles… Mais je vous rassure, à l’école, j’étais « tout pourri » ! (rires)
Vous faites des métiers « d’exposition » tournés vers les autres. C’est pesant ou plaisant ?
Y. : Mes parents tenaient des cafés tabacs, j’ai toujours été naturellement vers les gens. J’exerce un métier assez ancien, n’oublions pas qu’on est des aubergistes. D’ailleurs, je fais volontiers visiter mes cuisines. Les gens viennent chercher une parenthèse de vie au restaurant.
M. : Je viens du reportage et je rejoins Yannick car j’ai fait ce métier pour aller vers les gens.
Y. : Aujourd’hui, la cuisine est une affaire d’Etat. Il y a de plus en plus de gens qui savent manger. On monte sur les planches deux fois par jour. Pour se protéger du stress, on bosse beaucoup.Et puis, je suis capable de dire : « ce plat, on ne le laisse pas partir ! »
Et ça arrive souvent ?
Y. : Une ou deux fois par jour. Mais tu sais, on peut se planter, ça fait partie du truc, à condition d’être sincère.
Quel est le compliment qui vous déstabilise ou dérange ?
M. : Aucun ! (rires) Ce n’est pas honnête d’être dérangé par un compliment !
Y. : Et le compliment est toujours la conséquence de quelque chose…
M. : Il est mystérieux ce Yannick ! (rires) Moi j’ai été élevée par des parents formidables mais jamais complaisants, on n’a donc jamais été trop dans le compliment !
Quelle est la question que l’on vous pose vraiment trop souvent ?
M. : Sans hésiter : « Il est vraiment aussi sympa qu’il en a l’air, Michel Drucker ? »
Y. : « Qu’est ce que vous êtes mince, vous ne mangez pas votre cuisine ? ». Bien sûr que si, mais je n’ai aucune envie d’avoir du bide ! (rires).
Que mangez-vous d’un peu surprenant ? Soit pas très sain, soit pas très bio…
M. : Du camembert au petit-déjeuner avec mon thé, mais je ne trempe pas les tartines !
Y. : Des crocodiles Haribo. J’en mange des kilos !
M. : Et les Dragibus ! Moi j’adore les noirs, et au fait, ont-ils tous le même goût ?
Y. : Il faut que tu viennes à Courchevel, à l’hôtel du Cheval Blanc, on vient de faire une cave à saucissons…
Quelle émission de télé vous surprenez-vous à regarder parfois ?
M. : A priori tout m’intéresse. Il m’arrive de rester hypnotisée devant un programme débile.
Et comme j’adore la pêche, la chaîne « Chasse et pêche », ça me détend.
Y. : Je regarde très peu la télé, je préfère prendre un bouquin, c’est un meilleur sas de décompression après un service. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça un coup de feu, c’est violent.
Que pensez-vous de cet engouement des émissions de télé qui traitent de la cuisine ? N’est-on pas loin de l’overdose ?
Y. : Je n’ai aperçu que « Masterchef » et « Top chef », le souci, c’est que la valeur et la réalité des choses ne sont pas vraiment là. On s’apprête à donner 100 000 € à quelqu’un qui est loin d’imaginer la complexité de monter un restaurant… Pour ouvrir un salon de coiffure, il faut un brevet, pas pour ouvrir un restaurant !
M. : La télé simplifie les choses et laisse imaginer que tout est simple ! Tu sais, déjà pour présenter un JT du soir, les gens ne comprennent pas que tu y ailles à 8 heures du matin… Elle laisse imaginer que tout est facile, même lorsque tu regardes du patinage artistique, tu trouves que ce n’est pas si compliqué…
Y. : Il y a des émissions de cuisine formidables en Angleterre, entre ceux qui vont à la recherche des fondements pour retrouver la cuisine du Moyen Âge à Gordon Ramsay qui est génial…
Marie, qui rêverais-tu de cuisiner en interview ?
M. : J’avais rêvé Elie Wiesel, et ce fût formidable, mais j’aime interroger et faire réagir les anonymes.
Et toi, Yannick, que rêverais-tu de cuisiner mieux ?
Y. : C’est plus une préparation qu’un ingrédient, j’ai mis très longtemps à devenir « saucier », encore aujourd’hui, j’apprends… J’aime avoir la maîtrise de la sauce.
Balancez un peu… mettez-vous un peu à table ! Qui a la palme de la langue de bois ?
M. : Ce n’est pas par langue de bois que je ne vais pas citer de noms,
mais je regrette vraiment que les politiques la pratiquent, car malgré ce qu’ils pensent, ce n’est pas leur intérêt ! Je suis une inconditionnelle de Jean-Michel Apathie…
Y. : Moi, c’est mon fournisseur de truffes qui la pratique le plus ! (rires) Il est toujours en train de pleurer et de dire : « C’est une mauvaise année »…
De qui buvez-vous le plus souvent les paroles, à chaque fois que vous l’entendez ?
M. : Frédéric Lenoir, philosophe, spécialiste des religions avec qui
je prépare un livre sur Dieu. Il est cultivé et didactique.
Y. : De Michel Chapoutier, vigneron de son état. J’ai toujours rêvé d’apprendre à faire du vin, ça me fascine.
Que ne faites-vous pas ou plus tout à fait comme tout le monde ?
Y. : Aller au restaurant ! Je fais toujours une sorte de petite analyse… Et puis les gens n’osent plus m’inviter à dîner chez eux ! (rires)
M. : Il a raison, moi aussi… je regarde la télévision avec une distance.
J’ai grandi avec un poste de télé dans chaque pièce…
Un modèle ou une admiration sans borne pour l’un de vos pairs ?
M. : Le mien ! (rires)
Y. : Paul Bocuse. Lorsque j’ai terminé second du « Bocuse d’Or » en 1999 (Concours international de cuisine) et que j’ai dit : « je suis le premier français à finir second »… ma façon de prendre les choses lui a plu et il m’a toujours aidé.
« Auto-promo », donnez envie aux lecteurs de découvrir vos travaux !
M. : Lisez et écoutez « la Perruque de Joseph Haydn », parce que ce sont des histoires qui plairont autant aux enfants de 5 ans qu’aux ados et à leurs parents ! Parce que c’est vivant, intéressant et poétique !
Y. : Feuilletez « Terroir Parisien », c’est l’aboutissement d’une recherche d’identité. Une façon de préserver la diversité de nos agriculteurs et la matière première.