Édouard Baer de retour sur les planches

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Édouard Baer de retour sur les planches

Multicarte et déjanté, Édouard Baer n’était pas monté sur scène depuis Un pedigree où il était Patrick Modiano. Producteur de Lumières dans la nuit, tous les dimanches à 22 heures sur France Inter, il se partage entre la radio et le cinéma. Avec son nouveau spectacle Les Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce, presque seul sur scène, Édouard Baer est à l’affiche du Théâtre Antoine pour 30 dates exceptionnelles.

 

Qui n’a pas rêvé de rencontrer Édouard Baer ? À l’heure, mon interview en poche et mon portable chargé à 100 % pour l’enregistrement, il m’attend au milieu de la salle vide du Théâtre Antoine. Habile avec les mots, séduisant et drôle, je passe un moment exquis, je suis presque « touchée par la grâce »…

Cette pièce contient beaucoup de moments de pure poésie, mais pourquoi ce drôle de titre ?

Je ne sais pas ce qui m’a pris avec ces « élucubrations ». D’ailleurs, c’est un mot bien trop compliqué. En fait, j’ai pensé à un homme qui se promenait pieds nus dans la rue. Vous savez, ça arrivait avant dans les villages, et je pense que, d’une certaine manière, cela a dû m’inspirer.

On a souvent entendu dire que vous attendiez le dernier moment pour vous mettre à écrire. Est-ce que ça a été le cas pour ce spectacle-ci ?

Non, j’ai d’abord trouvé la salle, le titre et ensuite, j’ai écrit par petites phases avec tout un commando, dont Isabelle Nanty. On écrit, on improvise, et puis tout mûrit petit à petit.

On vous surnomme « Édouard Baer l’improvisateur », vous êtes toujours sur le fil. Est-ce aussi le cas avec cette pièce ?

J’ai d’abord le squelette du spectacle mais, après, chaque soir est différent. Je suis déjà passé d’une représentation de 1h10 à 1h20. Mardi dernier, la pièce a carrément duré 1h25. Je vais améliorer les « Allô ! », raccourcir les moments littéraires. Je cherche à ce que ce soit toujours mieux.

Poète ? Philosophe ? Comment vous définir ?

Difficile de répondre à cette question, je suis un mélange de plein de choses. J’aime la déconstruction, j’aime la vie, je suis un peu tout ça en même temps.

Est-ce avant tout un spectacle sur les mots et sur votre passion pour la littérature ?

Oui, mais pas seulement. C’est vrai que j’aime l’idée que les mots puissent changer les choses. J’aime jouer avec les mots, j’aime ceux qui portent, qui touchent et qui font avancer nos pensées. Moi, beaucoup de petits ou grands mots m’ont bouleversé dans ma vie. Je dis d’ailleurs à un moment dans mon spectacle : « J’aime les gens qui ont transformé la vie des autres par leur verbe. »

Au départ de la pièce, on a presque l’impression d’assister à une performance. Était-ce voulu ?

Absolument. En fait, il y a un mélange entre les mots, la fuite, tout ça sous une forme de happening avec du stand up, de la comédie, un peu de tout.

Ce personnage, est-ce vous ?

Oui, bien sûr. Avec toutes mes angoisses, mes rêves.

Le réel vous effraie tant que ça ? Est-ce pour cette raison que vous avez choisi ce métier ?

Le réel n’existe pas pour moi, cela ne signifie rien. C’est effrayant même. Ça veut dire qu’on est là et qu’on va mourir. Toute la vie consiste à échapper justement au réel. On doit construire notre réalité, se l’imaginer, se l’approprier. Se réinventer tous les jours.

Dans cette pièce, il y a beaucoup de référence à la littérature et à la musique. Cela appartient à votre patrimoine ?

Oui, ça m’évoque mon histoire, des souvenirs. C’est inscrit en moi. Ce sont des gens que j’aime. Malraux, depuis toujours, j’aime sa langue, son verbe. Jean Rochefort, c’était un maître de légèreté, dans le bon sens du terme. Quant à Napoléon, il représente toute mon enfance. Je faisais des collections de petits soldats que mon père me ramenait de brocantes.

Connaissez-vous le doute, le manque de confiance en vous ?

Je pense que chacun, à un moment de la vie, est envahi de doutes. Des moments où l’on se dit : « Suis-je bien dans ma vie et, d’ailleurs, suis-je à ma place ici, dans cette maison, ce job ? Est-ce que cette vie est la mienne ? Est-ce que je ne devrais pas plutôt faire l’école buissonnière ? » À cet égard, je crois être comme tout le monde.

Avez-vous été touché par la grâce ?

Non, je ne crois pas, mais j’y pense vraiment. On cherche tous à un moment quelque chose d’un peu mystique, magique dans notre vie. On attend d’être touché par une forme de révélation et qu’ensuite tout change.

Acceptez-vous ce que vous êtes ?

Oui, mais, sur scène, il faut avoir beaucoup de doutes et, en même temps, avoir confiance en ce qu’on dit.

Qui auriez-vous aimé être ?

Moi en mieux, peut-être avec plus de sincérité et de confiance en la vie.

Vos projets ?

Un tournage cet été. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant.

 

Édouard Baer dans Les Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce, jusqu’au 15 juin 2019 au Théâtre Antoine, 14, boulevard de Strasbourg, Paris 75010. theatre-antoine.com

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