Camille Goutal, née passionnée

Elle a la douceur affchée de celles qui savent ce qu’elles veulent. Indépendante et pleine d’idées, la directrice artistique et nez, avec Isabelle Doyen, de la maison Annick Goutal replonge pour nous dans ses souvenirs olfactifs.

Par Aude Bernard-Treille
Camille Goutal,  née passionnée

Petite, vous rêviez d’être ?
Archéologue ! Mais j’ai fnalement commencé par être photographe.

Quel a été votre premier parfum ?
Rose Absolu qui est le parfum que ma mère avait créé en 1984. Elle était une amoureuse des roses, et ce parfum de roses délicates symbolisait l ’éternel féminin.

Votre fibre créatrice s’est révélée d’abord dans la photo, racontez-nous comment vous avez accepté de reprendre les rênes de cette belle maison ?
J’ai toujours eu envie de faire un métier dans lequel je pouvais bouger, à l’air libre, d’être indépendante. La photo m’apportait cela et quand ma mère est décédée, j’avais du mal à me dire que quelqu’un d’autre reprendrait la création. Je me suis dit que j’allais apprendre à faire des formules avec Isabelle Doyen. Très vite, je me suis prise au jeu d’autant plus que cet univers m’était très familier. Je ne découvrais rien, j’avais l ’impression de rentrer chez moi.

Votre mère Annick Goutal vous a-t-elle initiée ?
Elle ne m’a jamais vraiment poussée dans l ’univers des parfums car elle était très fère que je sois photographe. Elle m’a toujours dit qu’il fallait avoir une passion dans la vie et la photo lui convenait très bien. J’ai su après sa mort qu’elle s’était confée à Isabelle Doyen en disant qu’elle aurait aimé qu’on travaille ensemble.

On arrive à reproduire presque toutes les odeurs, mais qu’est-ce qui serait diffcile de mettre en bouteille ?
Ça paraît très simple, mais faire un parfum est un travail de recherche permanent car on part d’une idée d’odeur très concrète qui est fnalement totalement immatérielle. Aujourd’hui, on n’a pas encore toutes les molécules pour faire ce que l ’on veut. En parfumerie, on essaye de reproduire l ’odeur de la mer avec des molécules comme la calone, très aquatique, mais je trouve que le résultat est atroce. L ’odeur de la mer est très dure à recréer : il y a l ’air, l ’eau… je n’ai jamais trouvé d’odeur de mer qui me plaisait.

« Qu’importe le flacon » dit-on… mais quel serait pour vous l’écrin le plus fou ?
J’ai été bluffé par le globe du parfum Fragile de Jean-Paul Gaultier qui reprend l ’idée de la boule à neige et dont le liquide est le parfum. C’est drôle avec cette femme au milieu. J’avais rêvé de faire un facon qui soit le corps d’une femme mais c’est très dur à réaliser précisément.

Une odeur que vous n’aimez pas sur vous mais que vous appréciez chez les autres ?
Un grand paradoxe, c’est Petite Chérie, le parfum  que ma mère a créé pour moi. Je l’adore sur les autres, mais je pense que je n’arrive pas à le porter car il y a trop d’affectif avec ce parfum.

Une odeur gourmande dont vous ne pouvez vous passer ?
Celle des Dragibus que j’adore !

Citez-nous un souvenir olfactif qui vous fait voyager ?
Depuis que je suis petite, je suis dingue de feurs blanches et quand je suis allée à Maurice, il y a  une dizaine d’années, je suis tombée à la plage sur l ’odeur que j’avais toujours eue en tête. En rentrant  à Paris, j’ai travaillé cette odeur de frangipanier,  de plage à la tombée de la nuit, de crème solaire.  Cela a donné Songe, et à chaque fois que je le sens,  je voyage au bout du monde.

Une odeur d’enfance ?
Les tartines de pain grillé avec le café qui rappellent  le petit-déjeuner du dimanche matin.

Vous créez aussi des bougies et des senteurs pour la maison. L’odeur d’un appartement parisien ressemblerait à quoi ?
Au parquet ciré mêlé à une légère odeur de poussière qui entoure des gros canapés en velours, les livres…

Un parfum est une odeur personnelle, quelle est celle qui vous ressemble le plus ?
Songe et Mon Parfum Chéri (patchouli d’Indonésie, iris, violette, prune, héliotrope) qui est une odeur qui m’obsède depuis que je suis toute petite : l’odeur du chypre. 

La devise qui vous fait avancer ?
Rien n’est grave dans la vie. Le meilleur est toujours à venir, il ne faut voir et se souvenir que des belles choses.

En ce moment, ce qui est plutôt nauséabond, c’est…
Toutes ces histoires d’affaires autour de DSK. Dans les deux sens, que ce soit lui ou les autres parties, c’est vraiment glauque.

Une adresse où vous vous sentez bien ?
Chez moi, dans ma maison de l ’île de Ré. Et à Paris si on parle shopping, j’aime l ’atmosphère de Merci. C’est ma tante qui a crée ce concept, je connais bien les vendeurs et je m’y sens comme chez moi.

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