Edito juin 2016

Le retour du frisbee

Rien n’y fait, même si je sais que les nécrologies de personnalités sont des exercices donnés régulièrement en école de journalisme pour se former à l’art du portrait, je ne suis jamais prête à les entendre. C’est sans doute une question de génération, mais lorsque des figures du patrimoine, fût-il musical, audiovisuel ou sportif, s’en vont retrouver les Cieux, je me rends compte des années qui passent comme un frisbee lancé dans l’enfance et qui reviendrait brutalement à ma figure, affichant l’état de mon compteur personnel. Il faut s’y résoudre : je vieillis. Alors qu’elles font fatalement partie de la vie, les annonces de certains départs résonnent en nous comme une chose improbable. D’abord la surprise : « Quoi ? Ce n’est pas possible ! », puis les regrets : « Je l’adorais », comme si nous venions de perdre un être cher, un ami. Sans doute parce que ces noms ont accompagné nos jeunes années. C’est toujours lorsque mes cadets me demandent « qui c’est ? » avec un air halluciné que je comprends que je suis passée dans le camp des « plus vieux ».

Ainsi Alain Decaux, qui démocratisait l’Histoire en racontant des histoires passionnantes, a-t-il achevé la sienne le 27 mars 2016. Prince, le prodige de la Pop, a fait pleurer à nouveau les colombes le 21 avril 2016. André Rousselet (plus connu pour sa création de Canal+ que pour sa mandature de député ou son statut de propriétaire des Taxi G7) est parti le 20 mai 2016. Ou encore Cassius Clay, alias Mohamed Ali, le plus grand boxeur et communicant de tous les temps, mis KO par la maladie le 3 juin 2016.

Aujourd’hui figures de leur temps, demain légendes, ils incarnent tous des époques marquantes que les jeunes âmes apprendront à connaître. Pour saluer leur mémoire, je vous laisse avec cette citation de Mohamed Ali qui résonnera en vous. C’est aussi pour toi, lecteur qui fête tes vingt-cinq ans : « Une personne qui a la même vision de la vie à vingt ans et à cinquante ans a perdu trente années de sa vie. »

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