Vahina Giocante & Jean d'Ormesson

Vahina Giocante (comédienne) et Jean d’Ormesson (écrivain) ne se connaissaient pas. Elle est jeune et belle, tout lui sourit au cinéma. Il a bon pied, bon œil, la sagesse de la connaissance 
et l’expérience du verbe. Rencontre peu académique entre deux êtres chers.

Par Hervé Prouteau.
Vahina Giocante & Jean d'Ormesson

Que savez-vous l’un et de l’autre ? 
V. : Je sais que vous êtes un grand séducteur et que vous êtes excessivement érudit. Philosophe aussi ?...
J. : Vous connaissez l’histoire du Jésuite à qui l’on dit : « Est-ce vrai que vous répondez toujours à une question par une question ? ». Et qui répond : « Mais qui vous a dit ça ? »…

Et vous, Jean d’Ormesson, que savez-vous de Vahina ?
J. : D’abord je connaissais son nom, mais pas sa filmographie. Et je savais qu’elle était très belle. Pour être franc, j’ai été porté à refuser cette rencontre, car je passe pour un peu trop gentil dans le « monde littéraire »… Et puis, comme on m’a dit qu’en plus d’être belle, elle était aussi très intelligente, j’ai accepté !

Si vous deviez résumer l’un à l’autre votre vie en une phrase, que diriez-vous ?
J. : Je fais des études, je suis bac + 50… et j’écris des livres. 
V. : Moi, je passe ma vie à essayer d’enlever les masques.

Comment vous présentez-vous, lorsque vous êtes dans un dîner où les gens ne vous connaissent pas vraiment ?
V. : Ça dépend à qui je m’adresse… Si c’est à quelqu’un de lourd, je dis : « Je m’appelle éphémère et je m’en vais… »
J. : Alors moi, je suis longtemps passé pour un mondain, ce que je ne suis pas pour trois raisons, dont deux maladies ridicules ! J’ai le rhume des foins, j’ai la goutte, je vois bien mais j’entends mal… alors dans les cocktails, c’est insupportable. Pour moi, il y a deux mondes, les gens que je ne connais pas et ceux que je ne reconnais pas ! (rires)

Quel est le privilège que vous n’avez pas encore eu ?
J. : Dans ce monde très revendicatif et plutôt de mauvaise humeur, je pense que j’ai eu beaucoup de chance. Évidemment, j’aimerai avoir vingt ans de moins et dix centimètres de plus (rires).
V. : Je rêve d’avoir 30 ans, j’ai toujours imaginé que c’était l’état de grâce pour une femme. On se connaît plus… Et en même temps, plus je m’en approche et moins j’ai de certitudes.
J. : L’absence de certitudes, nous avons ça en commun. Vous savez, la vie, c’est un peu comme le mariage, il y a quarante  mauvaises années à passer, après c’est épatant…

Le cinéma, Jean d’Ormesson, jamais tenté ?
J. : J’ai beaucoup aimé le cinéma, mais je ne sais pas travailler en équipe, je suis un « mondain » solitaire ! (rires)

Mais, Vahina, racontez-moi le cinéma…
V. : J’ai accepté mon premier film pour payer mes études de danse. Puis j’ai enchaîné les films de façon dilettante au début… C’est comme les histoires d’amour, c’est soit fusionnel, soit petit à petit. Moi, je découvre et j’apprécie le cinéma petit à petit. Et le succès ne me fascine pas.
J. : Vous vous rappelez ce que disait Cioran : « J’ai connu toutes les formes de déchéance, même le succès ! ».

Qu’avez-vous, jusqu’à présent, préféré entendre dire ou « lire » de vous ? 
J. : Peut-être ce que je viens de lui dire : qu’elle était très belle ! (rires)
V. : Ou la lecture de ce que vous direz de moi après… Une fois, on a dit un truc qui m’a étonnée et qui m’a plu : « c’est un être compact et inclassable ».


Que ne faites-vous pas tout à fait comme tout le monde ?
J. : Il faut toujours être un peu invraisemblable. Mes amis me reprochent d’être très assisté. Je n’ai pas de montre, pas d’internet, pas de portable… Je suis un privilégié, je ne m’occupe de rien. « Et comment fais-tu lorsque tu dois joindre quelqu’un d’urgence ? » me demandent-ils. 
Et bien j’utilise le portable des autres…
V. : Je n’ai jamais aimé faire les choses comme tout le monde, c’est sans doute mon esprit de contradiction. Mais je travaille pour m’améliorer…

Quel est le compliment qui vous déstabilise ?
J. : « J’ai tellement aimé votre livre précédent… »
V. : « Vous paraissez plus grande à l’écran. »

Une qualité qui vous fait cruellement défaut ?
V. : Je manque de souplesse, autant avec moi-même qu’avec les autres. Et de patience aussi.
J. : Longtemps, j’ai pensé que j’étais incapable de constance, d’attention et de profondeur. J’ai le sentiment d’avoir changé, d’être moins léger, mais c’est sans doute le manque de lucidité ! (rires)

Quel est le pire rôle que vous ayez eu à jouer, dans la vraie vie ?
J. : Être directeur d’un journal de droite… sous la droite ! Parce que sous la gauche, c’était délicieux.
V. : Je trouve que c’est difficile d’être soi-même. Il y a encore un immense décalage entre ce que je suis et l’image que l’on peut avoir de moi. Changer d’image, c’est comme faire changer de cap un pétrolier, c’est long mais ce n’est pas impossible ! 
J. : En tout cas, vous êtes encore mieux qu’en photos ! (rires)

Votre « mot d’ordre » philosophique ?
J. : « L’absence de système est encore un système, mais sans doute le plus sympathique ». 
V. : « Si je n’avais jamais changé, je ne serais jamais restée moi-même. »

Mots croisés, avec qui auriez-vous rêvé de croiser le verbe, la réplique ou la plume ?
J. : C’est comme au tennis, il y a toujours un avantage à jouer avec meilleur que soit… Alors Hemingway.
V. : J’aurais adoré travailler, même si cela aurait sans doute été compliqué, avec Stanley Kubrick.


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