Cours toujours !

Trail, footing, jogging… Quelle que soit son appellation, la course à pied séduit depuis quelques années, au point d’être devenue le sport préféré des Français : plus de 20 % d’entre eux courent quotidiennement. Comment expliquer cette tendance, qui n’en finit plus de faire des adeptes ?

Le phénomène running
À la fin du mois de mars, ils étaient plus de 90 000 visiteurs à arpenter pendant trois jours les 25 000 mètres carrés du parc des expositions de la porte de Versailles, transformé en véritable temple de la course à pied pour le Salon du running 2016. Et au quarantième marathon de Paris début avril, 47 000 coureurs pour 57 000 inscrits (en 1976, ils étaient 126 !) se dépassaient pour battre leur objectif.
Alors que 25 % des Français pratiquent régulièrement le jogging et que 36 % d’entre eux s’y sont mis ces deux dernières années (selon les chiffres fournis par le barème du running 2016), la course à pied s’est muée en véritable phénomène dans le monde entier. Accompagnée de l’essor de nombreux produits dérivés – de bien-être, de nutrition ou de technologies destinées aux novices comme aux confirmés –, la voici qui se démocratise afin d’attirer une foule hétéroclite de coureurs occasionnels, réguliers ou quotidiens.
Difficile aujourd’hui d’estimer le nombre de courses organisées dans le monde, tant leur variété est grande. Des marathons traditionnels, tel celui de New York qui se déroulera le 11 juin, aux courses à thèmes, comme la Color Run (« les 5 kilomètres les plus colorés du monde »), la Familiale (le premier running familial à pied et en poussette de 3,5 kilomètres, le 31 mai à Paris), le Mud Day (13 kilomètres de boue parsemés d’obstacles) et bien d’autres encore, chaque coureur est désormais à même de trouver le concept qui lui permettra de se dépasser.

De dizaines de joggeurs…
Pourtant, quelque quarante ans auparavant, la course à pied s’apparentait à un acte marginal, une pratique déviante réservée à une petite dizaine de coureurs amateurs et passionnés ou aux athlètes masculins dans les enceintes des stades. Le documentaire Free to Run de Pierre Morath, sorti le 13 avril au cinéma, revient sur l’histoire de ce sport. Ou comment une activité très commune aujourd’hui fut jadis une activité puritaine et élitaire, pour laquelle les femmes ont dû se battre, notamment dans les années 1960 en plein flower power, pour être autorisées à l’exercer librement. C’est ainsi que l’on découvre les images de l’Américaine Kathrine Switzer, devenue un symbole de la lutte pour la parité sportive, inscrite sous un nom d’homme en 1967 au marathon de Boston, se faire arracher son dossard par les organisateurs l’ayant repérée en pleine épreuve. Interdites de courses officielles de plus de 800 mètres, jugées dangereuses pour leur santé et leur féminité, les sportives ont attendu 1984 pour que la discipline leur soit enfin ouverte aux Jeux olympiques.
Cet excellent documentaire tend à le démontrer : courir est avant tout un acte de liberté dont les droits ont dû être durement acquis. Progressivement, il nous présente les débuts difficiles d’un sport, puis sa démocratisation, jusqu’à son succès fulgurant qui pousse certains à se demander aujourd’hui s’il n’aurait pas succombé, à la manière du football, aux sirènes du capitalisme mondial.

… À des milliers de sponsors
Alors que, de nos jours, près d’une dizaine de millions de personnes courent régulièrement à travers le monde, certains professionnels ou amateurs grincent des dents face ce qui s’apparente parfois à des courses au gigantisme et au profit. Selon une enquête réalisée par la Fédération française d’athlétisme parue en avril, 8,5 millions de Français (soit 19 % de la population) pratiquent la course à pied régulièrement : ils n’étaient « que » 6 millions en l’an 2000. Un marché dont les marques et les organisateurs de marathons auraient tort de se priver ! Pour remporter le droit de traverser Paris en short, des Champs-Elysées au bois de Boulogne, comptez désormais entre 65 et 110 euros (pour le marathon de New York, les tarifs grimpent jusqu’à 350 dollars !). Sans compter l’équipement. Aujourd’hui, le marché de la chaussure de sport en France représente 500 millions d’euros. « Il est clair qu’il y a un vrai merchandising autour du running. Pour courir, il faut bien s’équiper et les coureurs ont envie d’un bon matériel pour ne pas se blesser », commente Muriel Hurtis, ambassadrice du RMC Running.
Faut-il alors regretter ou au contraire se réjouir qu’au fil du temps, des millions d’hommes et de femmes se soient mis à courir, guidés avant tout par le désir de se faire du bien ? Selon Noël Tamini, créateur de la revue internationale de course à pied Spiridon : « Du moment que personne ne nous interdit de courir en forêt à l’heure qu’on veut, la vie est belle ! »

Florilège de nos courses à thèmes préférées

1Les plus déjantées
La Color Run, 5 km répartis en zones de couleur, où des bénévoles lancent sur les coureurs de la poudre colorée pour une arrivée bariolée (en avril à Paris, le 2 octobre à Marseille).
The Bubble Day, un parcours de 5 km au cours duquel les participants sont aspergés par des canons à bulles (le 12 juin à Paris).

8La plus musicale
L’Electric Run et son parcours musical et fluo de 5 km (le 20 juin à Paris).

7La plus rustique
Le Mud Day et ses 13 km de parcours du combattant, recouverts de boue (du 5 au 8 mai à Paris).

montage_horizontalLes plus féminines
La Elle Run-Marionnaud (7 km en duo au mois d’octobre), La Parisienne (6,7 km, du 7 au 11 septembre) et la course Sarenza (trois fois 60 mètres, perchées sur des talons de 8 cm minimum, au mois d’octobre).

3La plus solidaire
La Course contre la faim (20 mai) et la No Finish Line (avril) où l’on accumule les kilomètres sans limite basse, ni haute. Chaque kilomètre parcouru est converti en euros, au profit des associations partenaires.

2La plus accueillante
La Familiale du mois de mai, 3,6 km en famille où les poussettes sont autorisées à participer !

4La plus féérique
La RunDisney, semi-marathon dans le parc de Disneyland Paris (du 23 au 25 septembre).

6La plus gastro
Le Marathon du Médoc, où l’on court dans les vignes en dégustant de bons vins et des mets du terroir français (le 10 septembre).

5La plus guerrière
La Spartan Race. Cinq, treize ou vingt km au choix d’une course d’obstacles entre guerriers habillés dans l’esprit du film 300 (les 4 et 5 juin).

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