Mélanie Thierry et Lulu Gainsbourg

Dans son premier album « From Gainsbourg to Lulu », Lulu Gainsbourg reprend, adapte, seul ou très bien accompagné, de grands succès composés par son père. Tantôt touchante, étonnante, et parfois même audacieuse, chaque chanson mythique revisitée fait son effet. Quant à la liste des guest présents… d’Iggy Pop à Johnny Depp et Vanessa Paradis en passant par Mélanie Thierry, no comment.


Par Hervé Prouteau.

Mélanie Thierry et Lulu Gainsbourg




Mélanie et Lulu, vous vous connaissiez déjà avant de chanter ensemble « Ne dis rien » sur l’album ?
M. : Non, on ne s’était jamais croisés et donc jamais rencontrés !
L. : 100 % vrai ! Moi… j’ai découvert Mélanie dans le film « La légende du pianiste sur l’océan »…
M. : En 1996 !
L. : J’étais tout jeune, et je suis tombé sous le charme.
M. : J’avais la fraîcheur d’une jeune fille de 15 ans !


Et alors, comment s’est passée l’approche, si j’ose dire ?
M. :
Lorsqu’il m’a appelée, j’avais juste de la tendresse pour quelqu’un que j’avais vu bébé et qui s’émancipe. Mais je n’avais aucune envie de chanter ! Je ne sais pas chanter et puis, je n’ai pas une jolie voix. Il m’a tout de même convaincue de faire des essais, mais je l’ai prévenu que ça allait être laborieux ! Je lui ai même dit que je ne le prendrais pas mal si ça ne lui plaisait pas et qu’on s’arrêtait là !
L. : On s’est retrouvé un dimanche pour le brunch puis on est allé au studio Ferber.
M. : J’étais très troublée par ce studio où je suis souvent venue de l’autre côté de la vitre, écouter et non pas chanter.
L. : Et puis, ça l’a fait.


Comment vous présentez-vous, lorsqu’on ne vous (re)connaît pas ?
M. : En général, je suis assez froide, donc la discussion s’arrête très vite ou ne commence même jamais ! (rires) Je ne laisse pas beaucoup de chances aux approches !
L. : Moi, je suis assez discret, je ne m’aventure pas dans les endroits ou les dîners dans lesquels je ne connais pas très bien les gens. De toute façon, je dis toujours le minimum.


Mélanie, échappez-vous aux questions autour de votre compagnon Raphaël et vous, Lulu, réussissez-vous à éviter les sempiternelles questions en rapport à votre père ?
M. : Ca me paraît assez normal qu’au moment où mon fiancé a beaucoup de succès, on me présente comme « femme de… ». Par moment, c’est réducteur et un peu pénible, mais franchement, je m’en fous ! Du moment que de beaux projets continuent à m’arriver…
L. : Ma mère m’a beaucoup protégé, je n’apparaissais que lorsque c’était vraiment indispensable. En partant étudier et vivre aux Etats-Unis, je pensais être tranquille. Mais les Américains connaissent mon père ! (rires)


Quel est le compliment qui vous déstabilise ?
M. : J’ai un problème : je reçois très mal les compliments ! Je préfère presque les reproches.
L. : Ce qui me gêne beaucoup, ce sont les compliments qui sonnent faux. Par exemple, tu sais très bien que t’as pas été super bon sur scène, et on vient te féliciter, c’est gênant…


Quel est le meilleur moment dans l’aventure d’une pièce, d’un film ou d’un album, en dehors du jeu ?
M. : Franchement, chaque étape m’éclate, sauf la promo. J’aime l’excitation de la préparation du tournage, de la recherche du personnage, d’un langage, de son univers. Et puis j’aime le tournage, le côté communauté et colonie de vacances, loin de chez soi.
L. : J’ai très peu d’expérience… mais j’aime le moment où tu commences à avoir ton plan en tête. Ensuite, j’aime lorsque tu donnes tout pour que chaque chanson raconte vraiment une histoire. Et enfin, quelle libération lorsque l’enregistrement est terminé, que tout
est « masterisé ».


