Guillaume Canet intime

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Guillaume Canet intime

Deux mois après Au nom de la terre d’Édouard Bergeon, on l’a retrouvé au côté de Daniel Auteuil, Fanny Ardant et Doria Tillier dans La Belle Époque, le deuxième long métrage de Nicolas Bedos, que nous sommes tous allés voir.

 

Après ses débuts en tant qu’acteur dans Barracuda ou En plein cœur, il a enchaîné plus de 40 films en 22 ans de carrière. En tant que cinéaste, il a obtenu en 2006 le César du meilleur réalisateur pour Ne le dis à personne, son deuxième long métrage, et plus de cinq millions d’entrées pour le film suivant, Les Petits Mouchoirs. Que ce soit devant ou derrière la caméra, Guillaume Canet est sans conteste l’un des surdoués du cinéma français. À l’occasion de la sortie de La Belle Époque, dans lequel il a tenu l’un des rôles principaux, nous n’allions pas manquer l’occasion de le rencontrer.

Olivia de Buhren : Si vous deviez revivre une époque de votre vie, quelle serait-elle ?

Guillaume Canet : L’époque où j’ai commencé à faire mon métier. J’avais une véritable insouciance. C’était fantastique pour moi de jouer au théâtre, d’en vivre, de ne rien demander à personne. J’ai des souvenirs dans ma chambre de bonne : ceux d’écouter de la musique le matin, de me lever tard, d’avoir mon indépendance, de gagner ma vie. J’étais heureux de jouer au théâtre tous les soirs. C’était une belle époque pour moi.

OB : Est-ce cela qu’on appelle le « bon vieux temps », selon vous ?

GC : Oui, c’est un moment de l’existence que j’ai aimé particulièrement. Certainement aussi parce que c’était mes premières fois dans mon métier et qu’elles sont toujours uniques. Je découvrais tout, comme un enfant. C’était magique. J’adorerais revivre ces instants…

OB : Et l’époque de votre vie que vous voulez vraiment oublier ?

GC : Toutes les étapes de l’existence sont importantes. Si je suis qui je suis aujourd’hui, c’est parce que j’ai eu des périodes positives et d’autres, plus dures. Disons que toute l’époque après mon film Blood Ties, qui n’a pas marché, m’a beaucoup abîmé. J’aurais aimé vivre différemment cet échec. J’ai perdu trop de temps à me concentrer sur un déversement de haine, j’y ai apporté trop de crédit. J’ai mis du temps à me relever. Si c’était à refaire, je prendrais plus de distance, j’y mettrais plus de sagesse.

OB : Votre jeu semble très naturel. Est-ce parce que votre personnage vous ressemble ?

CG : Je n’ai jamais parlé comme ça à une comédienne sur un plateau. Je me suis vraiment lâché, c’était de l’impro et je me suis bien amusé. En revanche, étant moi-même metteur en scène, je me suis retrouvé dans certaines scènes du scénario. J’ai déjà dirigé des comédiens, organisé un plateau. C’est une énergie que je connais bien.

OB : Dans le film, la relation qu’entretient votre personnage avec celui incarné par Doria Tillier est souvent difficile. Pensez-vous que l’amour a un côté destructeur ?

GC : Mon personnage n’y arrive pas et, à un moment, il faut qu’il soit confronté à cette expérience, à cet homme. Au final, cela lui fait comme un électrochoc. Il apprend de la mise en scène qu’il met en place.

OB : Jusqu’où pourriez-vous aller dans la souffrance ?

GC : Jusqu’à la perte d’identité.

OB : Quel est votre côté le plus sombre, selon vous ?

GC : J’ai un côté très noir depuis des années. Il y a une part de moi que j’ai du mal à alléger. J’y travaille beaucoup, mais je peux avoir tendance à être négatif, à sombrer dans des pensées obscures.

OB : Comment y remédiez-vous ?

GC : Depuis quelques années, je fais du reiki (méthode de soin japonaise appartenant à l’approche énergétique, NDLR). Je sens une véritable évolution dans ma manière d’aborder les choses, la vie. J’ai passé mon premier degré de reiki.

OB : Vous avez du magnétisme alors ?

GC : Oui, j’en ai depuis que je suis petit, mais je ne l’avais jamais travaillé jusque-là. Aujourd’hui, ça m’aide beaucoup, je vis les choses plus sereinement, plus tranquillement. Je n’ai jamais été matérialiste, mais, depuis que je pratique le reiki, je le suis encore moins !

OB : Et votre côté le plus sympathique, à part vos posts Instagram ?

GC : Je suis volontaire, droit et, si je dis quelque chose, je le fais. Ça, c’est agréable pour les gens qui m’entourent. Je suis un battant.

OB : Est-ce risqué de revivre le temps passé ?

GC : Si on l’aborde avec sérénité et le centrage nécessaire, c’est une bonne chose. En revanche, si on pense sans cesse au passé, ça peut nuire et empêcher d’avancer.

OB : Nourrissez-vous des regrets dans votre vie ?

GC : Pas beaucoup. Parfois, je regrette d’avoir manqué de temps avec certaines personnes et d’avoir dépensé trop d’énergie sur des sujets qui n’en valaient pas la peine. Mais on apprend avec l’âge. Je me protège aussi beaucoup des relations toxiques.

OB : Si c’était à refaire, que changeriez-vous ?

GC : Rien, je garderais tout. J’ai une très belle vie. Je touche du bois, pourvu que ça dure. Je ne nourris pas de regret. La seule chose que je changerais peut-être, c’est la gestion de mon temps.

OB : Auriez-vous envie de connaître le moment que votre femme voudrait revivre ?

GC : Je pense qu’elle choisirait les premières années de nos enfants : les premiers mots, les premiers pas.

OB : Qu’est-ce que votre métier d’acteur vous a appris sur vous ?

GC : Tout simplement que je ne pouvais pas me passer de mon métier. J’ai besoin de ce mode d’expression pour ne pas devenir fou. Il m’aide à m’exprimer, que ce soit en tant qu’acteur ou comme metteur en scène.

OB : Quelle est la question qu’on vous pose un peu trop souvent ?

GC : Est-ce que vous n’en avez pas marre de bosser avec vos potes ?

OB : Si vous n’aviez pas été comédien, qu’auriez-vous pu faire ?

GC : Thérapeute.

OB : Que voudriez-vous que les gens retiennent du film ?

GC : Vivre l’instant présent et rester attentif à son histoire d’amour, ne pas la laisser passer. C’est un combat d’aimer quelqu’un, ça prend du temps, de l’énergie, mais il faut bien se poser la question avant de baisser les bras.

OB : Vivez-vous l’instant présent ?

GC : Je m’y efforce.

OB : Êtes-vous heureux ?

GC : Je commence à l’être, bien plus qu’avant…

 

La Belle Époque de Nicolas Bedos avec Daniel Auteuil, Fanny Ardant et Doria Tillier. En salle depuis le 7 novembre.

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