Lorsqu’en 1993, Bruno Belamich et Carlos-A Rosillo, deux amis d’enfance s’associent, c’est pour construire l’une des plus belles aventures horlogères de la fn du XXe siècle, en s’axant autour d’un concept simple : « la fonction fait la forme ». Effcacité, lisibilité et fabilité, seront les maîtres mots qui caractérisent la marque Bell & Ross, dont le succès dépasse largement les frontières.
Avant tout… Avez-vous la « déformation professionnelle » de regarder le poignet de chacun de vos contemporains ?Cela s’apparente plus à une curiosité naturelle que j’ai toujours eue plutôt qu’à une déformation professionnelle. Je n’ai pas attendu de travailler dans l’horlogerie pour le faire !
Cela vous aide-t-il immédiatement à en déduire quelque chose sur la personne en question ?Je le pourrais… mais je m’y refuse. Car une personne peut avoir plusieurs montres qui peuvent révéler des choses très différentes dans ce cas. On peut porter un jour une montre très sport et un autre jour une montre très élégante, il serait donc réducteur de porter un jugement immédiat.
Quelle montre portez-vous le plus souvent en ce moment ?Je ne porte jamais de montre.
Si vous deviez nous faire l’ADN de Bell & Ross en quelques mots ?Une marque pour les professionnels de l’extrême inspirée des mondes militaire et aéronautique, les références absolues en terme de fabilité, lisibilité, performance et précision.
Dans l’histoire de la marque, quelle a été « l ’heure de vérité » la plus intense ?Le moment crucial où nous avons été autonomes à travers notre propre unité de production en Suisse, le grand saut. Puis la première Foire de Bâle.
Votre défnition de l’élégance ?Simplicité, minimalisme et avant tout rester soi-même.
Un défaut, qui dans votre métier, peut devenir une grande qualité ?Je suis un éternel insatisfait. Ce défaut me pousse aussi à me dépasser toujours plus, en cela, il peut devenir une qualité.
Et inversement, quelle est la qualité, qui peut devenir un gros défaut ?Je suis un perfectionniste, et donc un éternel insatisfait.
Qu’est-ce qui vous fait parfois rager dans l’univers de l’horlogerie ?L’horlogerie est un domaine extrêmement conservateur et codifé, il faut redoubler d’audace pour parvenir à bouleverser certains codes.
Malgré l’expérience et le succès, en quoi êtes-vous encore un peu « vert » ?Je reste très proche de la nature, et j’ai besoin de me ressourcer régulièrement à la campagne.
A qui voleriez-vous volontiers un brin de talent ?A un designer, Jasper Morrison. Il fait exactement ce que je rêverais de faire.
[ndlr : designer anglais, reconnu comme le pionnier de la « Nouvelle simplicité ») Avec le succès, quel est votre plus grand plaisir ?Pouvoir continuer à travailler avec toujours le même plaisir mais dans de meilleures conditions.
Que dit-on de vous ou de votre enseigne de peu fatteur ?En tant que jeune marque, Bell & Ross a dû trouver sa place dans une industrie séculaire où pour certains encore, si vous n’avez pas 150 ans d’histoire horlogère, vous n’existez pas ! Heureusement les mentalités évoluent progressivement, et Bell & Ross a aujourd’hui une réelle légitimité dans le paysage horloger, due en particulier à la reconnaissance des professions militaires et des corps d’élite qui font appel au savoir-faire de la marque pour réaliser leur « garde-temps », à l’image des pilotes de l’Armée de l’Air Française.
Une mode que vous ne comprenez toujours pas ?Je ne suis pas sûr de vouloir comprendre la mode.
Vos meilleures sources d’inspirations créatives ?La décoration, le design industriel, l’automobile. Mais aussi tous les objets ayant une fonction utilitaire, et surtout le monde militaire. J’aime son côté rationnel. A l’origine d’une bonne montre, il y a toujours une fonctionnalité précise, et je m’inspire des fonctionnalités nécessaires à ces hommes de l’extrême et à leur monde ultra-performant.
Quelles sont les petites marques qui montent en horlogerie ?J’ai un œil rivé sur la génération montante des nouveaux créateurs horlogers, MB&F notamment et Urwerk, pour leurs montres complètement démentes. Ils ont plein de talent et d’inventivité. Leur audace mène chacun à repousser ses propres limites.
Un regret ou un rêve ?Je rêve de créer « la » montre, celle qui n’existe pas encore.
Une expression qui vous symbolise bien ?« Carpe diem » / « Memento mori » [ndlr : « Souviens-toi que tu mourras »]
Pour fnir, la forme, c’est vraiment le fond qui remonte à la surface ?Oui, on peut dire cela. C’est l’un de nos principes fondamentaux dans la création de nos montres : la fonction crée la forme. Le design doit parfaitement s’intégrer à un cahier des charges et non le contraire.
Bell & Ross en quelques chiffres…
8 boutiques en nom propre ouvertes en un an, dont celle de Paris :
Le Village Royale, 25 rue Royale, 75008.
Tél. : 01 40 07 98 52
800 points de vente dans 50 pays.
www.bellross.com/fr