Elliott Barnes

2017 sera une grande année pour l’architecte d’intérieur et designer américain Elliott Barnes qui, outre une actualité chargée, s’apprête à livrer le siège de la Maison de champagne Ruinart.

serial designer

Chez La Vieille, salle à manger du 1er étage. Lustre Terzani, appliques Elliott Barnes, voilages et tissus Pierre Frey.

Quelques réalisations

Palace du Ritz Carlton de Wolfsburg (chez Putman), puis sa rénovation, douze ans plus tard, inspirée du concept « Nature in Motion ».

Chantier sur huit ans des 15 000 mètres carrés du Centre de dégustation et de visite Ruinart, bientôt livré.

Lignes de mobilier pour Philippe Hurel et The Invisible Collection.

Dernière réalisation : « Paris déco Off 2017 » avec la mise en scène de la nouvelle collection Silk & Spices dans le pop up showroom de Création Baumann, à la Galerie de l’Europe. Avec son fameux tunnel olfactif… sur la Route de la soie !

ELLIOTT BARNES-CHEZLAVIEILLE-copyright-Jean-Marie Heidinger2

La matière est sa recette, qui s’ancre à l’environnement.

Face à ses deux expressos, Elliott Barnes cultive le dandysme désabusé de l’antihéros. Un truc – les deux cafés livrés en même temps – qu’il avoue piocher dans l’univers hyperréférencé de Jim Jarmusch, ici The Limits of Control. Comme le personnage principal du film, Isaach de Bankolé, il semble à la fois solitaire et superpro. Accessoirement, ils sont tous les deux Noirs. Elliott Barnes fut, en effet, l’un des fameux hommes en noir – par leur tenue vestimentaire – de la garde prétorienne d’Andrée Putman. Une fonction comme un clone de lui-même.
Farouchement indépendant depuis 2004, année où il crée sa propre agence, il n’a d’américain que le nom, étant « chez moi, à Paris, depuis trente ans ». Une ville « qui t’accepte, ne juge pas et te permet de t’exprimer ». Il garde du lycée français de Los Angeles, puis de l’université Cornell de New York, où il fit ses études, le baiser amoureux de Marianne. Tout comme une appétence certaine pour le génie civil (conception, réalisation, réhabilitation… en réponse aux besoins), qu’il calque, comme les index d’une montre de haute horlogerie, sur le cadran de l’architecture d’intérieur et du design, en fervent défenseur de l’art de vivre et de l’artisanat français.

Le jazz, l’épure et le sens du détail

Comme de Bankolé, qui a épousé la chanteuse Cassandra Wilson, il aime le jazz – il joue de la contrebasse – et a redessiné à Paris l’un de ses temples, Le Duc des Lombards, en travaillant l’acoustique du lieu jusque dans la texture des voilages. D’autres projets pour la Seine Musicale ou un club à New York sont dans les cartons de 2017.
Elliott Barnes utilise la trame des lieux en géologue féru d’histoire. Son esprit est une carotte de Vinci Construction Terrassement, qui fouille et étudie les sols avant de restituer un ouvrage bâti avec les matériaux trouvés sur place. Une étude pointue des lieux et de leur histoire qui offre, dans tout ailleurs qu’il revisite, un effet de chez-soi dans l’épure et le sens du détail, propice au mieux-être. C’est là son génie. Comme ici, dans la salle à manger de Chez La Vieille, mythique restaurant des Halles, repris par le chef new-yorkais Daniel Rose. La teinte dominante y est ce bleu sulfate de cuivre qui lutte dans les vignes contre le mildiou. C’est aussi celui des volets de l’ex-hôtel particulier du sommelier de Louis XV, presque en face. Une teinte dite steel blue, que l’on aura donc croisée à l’extérieur, mise en relief par la lumière canaille d’un lustre Terzani, dont la robe Années folles de perles métal évoque une tenue de Joséphine Baker.
Ici, on cerne le french flair chic, pointu et décalé d’un érudit capable de concevoir un papier peint en peaux de raisin, lin et chanvre pour Ruinart. La matière est sa recette, l’expression de l’idée qui s’ancre à l’environnement et lui donne du sens dans la durée. Un vocabulaire très élégant, qui te fait vibrer une corde… Celle qu’Isaach de Bankolé, assassin esthète dans le film de Jarmusch, emprunte à une guitare historique pour étrangler sa cible, désignée depuis le magnifique musée Reina Sofía à Madrid… avant de retourner à son anonymat. Tout cela te dit que hors références, tu ne trouveras point de relief, de vie, encore moins de salut. Parfois austère mais toujours inspiré, le serial designer.

À découvrir également