Festival de Deauville - Bruno Barde

C’est fou comme la vue des planches de Deauville, les parasols colorés plantés dans le sable font venir en nous cet air d’Un Homme et une Femme de Lelouch. Du 2 au 11 septembre, c’est la 37e édition du Festival du Cinéma Américain à Deauville. Deauville, c’est à deux heures de Paris… alors on y passe pour les films, les moules et le soleil au bar de la plage !

Festival de Deauville - Bruno Barde

Bruno Barde, le ciné-man de Deauville :

Le directeur du Festival du Cinéma Américain de Deauville est évidemment un passionné de cinéma. Depuis 17 ans, il présente au public cinéphile un autre regard de l’Amérique à travers des réalisateurs, des films, mais aussi les tendances que révèle la société américaine.


Comment se fait la sélection des films du Festival ? Avez-vous une ligne directrice ?

Je commence à chercher au marché de Berlin en février, puis on suit au fil de l’année ce qui sera prêt pour Deauville. Je veille à ce qui n’est pas pris par Venise ou Cannes et j’essaye de sélectionner le meilleur sans avoir de parti pris. Un sélectionneur n’a pas de limite. Je ne veux rien connaître de l’histoire avant, pour être étonné comme tout spectateur. De la sélection découle une tendance, mais ce n’est pas nous qui la déterminons. La vérité du monde est détenue par les artistes. On connaîtra toujours mieux la Russie en lisant Dostoïevski ou Pouchkine qu’en regardant les infos. Le cinéma c’est pareil, il donne une info sur le monde et le Festival de Deauville donne une info sur la sociologie américaine.


Le cinéma américain évolue-t-il de la même façon que le cinéma français ?

Ce qui est comparable, ce sont les techniques d’écriture et de mise en scène qui évoluent partout dans le monde. On fabrique des comédiens sur ordinateurs, il n’y a plus d’argentique… Mais la façon de raconter une histoire ne change pas beaucoup, si ce n’est l’influence du monde sur elle. On peut comparer en ce sens les deux plus grands cinémas du monde : le cinéma américain et l’asiatique. Le premier appréhende la violence en faisant semblant de ne pas la voir, et en la montrant d’une manière magnifiée, alors que l’Asie accepte la violence du corps et des rapports entre les gens. L’Amérique enlaidit la violence, l’Asie la stylise.  


Quels sont les talents que le Festival de Deauville a fait découvrir ?

A Deauville, on accompagne les talents qui doivent être découverts. Je trouve ça prétentieux de dire qu’on les découvre. Je ne crois pas au talent inconnu qui serait resté caché et que personne n’aurait découvert. Le talent est rare et il se découvre naturellement. Je peux en citer beaucoup néanmoins comme Bound des frères Wachowski qui étaient à Deauville avant qu’ils réalisent Matrix, ou encore Little Miss Sunchine aussi. Il y a eu beaucoup de découvertes mais cela fait partie notre travail ! 


Le Festival du cinéma américain pourrait-il un jour avoir un Président du jury américain ? 

Non. Car l’idée c’est que l’Europe, et la France en particulier, regarde et qualifie le cinéma américain indépendant. Aujourd’hui on a 14 films dont 9 premiers films, ce sont des promesses de réalisateurs qui ont des parti-pris. 


On dit que le Festival de Deauville est moins show off que Cannes, qu’il est plus cinéphile, qu’en pensez-vous ? 

Cannes reste quand même le plus grand Festival du monde. Mais Deauville veut montrer le cinéma américain sous toutes ses facettes : les blockbusters comme le dernier Robert Redford, des documentaires, mais aussi des séries TV dont l’écriture est particulière. Deauville est, en ce sens, davantage une fête de l’esprit. 


A travers les Docs de l’Oncle Sam, on montre l’évolution de la société américaine. Pensez-vous que la France a besoin de voir les Etats-Unis différemment ? 

Le public est curieux de connaissance. La beauté vient de la connaissance et la laideur de l’ignorance. On favorise donc la transmission de savoir, on permet au spectateur d’apprendre, de s’enrichir et d’être heureux. On n’apprend pas sur internet ou avec 30 secondes à la télé. On apprend dans les livres, en écoutant de la musique, et aussi à travers le cinéma.


Sofia Coppola a dit : « mon école de cinéma, c’est mon père ». Et pour vous ? 

A mon époque, j’ai 50 ans, il n’y avait pas internet et très peu de chaînes de télé. On allait beaucoup à la Cinémathèque. Et j’ai découvert le cinéma à travers des metteurs en scène comme Arthur Penn, Elia Kazan, Joseph Mankiewicz, Minnelli, Robert Bresson, François Truffaut, Ozu et tant d’autres... Mon école du cinéma, c’est le cinéma tout court. Je n’aime pas faire de choix. J’ai des préférences mais j’essaye de tout aimer avec des préférences. 


Enfin, vous dirigez plusieurs festivals dont le Festival du Film de Marrakech, quel genre de festival de cinéma rêveriez-vous de lancer et qui n’existe pas encore ? 

J’ai un vieux rêve mais ce serait difficile : ce serait de faire un festival de films sans générique, de manière à mettre tous les ego par terre. On ne saurait pas qui a fait le film et ça changerait beaucoup les regards. 


Francis Ford Coppola : 

Il est l’invité d’honneur de cette 37e édition. Le réalisateur de la trilogie du Parrain, d’Apocalypse Now (pour lequel il reçut une Palme d’Or et deux Oscars) mais encore de nombreux films, sera présent et ne fera pas de la figuration. On ne manquera pas de venir assister à une « Conversation avec Francis Ford Coppola » qui permettra au public de lui poser des questions sur sa carrière, sa vision du cinéma, et ce qu’on voudra ! La date sera communiquée sur www.festival-deauville.com. 


Danny Glover :

Le comédien, réalisateur et producteur a eu son premier grand rôle au cinéma dans le long métrage Les Saisons du coeur en 1984. L’année suivante, on le voit dans Witness de Peter Weir et La Couleur Pourpre de Steven Spielberg. Mais c’est aussi quand il partage l’affiche avec Mel Gibson dans L’Arme fatale en 1987 qu’il marque les esprits. Dany Glover est aussi quelqu’un d’engagé et le prouve chaque jour en étant Ambassadeur pour l’UNICEF. 


Les « Nuits Américaines » :

On aime assister à ces programmations tardives pour revoir ou découvrir les classiques du 7e art US, tous genres confondus. Où ? Toutes les nuits au Morny Club. Pour y aller ? Il suffit d’acheter le Pass 10 euros ou 1 euro supplémentaire avec tout autre pass acheté. 


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People : Bruno Barde

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