François Vincentelli, mis à nu

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François Vincentelli, mis à nu

La désopilante série Hard, située dans l’univers du porno et diffusée sur Canal+ entre 2008 et 2015, est désormais adaptée sur les planches. Rencontre avec François Vincentelli, son acteur principal.

 

D’où vient cette idée de la série TV Hard ?

La maison de production La Parisienne d’Images avait lancé un appel à des scénaristes pour qu’on lui propose des idées de séries pour trois épisodes de 26 minutes. Cathy Vernet a envoyé sa candidature avec le projet de ce qui deviendra Hard. Ils ont tellement aimé qu’ils ont voulu en faire trois saisons de six épisodes.

Quel était le pitch de départ ?

Une histoire d’amour entre un hardeur et une bourgeoise du XVIe arrondissement. Un Roméo et Juliette des temps modernes dans l’univers du porno.

Quand on vous a proposé le rôle d’un acteur porno, quelle a été votre réaction ?

Je me suis dit : « Enfin un personnage multi-facettes, qui n’a pas qu’une seule couleur ! ». J’ai tout de suite été emballé. J’en avais marre des rôles de flic ou de gendre idéal qui allaient de pair avec mon physique.

Trois adjectifs qui définissent bien votre personnage ?

Pur, romantique et performant.

Comment entre-t-on dans la peau de Roy Lapoutre ?

Ce n’est pas du tout un rôle de composition. C’était très facile de le jouer, car je suis en accord avec mon personnage. C’est un acteur porno romantique. Je suis décomplexé, et lui aussi. De nos jours, il y a une vraie hypocrisie sur la pornographie. C’est 80 % des visites sur Internet, mais ça reste un sujet tabou.

La version théâtrale joue elle aussi sur le côté trash, non ?

On avait envie d’amuser les gens avec de l’irrévérence, des gros mots. On voulait donner à voir de la pornographie décomplexée et joyeuse. Montrer ses fesses, c’est ce qu’il y a de plus drôle et, surtout, ça intéresse tout le monde ! En France, il y a toujours eu cet humour « canaille ».

Est-ce qu’il faut dire des gros mots ?

Mais oui, il faut en dire ! Il ne faut pas se retenir. Pas tout le temps, pas pour les enfants, mais, quand on va au théâtre de la Renaissance, on peut en entendre, en dire… et en rire.

Quelles sont les performances de Roy Lapoutre?

Il a fait 624 films, trois ou quatre partenaires par film. Calculez : il a eu entre 1 800 et 1 900 partenaires.

Avez-vous une anecdote amusante liée à votre rôle ?

Un jour, sur la plage, une femme est venue me voir en me disant : « Mais dis donc, ce n’est qu’une légende, Roy Lapoutre ! »

On dirait que vous êtes fier d’incarner ce personnage ?

Absolument, car je l’aime profondément. Il a des valeurs qui me vont bien. De plus, il est totalement décomplexé avec son corps. Il n’a pas de sujet tabou. Il parle de tout, très simplement.

Que votre femme pense-t-elle de ce rôle ?

Elle est habituée. Dans la série, je tournais avec de vraies hardeuses. C’était beaucoup plus hot ! Il faut savoir aussi que je l’ai rencontrée quand elle était danseuse au Crazy Horse, donc on est quittes. Un partout, la balle au centre !

ça ne vous a jamais excité de voir tous ces petits culs ?

Non, parce que c’est vraiment du boulot. Pour faire l’amour, j’ai besoin d’amour, de désir. Là, je joue la comédie. C’est plus facile de jouer une scène de cul que de jouer une scène d’amour.

Vous êtes souvent à poil sur scène. Vous n’êtes donc pas pudique ?

Non, je suis uniquement pudique avec mon sexe, mais j’ai trouvé une technique : je mets une grosse chaussette collée dessus. En revanche, on voit mes fesses, mais ça, ça ne me dérange pas du tout.

Êtes-vous exhibo dans la vraie vie ?

Non, j’évite. Plus jeune peut-être, mais maintenant non. À l’émission La Boîte à Questions, sur Canal+, on m’a demandé : « Est-ce que vous voulez complexer la France ? » J’avais montré mes fesses, ma fille était très gênée. En fait, j’aime bien montrer mon cul. Ça m’amuse. Mais ce jour-là, ma fille est rentrée de l’école et m’a dit : « Papa, ne montre pas ton derrière à la télé, ça me gêne. »

Le sexe fait-il tout vendre selon vous ?

Ça fait venir des trentenaires au théâtre en tout cas. Ils ont envie de se marrer pendant une heure et demie.

Qu’a-t-il de particulier, le sexe de Roy Lapoutre ?

Il a des dimensions hors normes, son sexe doit faire 38 centimètres !

Vous aimez quoi dans le porno ?

Les émotions que ça peut susciter. Moi qui aime l’art en règle générale, je peux être aussi ému devant un film pornographique que devant un tableau.

Ce que vous n’aimez pas ?

La condition de la femme dans le porno. Il y a encore trop de fantasmes sur la soumission féminine.

Qu’est-ce qui vous amuse le plus dans ce rôle ?

La folie, le côté clownesque de la pornographie et le côté rigolo de la nudité.

Ce qui vous déplaît ?

Rien, j’aime tellement le personnage.

Avez-vous rougi dans certaines scènes ?

Juste une fois, quand j’ai tourné une scène pour la série avec une professionnelle, une vraie hardeuse. Là, ça m’a fait un peu bizarre.

N’avez-vous pas peur qu’on vous catalogue ?

J’ai fait assez de choses différentes pour qu’on ne m’enferme pas dans une case. J’adore jouer des rôles qui demandent de relever des défis. Je n’ai pas peur de faire des choses un peu risquées. J’aime me mettre en danger.

Vos projets ?

Je prépare une autre pièce, Le Canard à l’orange, qui sera jouée à partir de janvier 2019 au théâtre de la Michodière, et une série sur France 2 qui s’intitulera Système D.

Hard, d’après la série TV de Cathy Vernet. Adaptation de Bruno Gaccio et Alexis Trégarot, mise en scène de Nicolas Briançon. Avec François Vincentelli, Claire Borotra, Nicole Croisille, Isabelle Vitari, Charlie Dupont et Stéphan Wojtowicz. Jusqu’au 6 janvier 2019 au théâtre de la Renaissance, 20, boulevard Saint-Martin, 75010 Paris. Du mardi au samedi à 21h00, les samedis et dimanches à 16h30.

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