Chocolat : quand la sculpture a du goût

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Chocolat : quand la sculpture a du goût

Patrick Roger est chocolatier autant qu’il est sculpteur. Ou l’inverse. Alors que Rodin utilisait terre cuite, marbre, bronze, plâtre ou encore papier journal, Patrick Roger utilise un matériau noble et fragile, magnifiquement vivant : le chocolat. Personnage extravagant, Meilleur Ouvrier de France, motard, vigneron, producteur d’amandes…, ce sculpteur collectionné un peu partout sur la planète nous a ouvert les portes de son atelier à Sceaux, un monde chocolaté de textures, de goûts et de formes dans lequel ces petites créations de Pâques évoluent sous le regard d’étranges personnages : ici un géant comme Gérard… Depardieu en Bronze, là un très grand comme Teddy Riner en métal, là-haut des têtes de papes en aluminium à l’incrustation pas très catholique. Rencontre.

D’abord, le chocolat. La matière première qu’apprivoise dans un premier temps, puis modèle, taille, cisèle le sculpteur Patrick Roger est le chocolat. Une matière compliquée à travailler, fragile et sensible, car elle ne supporte ni le chaud ni le froid.

Chaque sculpture est à croquer, puis vient la transformation en une multitude d’étapes, 15 peut-être, pour devenir une métamorphose de bronze ou d’aluminium défiant les lois de la physique. Pour passer d’une sculpture éphémère à une œuvre d’art qui laissera une trace dans le temps.

À rebours des sentiers battus, plus sauvage que bien normé, il a sans cesse en tête le goût du simple, la notion du beau et du bon, quand bien même ses sculptures jouent avec la gravité.

L’art et la matière, l’art et la manière

Nous parlons sculpture en mangeant des petits œufs au praliné. Avec lui, les cinq sens sont en éveil. Avais-je remarqué tous ces corps de femme qui s’incrustent sur le visage en aluminium du pape François ? Ma tête à moi lorgne sur les oranges confites quand celle de Patrick s’investit sur la fin des travaux, via FaceTime, de sa prochaine boutique à Paris.

Il me montre son petit carnet de croquis, car de chaque dessin imaginé sur ce papier naît une sculpture. Un petit mot écrit par sa maman reste constamment dans sa poche. Quelle fierté pour une mère de voir tout ce chemin parcouru !

Nous parlons de l’incendie qui a ravagé son atelier, des boutiques qui ont fermé en 2020 pendant le confinement, des machines de ses rêves qu’il s’est offertes, de sa compagne qui joue un rôle essentiel dans son équilibre, de son rôle d’entrepreneur du goût qui investit dans les amandes et la vigne.

Un entrepreneur touche-à-tout

Il devient arboriculteur au cœur des Corbières, dans l’Aude, en 2011, et sauve une exploitation d’amandiers, d’abord parce que l’amande est, avec le chocolat, la matière première du chocolatier, puis parce que la culture des amandes se trouve en voie de disparition en France. Près de 40 hectares de verger, mais aussi quelques oliviers et une belle parcelle de vigne à l’abandon qu’il décide de redynamiser.

De cette terre naît « L’instinct de Patrick Roger », cuvée d’assemblage élevée dans des cuves en inox et barriques. Une cuvée tout en équilibre, entre fruit et matière. Un vin de copains, à boire en toute simplicité.

Patrick Roger va vite et son imagination est débordante d’énergie. Poète, esthète et prophète chocolatier, sculpteur plein de sensualité, il nous transmet un peu de ses rêves et de ses émotions et nous emmène avec ses créations dans un monde extraordinaire de gourmandise, peuplé d’œuvres d’art et de créatures étranges.

Nouvelle boutique Patrick Roger (à côté d’Hermès), 19 rue de Sèvres, 75007 Paris. patrickroger.com

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