Franklin Azzi, l’archi-talentueux

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Franklin Azzi, l’archi-talentueux

À seulement 41 ans, l’architecte Franklin Azzi collectionne les réalisations d’envergure, en France comme à l’étranger.

 

Remporter le concours international d’architecture pour la métamorphose de la tour Montparnasse face aux plus grandes agences, comme celles de Rem Koolhaas ou Dominique Perrault, n’était pas chose facile. Et pourtant, il l’a fait avec ses associés de la Nouvelle AOM (Chartier-Dalix et Hardel Le Bihan). La carrière de ce jeune architecte donne autant le vertige que les 230 mètres du plus haut gratte-ciel parisien, érigé en 1973 et qui sera réhabilité à partir de 2019 par le collectif réunissant les trois agences.

Franklin Azzi a fondé son agence en 2006 après un passage à L’École Spéciale d’Architecture (auprès de l’éminent Paul Virilio) et à la Glasgow School of Art. Parmi son tableau de chasse, en France et à l’étranger, citons la toute récente réalisation du passage Beaupassage (boulevard Raspail), les berges de Seine, l’École des Beaux Arts de Nantes et, bientôt, la tour Mama Shelter pour le groupe Accor à Dubaï. Sans oublier la décoration et la conception de mobilier, par exemple pour la maison Plisson (place du Marché Saint-Honoré), les boutiques de Bali Barret (façon bunker et tentures rouges) ou encore celles de Christophe Lemaire, Isabel Marant et Jérôme Dreyfuss.

« J’aime la déco. Ce que je n’aime pas, c’est que l’architecture devienne de la déco », explique Franklin Azzi. Esprit sans compromis, il ambitionne de revenir à l’essence d’un métier qu’il envisage à la façon de ses maîtres – Niemeyer ou Aalto –, génies de l’architecture globale où chaque détail décoratif préside à une fonction technique.
« Je pars de l’idée qu’un projet est un tout, réalisé avec des disciplines différentes. »

Agripper le réel

C’est l’impulsion commune qui réunit les architectes de la Nouvelle AOM. Ainsi, la métamorphose de la tour Montparnasse, géant de verre écologique (70 % d’autonomie en énergie) et végétalisé (4 500 mètres de jardins, 9 000 m2 de jardins d’hiver et de loggias, une serre de 18 mètres de hauteur), promis pour 2024, sera le fruit d’une architecture sociétale qui intégrera plus de 25 intervenants : botanistes, sociologues, spécialistes des transports, acousticiens. « Il y a deux catégories d’archis : ceux qui courent avec le temps, qui envient la mode, le design et l’architecture d’intérieur. Et ceux qui ne rivalisent jamais avec lui et souhaitent s’inscrire dans la durabilité et le bien de la Cité. » Le projet Montparnasse symbolise ces deux écoles : la plupart des concurrents ont pensé la tour comme un flacon de parfum, une silhouette extérieure. À l’inverse, en choisissant de louer des bureaux au 44e étage, la Nouvelle AOM a d’abord cherché à évaluer ses usages intérieurs pour la reprogrammer verticalement. L’humilité, l’intemporalité…

Dans son agence de la rue d’Uzès, Franklin a d’ailleurs interdit les abonnements aux magazines d’architecture. « Pour me laver l’œil des instantanés ou des modes et devenir plutôt “assemblier” de l’époque… J’ai l’impression d’appartenir à la génération du sampling. Je retrouve du souffle en mélangeant les genres. »

Anciens rythmes, nouvelles formes, son talent est d’agripper le réel, d’élargir le champ des possibles et de l’offrir aux Parisiens, du sol au jardin céleste. « Baisser l’ego, pousser l’architecture », tel est le credo d’Azzi.

Beaupassage, boulevard Raspail, Paris.

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