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Bruno Putzulu se rappelle à vous

L’acteur est à l’affiche de Votre Maman, une pièce qui interpelle le spectateur sur le devoir de mémoire, sur la société qui a tendance à oublier tout un peu trop vite. Rencontre.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans la pièce ?
D’abord son auteur, Jean-Claude Grumberg, le thème de la mémoire collective et celui de la perte de mémoire. On parle d’Alzheimer, mais finalement c’est plus compliqué. Mon père avait cette maladie, le docteur nous disait : « On met cela dans la grande poubelle d’Alzheimer car on ne sait pas affirmer si c’est vraiment cela ou simplement de la vieillesse ». En cette période électorale, on constate qu’il n’y a pas de mémoire. Godard racontait que Steven Spielberg achetait les histoires des autres, comme celle des résistants français, car l’Amérique n’avait pas de mémoire. Sinon, on n’entendrait pas dire que la Russie est une grande démocratie ou l’on ne verrait pas des dirigeants danser avec des nazis !

Toute l’œuvre de Jean-Claude Grumberg raconte son traumatisme personnel. Qu’appréciez-vous chez lui ?
Son écriture. Il venait aux répétitions et nous disait que ce que l’on peut percevoir comme un dialogue très « ping-pong » ne l’est pas, car le silence vient perforer la parole. Des brèches sont là et les gens s’arrêtent, se regardent et s’interpellent, et puis ça reprend. J’aime beaucoup ce théâtre car ce n’est pas seulement l’histoire qui est importante. Le texte ne s’épuise pas. Ce n’est pas le cas d’autres textes contemporains qui s’essoufflent. Les bons textes n’ont jamais fini de nous livrer leurs secrets. À chaque représentation, c’est différent.

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous auriez envie d’oublier ?
Que mon père est mort. Non, disons qu’oublier cela voudrait dire qu’il est encore là. Oublier mon âge, que l’enfance s’en va trop rapidement, que le cœur bat moins vite qu’adolescent. Oublier que certains arrivent facilement au second tour des élections, alors qu’il ne faut pas l’oublier pour le combattre.

Que voulez-vous transmettre à tout prix ?
Un jour on meurt, mais en attendant, il ne faut pas précipiter les choses vers la souffrance, le néant… Il faut essayer d’être heureux. Quand on pense à des ouvriers qui s’immolent, on n’imagine pas à quel niveau est leur souffrance. C’est symptomatique d’une époque. On entend cela entre le loto et la météo et à force de passer à autre chose, il y a un moment où la bête qui gronde va nous mordre et c’est le thème de la pièce. C’est aussi par le sourire qu’on survit.

Comment vous définiriez-vous ?
Quand je tournais avec Godard, il me disait : « Soyons pessimiste en idées et optimiste en actions ». Il faut voir les choses avec lucidité, mais sans se laisser abattre. En nageant dans un positivisme à tout prix, on masque tout, on ne combat plus rien et on voit ce que cela donne !

Théâtre, cinéma, télé… Sur quel plateau vous sentez-vous le plus à l’aise ?
Celui sur lequel il y a le meilleur projet. Généralement, on ne laisse pas passer un projet ciné qui nous plaît, même si, en face, on a le même intérêt pour une pièce de théâtre. Car on peut jouer le même rôle indépendamment de la période. Or dans cinq ans, au cinéma, ce ne sera pas le même film que celui que je tournerais aujourd’hui : le cinéma est en prise directe avec ce que vous êtes au moment où vous l’êtes. Si vous le ratez, ça ne revient pas.

Le truc le plus fou que vous ayez fait pour décrocher un rôle ?
Le plus original, c’est lorsque Godard m’a appelé, j’avais une trentaine d’années, en disant : « Je vous ai vu dans un petit film, je voudrais discuter avec vous, ça me ferait plaisir. Ce n’est pas pour vous proposer un rôle. » Il m’a reçu, on a parlé de tout et à un moment il m’a demandé de lire un texte et il a trouvé cela assez pur. En rentrant chez moi, sur mon répondeur il disait : « Comme au tennis, la balle est dans votre camp. J’aimerais travailler avec vous. »

Enfin, qu’est-ce qui vous fait rire jaune dans ce milieu ?
J’aime le métier, mais je déteste toute la périphérie, les pique-assiette et tous les financiers qui décident à la place des artistes. C’est comme si on disait à un peintre : « Tu fais ce que tu veux mais je t’impose tes couleurs et je te tiens le poignet ».

Actualité :

VOTRE-MAMAN-Affiche

Théâtre : Votre maman au théâtre de l’Atelier, avec Catherine Hiegel et Philippe Fretun. Mise en scène de Charles Tordjman. Du mardi au samedi à 19 h, matinée le dimanche à 16 h. Jusqu’au 2 juillet 2017. theatre-atelier.com

Cinéma : Sélection officielle de Jacques Richard, avec Jean-Claude Dreyfus et Jackie Berroyer. En salles le 17 mai 2017.

Télé : Baisers cachés, téléfilm de Didier Bivel avec, entre autres, Patrick Timsit. Diffusé sur France 2 le 17 mai 2017.

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