Marina et Jérôme, vous connaissiez-vous ?
M. : Moi je le porte, mais je ne le connaissais pas !
J. : C’est pour ça que je fais ce métier ! (rires)
M. : Je connais son visage, je connais sa femme (ndlr Isabel Marant), j’ai même mes CB et ma carte Vitale en lui ! (rires) Enfin, dans ses créations.
J. : Moi, je sais qu’elle fait partie des Robins de Bois, elle a l’air drôle, j’espère que je ne vais pas être déçu…
Quel est le compliment qui vous déstabilise ?
M. : Aucun ! J’adore.
J. : Moi, je reconnais que je fais ce métier pour entendre : « j’adore ce que tu fais ! C’est exactement ce dont je rêvais. ». C’est grâce à Isabelle Adjani dans « L’été meurtrier ». J’étais fou d’elle. Je me suis dit, « t’es trop moche, t’es comme Gainsbourg », sauf que moi je ne savais pas chanter, juste gribouiller… Alors si tu veux te faire des filles comme elle, fais-leur des trucs qu’elles vont pouvoir porter. Si t’es sur elle, c’est que tu les as séduites !
M. : C’est fou, un jour Daniel Auteuil m’a dit la même chose, il est devenu comédien
pour oser draguer les filles !
J. : J’adore donc Adjani, mais je suis très jaloux, elle a écrit à ma femme : « mon plus beau pull marine, c’est vous… ».
A quel moment, dans votre vie quotidienne, faites-vous le plus de cinéma ?
M. : J’espère que je ne fais pas trop de cinoche dans ma vie privée. J’en fais des caisses, mais je ne fais pas de cinéma. Et d’ailleurs, je ne supporte pas dans ces moments-là qu’on me dise : « oh quelle actrice ! Oh, t’es bonne comédienne, toi ! » (rires)
J. : En ce moment ! (rires) Et dans les mondanités, je ne le dis pas avec dédain, faut sortir le nez rouge… Mais on joue tous un rôle qu’on s’est choisi.
M. : C’est vrai, et d’ailleurs faut faire attention à ne pas devenir la marionnette de ce qu’on est ! (rires)
Quelle est la proposition la plus saugrenue qu’on vous ait faite ?
M. : Je vous jure que c’est vrai, on m’a proposé il y a quelques années d’être « l’image » d’une marque de saucisson ! Et bizarrement, j’ai décliné ! (rires)
J. : Moi, on m’a fait descendre au Festival de Cannes pour me présenter des gros producteurs américains qui voulaient « me financer ». Je suis arrivé seul, habillé comme un pouilleux sur leur yacht, et on m’a fait comprendre qu’on espérait que je vienne avec des filles ! J’ai repris l’avion direct.
Une mode à laquelle vous avez fini par succomber ?
J. : Moi, je ne succombe pas à la mode, je la fais ! (rires) On nous pousse à consommer alors on fonce !
M. : Moi, je n’ai jamais succombé à la mode du « brunch ». Aller chez des gens le dimanche midi et manger des œufs, je n’y arrive pas !
Un artiste, un film, un créateur, une marque qui n’a pas encore eu la reconnaissance
qu’il mérite ?
M. : Le réalisateur Christophe Honoré est un peu segmentant et c’est dommage car une partie de son talent est donc invisible. C’est triste que ce qui n’est pas « tape à l’œil » ne soit pas vu.
J. : Quand on voit tous ceux qui sont connus, qui ne devraient pas l’être ! Et tous les gens géniaux qui sont inconnus. J’adore Martin Margiela (couturier belge), lui il a choisi de disparaître, ça faisait partie de sa stratégie ! « Je suis venu, j’ai dit ce que j’avais à dire et je suis parti » ! Magnifique. C’est facile à dire et pas facile à faire. Je dis souvent qu’un jour je serais menuisier, mais pour l’instant, je suis toujours là.
Quelle est la vanne ou l’expression que vous auriez adoré inventer ?
M. : « Quelqu’un qui n’aime ni les enfants ni les animaux ne peut pas être complètement mauvais… ».
J. : Celle que j’ai inventé cet été, très classe, à Ibiza, où pour décoincer un peu l’ambiance dans les dîners, j’ai sorti « Soyons dilatés à Ibiza »… (rires)
Quel est le truc qui vous agace depuis toujours dans votre univers ? Ciné, télé et mode, couture…
M. : Les gens qui ont l’impression d’être « dans la place », qu’ils sont « bankables » et qui le disent ou le sous-entendent… Et puis j’en ai marre d’entendre des comédiens qui ont entre 30 et 40 ans, faire référence à Gabin et à Ventura (que j’adore bien sûr), alors qu’ils pourraient citer Romain Duris !
J. : Les parasites, tous ceux qui sont là pour les mauvaises raisons ! On fait des métiers où il faut être conscient qu’on est là aujourd’hui et à l’ANPE demain. On est des « magiciens », mais de grâce, ne croyons pas à nos propres tours…
La faute de goût pour laquelle vous avez le moins d’indulgence ?
M. : De poser la question ! (rires) Mais c’est vrai…
J. : Et qu’est-ce qu’on s’ennuierait si on n’en faisait pas !
Une expression à la mode qui vous énerve ?
M. : « Comment ça va bien ? » de Jamel. Il n’y a que dans sa bouche que c’est drôle et fort.
J. : Moi, ce serait plutôt des mots qui m’insupportent. « Contemporain »…
En revanche j’utilise souvent l’expression « c’est pas pire » qui veut bien dire ce qu’elle dit !
Pour finir, que dit-on de vous de peu flatteur que vous oseriez nous répéter ?
M. : Mon mec me dit que je suis très hermétique et pas très curieuse.
J. : On dit que je suis « ronchon » le samedi matin.
M. : J’ai horreur des gens de bonne humeur le matin ! L’humour trop tôt, c’est très dur ! (rires) Il faut une zone de transition…