Sait-on quand on est vraiment prêt à monter sur scène ?
M. : Oui et non. Ce qui est bien au théâtre quand même, c’est qu’on a le temps de répéter, et à un moment, même si on ne se sent pas prêt, on a besoin des réactions du public pour s’aiguiller, pour découvrir des voies et « trouver des chemins » qu’on n’avait pas encore explorés.
L. : Elle en parle bien… (rires) En effet, tu n’es jamais prêt. Surtout que tu sais que tu peux toujours faire mieux, mais à un moment faut se lancer. Tant mieux, sinon on irait jamais.


Sans cracher dans la soupe, quel est le truc qui vous agace un peu dans votre univers ?
M. :
Lui, dans la musique, il peut être solitaire. Et cette solitude peut lui être bénéfique, lui faire du bien. Actrice, tu dépends du désir des autres, c’est dur ! On joue avec tes nerfs en permanence.
L. : Je suis assez d’accord, je suis plus libre. Mais quand l’album sort… si ça marche, comment faire pour rester en haut, sur ta vague, dans ta bulle ?


A quel moment, dans votre vie quotidienne, faites-vous le plus de cinéma ?
M. :
Quand je suis malade ! J’ai besoin de me faire dorloter alors j’en rajoute, je geins beaucoup…
L. : Moi, c’est plutôt lorsque je suis mal à l’aise, avec une fille qui me plaît. Je dis des conneries, je joue parfois un rôle.


Une qualité qui vous fait cruellement défaut ?
M. : Je manque de tact. Un peu plus de diplomatie ne me ferait pas de mal…
L. : Je ne suis pas assez « rentrededans ». J’ai parfois peur de faire de la peine, alors je ne prends pas des positions assez claires.


Un programme télé qu’on ne pourrait pas vous soupçonner de regarder parfois ?
M. : Ma télé ne marche plus depuis l’arrivée de la TNT, mais lorsque je suis à l’hôtel, j’adore regarder Master Chef : j’adore cuisiner…
L. : Désolé, mais je ne regarde vraiment pas la télé.


A qui diriez-vous « oui », presque sans réfléchir ?
M. : A mon fils !
L. : J’allais dire, à ma mère ! (rires)


Une mode à laquelle vous avez fini par succomber ?
M. : Beaucoup d’actrices sont devenues des égéries de grandes marques, du coup, elles piquent le travail des mannequins ! Je ne pensais pas que ça m’arriverait ! Et bien si, ça y est ! Pour Yves Saint Laurent.
L. : Le jazz… c’était vraiment pas mon truc au départ, et j’adore !


Qu’avez-vous, jusqu’à présent, préféré entendre dire ou lire de vous dans la presse ?
M. : Certains papiers font parfois plaisir, mais je crois que ce qui m’a le plus touchée, c’est lorsque je jouais la pièce « Le vieux juif blonde », que Le Monde est venu et a écrit : « Amanda Sthers et Mélanie Thierry, les deux plus belles promesses du printemps ».
L. : J’ai un peu honte, mais sur RTL l’autre jour, en disant beaucoup de gentillesses à propos de l’album… j’en ai laissé couler ma petite larme.



Une mode ou un accessoire que vous aimez chez les autres mais pas sur vous ?
M. : Les petits shorts ! J’adorerais mais ça ne me va pas.
L. : Moi, c’est tout ce qui est en laine et qui gratte le cou… les cols roulés, les écharpes, j’adore, mais c’est impossible pour moi.


« Mots croisés », avec qui auriez-vous rêvé de croiser la voix, la réplique ou la plume dans un dîner en tête-à-tête ?
M. : J’ai une fascination pour James Thierrée, ses spectacles me bouleversent vraiment, si je pouvais être acrobate ou funambule juste pour participer à l’un de ses spectacles ! Et puis, j’adorerais danser dans un ballet de Decouflé !


De quoi avez-vous peur de manquer parfois, à part de temps ?
M. : De patience.
L. : D’amour…


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