Immersion au GIGN

Stéphane est un homme courageux et méritant. Son anonymat est de circonstance, dissimulé derrière le heaume de son casque de troupe d’élite, le GIGN. Et comme tout héros, il a son talon d’Achille : les sports extrêmes.

Dans les tranchées, le vin soudait les poilus et dans la blitzkrieg, le soldat allemand carburait à la méthamphétamine. Le héros d’aujourd’hui, à quoi marche-t-il ?
Il est vrai que l’alimentation est l’un des quatre piliers de « ma » réussite (avec l’entraînement, la préparation mentale et l’équilibre familial). Par conséquent, je m’y suis penché il y a maintenant quatre ans et j’ai dû changer quelques mauvaises habitudes. De manière globale, je fais attention à varier les protéines ; les plus connues sont animales, mais je m’attarde sur les protéines végétales. Mais ce qui reste incontournable aujourd’hui, c’est de bien choisir les sources de glucides. On préfère les aliments à index glycémique bas ou modéré (riz basmati, haricots verts, patates douces…) à ceux qui ont un index élevé (en gros, beaucoup d’aliments du commerce transformés). Enfin, je consomme beaucoup de sources d’oméga-3 (avocat, graines de chia, filets de hareng, sardines…).
En toute honnêteté, il m’arrive de faire des écarts pour le plaisir du goût et pour rester socialement fréquentable !

Vous sentez-vous aussi invulnérable qu’Achille, plongé dans le Styx, le fleuve des Enfers, par sa mère qui le tenait par le talon ?
Ce serait tellement facile ! Mais non, pas du tout : l’humilité fait partie intégrante des sports d’endurance extrême et il est illusoire de penser que l’on va tout le temps réussir une course, faire un podium. Les plus grands champions ont tous eu, à un moment ou à un autre, une défaillance. Toutefois, la préparation mentale [le partenariat avec Mental Sport] m’aide beaucoup à franchir des caps, progresser encore aujourd’hui, repousser les limites du supportable à l’entraînement. Le but ? Devenir plus fort ! Je ne suis pas un champion et je n’ai plus le temps de le devenir.

Êtes-vous aussi obstiné qu’Agamemnon, prêt à sacrifier sa fille Iphigénie pour que sa flotte puisse lever l’ancre ?
Obstiné est un adjectif qui me plaît bien… Je pousse très loin mes exigences et je sacrifie certaines choses. C’est dans ces circonstances que l’équilibre familial est primordial.

À quarante-deux ans, au GIGN, êtes-vous un anti-Diomède, l’un des plus grands guerriers grecs, mais aussi le plus jeune ?
Sans doute, je fais partie des plus vieux avec bientôt dix ans d’expèrience. Cela me plaît de montrer aux plus jeunes que je suis encore présent, que la performance n’appartient pas qu’à la jeune génération qui vient d’intégrer nos rangs. Pas question de m’enterrer pour le moment.

Hector, le véritable héros de L’Iliade, connaît une fin tragique. C’est le poids du destin. Le GIGN vous lie-t-il à l’abnégation ?
Obstiné, abnégation… encore un mot qui me colle à la peau ! Au vu des récentes menaces, nous sommes tous prêts au sacrifice ultime. À l’image de nos amis Seals, qui n’avaient qu’une chose en tête à l’issue des attentats du 11 septembre, nous sommes tous prêts, dans l’unité, à faire le nécessaire si l’occasion de « combattre » se présentait.

Chaque héros possède sa part d’ombre. Le Base Jump, c’est votre côté tête brûlée ou votre talon d’Achille ?
J’ai toujours eu besoin de vivre intensément. L’adrénaline est ma drogue. Mais je ne me qualifie pas du tout de tête brûlée ! Le Base Jump, j’ai commencé à le pratiquer dans un cadre défini, je n’ai jamais fait n’importe quoi. J’ai mis de côté cette activité de peur de me blesser (cheville ou genou) mais à l’issue du Triathlon de Kailua-Kona, je pense sauter à nouveau.

Aujourd’hui, vous voici superhéros, qui foulez le mythe des triathlètes : l’Ironman de Kailua-Kona (Hawaï).

Qu’est-ce qui différencie cette course des autres compétitions de la discipline ?
Après quelques reconnaissances, je pense pouvoir dire que l’on va s’approcher de l’enfer : vent violent, chaleur intense, un parcours tout en prise, aucun moyen de récupérer pendant une dizaine d’heures. De plus, une atmosphère particulière règne sur l’île et le mythe n’est pas usurpé.

Entre votre engagement militaire et vos activités sportives intenses, vous devez passer peu de temps chez vous. En Ulysse des temps modernes, n’avez-vous pas peur que votre épouse se transforme en Pénélope ?
Absolument ! Je navigue sur le fil… équipé de mon matériel de Base Jump, à savoir un seul parachute. J’ai la chance de vivre aux côtés d’une épouse compréhensive mais avec un gros caractère. Logiquement, je mets donc en péril cet équilibre familial. Mais nous avons tout de même surmonté beaucoup de crises, et je fais partie des rares personnes encore mariées au GIGN.

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