Dingue du made in France

Dingue du made in France

Chaque mois de janvier, le salon Maison & Objet donne le ton. Cette année, c’est avec un sens de l’humour très frenchie, sous la bannière « Excuse My French », que la grand-messe dédiée à l’art de vivre célèbre le savoir-faire et l’élégance du made in France. 

 

Le made in France vu par… 

Les DG des deux maisons incarnant l’art de vivre à la française livrent leur vision du « french design ».

Michel Roset, DG Ligne Roset

Ligne Roset, gérée par la cinquième génération de la même famille depuis la création de la marque en 1860, cultive son histoire d’amour avec les designers français.

Ligne Roset a toujours eu pour ambition de mettre en avant les designers français ?

Ligne Roset mais aussi Cinna (nos deux enseignes dans l’Hexagone) travaillent en effet avec plus de 100 designers. Parmi eux, plus de la moitié sont français et des relations de confiance se sont nouées avec nombre d’entre eux à travers les années. Ainsi, Ronan et Erwan Bouroullec, Didier Gomez, Pascal Mourgue, Inga Sempé, Philippe Nigro, Christian Werner, Jean-Philippe Nuel, Jean-Michel Wilmotte, Jean Nouvel, Marie Christine Dorner ou Pagnon & Pelhaître… On ne peut pas tous les citer. Quand on aime, on ne compte pas !

Quelle est la perception du « french design » à l’étranger et comment le définiriez-vous ?

Environ 70 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’export. Pour autant, est-ce que le french design existe ? Il y a peu de marques françaises reconnues dans le monde. Depuis le Bauhaus, le design repose avant tout sur des racines culturelles profondément européennes. C’est la qualité du design et de la création qui priment !

Quelles sont, à titre d’exemple, les créations les plus marquantes que vous citeriez ?

Les icônes de Ligne Roset sont le Togo de Michel Ducaroy (1973), le Ploum de Ronan et Erwan Bouroullec (2012) et, chez Cinna, le Câlin de Pascal Mourgue (1994), ainsi que le Prado de Christian Werner (2015).

Gilles Bonan, DG Roche Bobois

Créée au début des sixties, la marque Roche Bobois, présente dans 55 pays, lance deux collections par an et promeut les plus grands talents créatifs du design, de l’architecture et de la mode.

De Jean Paul Gaultier (2012) à Raphael Navot avec la collection « Nativ », que vous venez de lancer, pourquoi le made in France est-il une tendance ? 

Roche Bobois s’enorgueillit de proposer une fabrication 100 % européenne. Ce parti pris ne résulte pas d’une posture ou d’un dogme, il correspond à une volonté de proposer des fabrications s’appuyant sur des savoir-faire qu’on ne trouve pas ailleurs, avec des standards de très haute qualité. Au-delà du made in France, nous nous efforçons de véhiculer une image autour du « French Art de Vivre », qui est le message de marque de Roche Bobois.

Les meilleurs designers sont-ils français ?

Le design et les designers français ont une image et une renommée qui dépassent largement les frontières de l’Hexagone. Nombre de grands acteurs internationaux de la décoration y font appel. Roche Bobois n’est bien sûr pas en reste : parmi tant d’autres, citons Ora-ïto, Sacha Lakic, Christophe Delcourt, Bruno Moinard, Fabrice Berrux…

Est-ce le « French Art de Vivre » que vous défendez à l’heure de la mondialisation ?

C’est notre vocation même de proposer une vision française du design et de la décoration, qui se résume par notre baseline « French Art de Vivre ». De manière générale, nous proposons une grande diversité créative avec un fort contenu émotionnel. La diversité des matériaux, des couleurs, des tissus et des styles fait de Roche Bobois un acteur unique sur notre segment. Les collaborations que nous avons nouées avec des maisons ou des stylistes de mode – Jean Paul Gaultier, Christian Lacroix, etc. – définissent un peu plus cette dimension hexagonale. Enfin, notre vision française du design s’exprime à travers nos initiatives qui associent art, culture et design, puisque nous avons été mécènes ou partenaires d’un grand nombre d’événements culturels (exposition universelle de Milan, musée Guggenheim de New York, Fotofever ou la librairie-galerie La Hune à Paris).

Les trois designers à suivre

Quelles sont les futures stars du design en France et dans le reste du monde ?

