Golshifteh Farahani

L’Iran et la France, le théâtre et le cinéma, les films d’auteur et l’entertainment : Golshifteh Farahani voit tout en double et, surtout, elle voit bien ! Éloge d’une actrice singulière et précieuse.

Dans le bien nommé Go Home, de Jihane Chouaib1, la Libanaise Nada retourne dans son pays natal et enquête sur ses origines familiales. Dans Paterson2, le nouveau Jim Jarmusch, l’Américaine Laura vit dans le New Jersey et caresse dans le sens du poil et de la rime son compagnon poète… Dans les deux films, une même actrice : Golshifteh Farahani, née en Iran au cœur de l’été 1983, contrainte à l’exil par le régime des Mollahs et aujourd’hui détentrice de la double nationalité franco-iranienne. Un passeport dont elle profite pour incarner des héroïnes internationales de toutes sortes : combattante kurde (My Sweet Pepper Land, d’Hiner Saleem), mère poule 100 % frenchy redevable à la comtesse de Ségur (Les Malheurs de Sophie, de Christophe Honoré), vamp hollywoodienne qui rend dingue de désir Johnny Depp (Pirates des Caraïbes 5, sortie en mai 2017).

Vivre sans peur

Schizophrène, Golshifteh, avec son identité nationale à géométrie variable et sa filmographie plurielle ? « Parfois, je me pose aussi cette question, explique-t-elle en souriant. Disons que rien ne me semble impossible et que j’adore les nouvelles expériences. J’incarne toujours des héroïnes qui cherchent à s’émanciper. Cela me correspond : il faut avoir les couilles de vivre les choses sans peur ! ». Ainsi s’exprime Golshifteh Farahani, une fille qui sait de quoi elle parle quand elle évoque le courage et l’émancipation.

Destin contrarié

Née dans une famille iranienne intello – papa et maman sont artistes –, l’actrice a baigné dans le plus pur jus culturel dès son plus jeune âge, mais sa vie n’a rien d’un long fleuve perse tranquille. Programmée pour devenir musicienne – tel était le grand dessein de ses parents pour elle –, Golshifteh se rebelle, préfère accomplir ses gammes dans les ateliers de théâtre et, dès l’adolescence, est repérée par les cinéastes de son pays. De son pays et d’ailleurs… Engagée aux États-Unis en 2007 pour Mensonge d’État, de Ridley Scott, la jeune actrice, vingt-quatre ans à l’époque, voit son destin bouleversé à son retour à Téhéran. « Les autorités m’ont confisqué mon passeport, raconte-t-elle. J’étais soupçonnée d’avoir été manipulée par la CIA. J’ai aussi été à deux doigts de ne pas pouvoir tourner dans À propos d’Elly, d’Asghar Farhadi, qui, envers et contre tout, a eu le courage de me faire tourner en Iran. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de partir et je l’ai saisie. »

Mélancolie et force

L’opportunité ne fut pas seulement une chance. Depuis son arrivée dans l’Hexagone, Golshifteh Farahani a beau enchaîner les expériences majeures, comme récemment, sur les planches, sa prestation bouleversante dans Anna Karénine, sa félicité de comédienne se teinte de mélancolie lorsqu’elle évoque ses sentiments profonds. « Je n’ai jamais voulu quitter mon pays, raconte-t-elle avec pudeur. Je suis partie, forcée et contrainte. Je ne pouvais pas faire autrement, un peu comme Anna Karénine, qui se retrouve prisonnière de son destin. Pendant mes premières années en France, j’ai très mal vécu l’exil et il y a toujours quelque chose d’abîmé en moi. » Aujourd’hui, tout en délicatesse, l’actrice promène ses états d’âme, ses joies comme ses peines, dans les films de ses contemporains : les comédies parce qu’il convient de rire de tout, les drames parce qu’il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. Rire ou tristesse : les cinéastes inspirés plébiscitent sa beauté singulière et son talent hors norme. On ne leur en fera pas le reproche.

Affiche Go Home PATERSON_120X160_FRANCE_02

Go Home

de Jihane Chouaib. Sortie le 7 décembre 2016.

Paterson

de Jim Jarmusch. Sortie le 21 décembre 2016.

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