Gardinier, un art de vivre à la française

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Gardinier, un art de vivre à la française

Taillevent, Drouant, Les Crayères ou encore Le Comptoir du Caviar : autant d’adresses mythiques détenues par la famille Gardinier depuis plus de 40 ans, devenant le fer de lance d’une success story familiale multisectorielle presque centenaire. Rencontre avec Thierry et Laurent Gardinier, deux des 3 propriétaires de ce groupe peu connu de 300 personnes et de près de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires qui se consacre avec rigueur, respect et honnêteté à l’hospitality.

L’histoire commence au début du siècle dernier. Nous sommes dans les années 20 dans le nord de la France, avec le grand-père, Lucien Gardinier. Parti de rien, il va développer une affaire de fabrication et de distribution d’engrais qui comptera jusqu’à 600 salariés dans les années 50.

Deux de ses neuf enfants, Xavier et François, intègrent l’entreprise dans les années 60 et donnent à la société familiale une impulsion importante, notamment aux États-Unis dans la décennie suivante. « Cette prospérité leur permet d’acquérir les maisons de champagne Lanson et Pommery, parce qu’attachés à la terre et à la vigne », nous raconte aujourd’hui Laurent Gardinier.

Changement de direction

À la mort de leur père Lucien en 1975, ses deux fils vendent pour des raisons stratégiques l’activité d’engrais en France à « feu » Rhône-Poulenc et l’activité aux États-Unis au groupe Cargill. Peu de temps après, au décès de François, Xavier, resté seul dans l’affaire, revend les champagnes au groupe Danone.

Fort de liquidités, il se développe dans deux directions, liées par un ADN commun : la terre. D’abord, une activité de vignoble en rachetant château Phélan Ségur. Puis, pour satisfaire son tropisme américain lié à ses souvenirs d’enfant pendant la Seconde Guerre mondiale, et bien que ne parlant pas la langue de Shakespeare, en acquérant une société de production d’oranges en Floride.

Pas de synergie donc, entre d’une part les matières premières que sont les oranges, et d’autre part le saint-estèphe, produit fini et maîtrisé à la perfection ; notamment lors du millésime d’exception en 1982.

Haro sur le vin

Début les années 2000, les trois frères Gardinier, Laurent, Thierry et Stéphane, prennent la main progressivement et font bifurquer l’aventure entrepreneuriale en misant sur la gastronomie et l’hôtellerie.

Ils rachètent d’abord le domaine Les Crayères en 2001, créé par leur père et leur oncle en 1978 en transformant en hôtel la maison particulière des descendants de la marquise de Polignac ; par la suite vendu avec ses trois étoiles Michelin obtenues par le chef emblématique de l’époque Gérard Boyer à Danone. Juste avant la mort d’Antoine Riboud, patron de Danone, son fils Franck revend Les Crayères à la famille Gardinier ; après avoir cédé 10 ans plus tôt les champagnes à LVMH.

Quelques années après, en 2011, la fratrie rachète Taillevent à la famille Vrinat. Et lancent les déclinaisons des 110 et des Caves. « Les Caves offrent une collection impressionnante de flacons à Paris, près des Champs-Élysées, à Beyrouth et à Tokyo, énumère Thierry Gardinier.

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Nouvelle image gastronomique

« Pour ce qui concerne les 110, nous les retrouvons à Paris et à Londres ; à travers un concept lisible de 110 vins au verre, associés à des plats. Avec trente plats, on s’offre quatre possibilités de vins différents, sélectionnés en quatre gammes de prix, en version 7 cl ou 14 cl », nous confie Laurent Gardinier.

Avec une puissante dimension patrimoniale, ils achètent dernièrement Drouant ; doté d’une image gastronomique forte, de salons confidentiels qui drainent une clientèle business importante et d’un vrai projet décoratif depuis 2019. Lieu emblématique de la littérature, Drouant accueille chaque année la remise du prix Goncourt au meilleur ouvrage dans le salon éponyme du premier étage.

Côté organisation, à Stéphane le business des oranges ; à Thierry la direction opérationnelle du Taillevent, des 110 Paris, des Caves de Taillevent et de Mercurium et la direction fonctionnelle du domaine Les Crayères. Enfin, à Laurent la direction opérationnelle des 110 de Londres, des Tables de Taillevent et la direction fonctionnelle de Drouant.

Du caviar en accompagnement

Dernière ambition du trio, en 2015. Ils acquièrent alors Le Comptoir du caviar, un atelier de vieillissement et de conditionnement de caviar. Là, ils sélectionnent puis affinent le caviar avant de le distribuer dans leur boutique éponyme boulevard Malesherbes ; dans leurs restaurants ; au sein de l’e-shop et dans un circuit sélectif. Ils vendent également du tarama, ainsi que des œufs de saumon.

Ce que l’on peut leur souhaiter en 2021 ? Retrouver rapidement leurs clients au sein de leurs adresses devenues des destinations à part entière. Et de visiter rapidement la cuisine de Philippe Mille aux Crayères, qui tutoie les 3 étoiles.

gardinier.com

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Si Gardinier m’était conté… en 5 questions

Si Drouant était un livre ?

LG : La tradition parisienne et en même temps mondaine est incarnée par le deuxième tome de La recherche, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, de Marcel Proust.
TG : Ce serait un mélange entre Balzac et Colette ; traduisant ainsi le côté très parisien et le foisonnement du XIXe siècle.
LG : Il y a aussi Romain Gary, qui incarne ce côté culturel et qui a donné son nom à la tarte fine au caviar.

Si les Caves ou le 110 étaient un flacon ?

LG : Un chablis de chez Raveneau ; qui élabore des vins maîtrisés dans leur compréhension, dans leur simplicité et qui sont dotés d’une richesse aromatique incroyable. Au 110, nous sommes à chaque fois dévalisés !

Si Taillevent était un plat ?

LG : Le boudin de homard qui en fait est une quenelle ; proposée en entrée avec une sauce légèrement crémeuse et du fenouil.

Quelle est la bouteille la plus incroyable découverte chez Taillevent ?

TG : Un Lafite Rothschild 1893 vendu à un Américain il y a 3 ou 4 ans.

Quel est le champagne que vous aimez ?

LG : Un ultra brut de Laurent Perrier, un Selosse ou un Jacquesson.
TG : Un Billecart-Salmon rosé.

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