Sebstian Herkner

Sebastian Herkner, le plus cosmopolite

Diplômé en design industriel à l’Université d’Art et Design d’Offenbach-am-Main, celui qu’on nomme tour à tour Basti ou Seba affiche dix ans de métier puisqu’il a fondé son propre studio en 2006. Étoile montante du design allemand, élu designer de l’année par M&O, Sebastian Herkner, 37 ans,
s’exporte déjà à l’international. Son credo : combiner l’artisanat aux nouvelles technologies en explorant les techniques et les savoir-faire des cultures étrangères autour du mobilier, des tapis et des luminaires. Résultat : une myriade de créations qui ont séduit de nombreux éditeurs : Ames, Cappellini, ClassiCon, Dedon, Gloster ou Pulpo, avec la lampe soufflée en verre Oda (2014) inspirée des châteaux d’eau photographiés par Bernd et Hilla Becher. La chaise 118, imaginée pour Thonet à l’occasion de ses 200 ans, est l’une de ses dernières réalisations.

sebastianherkner.com

Hongjie Yang, la puissance de la nature

Il fait partie des six designers chinois mis sous le feu des projecteurs par Maison & Objet dans la catégorie « talents émergents ». Né et élevé dans l’Empire du Milieu, Hongjie Yang a étudié aux États-Unis puis aux Pays-Bas, où il a obtenu un master en design contextuel (Académie d’Eindhoven) et où il vit désormais. Miroirs, bancs, bols ou tables basses, ses pièces monolithiques en métal ou en matériaux de synthèse se distinguent par leur aspect fossilisé. À la façon de fouilles archéologiques, elles explorent d’ailleurs, selon ses propres mots, « la dichotomie existant entre nature et culture ». Présentées en France, en Italie, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, mais aussi aux États-Unis et en Chine, ses créations sont de véritables pièces d’art.

hongjieyang.nl

Ferréol Babin, le design libre 

Son style pur à la géométrie simple, entre sculpture et objet fonctionnel, en fait l’un des designers les plus en vue du moment. Diplômé des Beaux-Arts de Dijon en design d’espace, puis de l’ESAD de Reims en 2012, Ferréol Babin a tout de même trouvé le temps, entre les deux, de faire un saut à l’Université de Nagoya au Japon. En 2013, quand Fontana Arte édite son applique Lunaire, Ferréol entre dans la cour des grands. Luminaires ou céramiques, il développe désormais des pièces uniques sculptées à la main, mais aussi des projets industriels ou des commandes pour des marques et éditeurs (Habitat, Pulpo, Bibelo, Designerbox). Installé dans un petit village de Loire-Atlantique, le trentenaire travaille exclusivement seul – esprit libre oblige.

ferreolbabin.fr

Les quatre tendances 2019

Exit le « less », le minimalisme scandinave, les tons et autres textures neutres.

Biophilie

Place aux matières organiques et artisanales ! Cannage, bambou, planchers en bois clair, retour du végétal, toile de jute, papier de riz, assiettes en céramique, la déco prêche la reconnexion avec la nature et la durabilité. Ainsi le fauteuil Gravêne (3), best-seller de la start-up française Maximum, qui récupère tous les déchets industriels pour les transformer en mobilier, ou la chaise 118 de Sebastian Herkner pour Thonet, designer star de M&O 2019.  

More is more

Exit le « less », le minimalisme scandinave, les tons et autres textures neutres. Place au maximalisme !
Couleurs toniques (Living Coral de Pantone ou nuances aquatiques bleu vert) et motifs graphiques donnent le ton aux papiers peints à motifs géométriques ou asymétriques, alors que le mobilier adopte le velours sous toutes ses coutures.

fauteuil Gravene Maximum

Le high-tech s’humanise

Les objets connectés du quotidien affichent un design plus doux. Objectif : se fondre aux intérieurs contemporains par le biais de lignes discrètes et incurvées, de couleurs et de technologies intégrées aux murs, aux sols ou aux luminaires. Lampes-enceintes Bluetooth pour un éclairage sur mesure, panneaux muraux design chez Nanoleaf pour un éclairage connecté, enrouleur et support de téléphone ultra-luxueux chez USB Power. Quand design et high-tech se réconcilient…

Le design made in China

Il n’y a pas que les Frenchies qui s’illustrent en matière de design contemporain. Six jeunes designers chinois prometteurs tiennent le haut de l’affiche dans la catégorie « Rising Talent Awards » de M&O : Chen Xingyu, Hongjie Yang, Mario Tsai, Frank Chou, Ximi Li et Chen Furong. Leurs mots d’ordre : « ne pas être un copié-collé du design occidental » et « se fondre dans les héritages séculaires et les riches traditions de l’artisanat chinois ». 

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