Avez-vous la « déformation professionnelle » de regarder le sac et les accessoires de chacune de vos contemporaines ?
Oui… sans arrêt ! Je fais d’ailleurs attention à ne pas les scruter avec trop d’insistance, car cela m’a valu quelques coups d’œil surpris !
Cela vous aide-t-il immédiatement à en déduire quelque chose sur la femme en question ?
Bien sûr, et parfois il suffirait d’un petit « twist » pour que ce soit parfait ! De temps en temps, le sac a plus de personnalité que la femme qui le porte… N’oublions pas que c’est la femme qui porte le sac et non pas le sac qui porte la femme !
Si vous deviez nous faire L’ADN de Lancel en quelques mots ?
La « french légèreté ». Il y a des gens qui vivent en noir et blanc, chez Lancel, c’est la vie en couleurs. Espiègle, humour et beauté naturelle collent à la peau de Lancel.
Dans le processus de création, à quel moment vous dites-vous : « l’affaire est dans le sac » ?
C’est seulement lorsque le produit est abouti, terminé. Une bonne idée mal réalisée, ça ne donne rien. D’où l’importance du travail en équipe, de chaque étape qui a son importance pour arriver à un produit « presque parfait ».
Votre définition de l’élégance ?
Etre confortable dans sa peau. Etre soi-même, c’est le top de l’élégance.
Que reconnaît-on comme particularités à Lancel ?
J’entends dire que ce sont des produits avec une véritable innovation, aussi bien en terme de matière que de couleurs. Et que nos sacs sont « de belles histoires ». En fait, l’authenticité et l’histoire priment toujours sur le produit.
Quel est le plus grand défaut des créateurs, en général ?
L’arrogance. Mais c’est parfois salvateur, car même si c’est un gros défaut, ceux qui en font preuve ont souvent une certaine rigueur et font preuve de beaucoup de sévérité avec eux-mêmes, pour approcher l’excellence.
Une petite désillusion professionnelle ?
Il arrive parfois que l’idée du rendu d’une matière soit mieux que le résultat réel, ce qui nous oblige à abandonner la piste, à mon grand regret !
Quel est le défaut, qui dans votre métier, peut devenir une grande qualité ?
Trop de curiosité !
Et inversement, quelle est la qualité qui peut devenir un gros défaut ?
La gentillesse. Il y a beaucoup d’hypocrisie et à être trop gentil, on se fait souvent avoir !
Une critique qui vous a fait avancer ?
Peu de temps après mon arrivée, Marc Lelandais, le président de Lancel m’a fait passer un message : il faut tenter de faire sourire une femme qui achète un sac, ne pas trop se prendre au sérieux. C’est presque un hommage à Madame Lancel qui disait : « pour avoir une vie longue et heureuse, il faut regarder les choses sérieuses de façon frivole et inversement ! ».
Malgré l’expérience et le succès, en quoi vous sentez-vous encore un peu « vert » ?
Lorsque je vais aux archives de la maison, et que je vois toute cette créativité depuis 120 ans. En 1876, Madame Lancel voyait déjà l’accessoire comme une clé d’entrée de la séduction pour les femmes.
A qui voleriez-vous volontiers un brin de talent ?
Elsa Schiaparelli, l’une des plus grandes couturières du XXeme siècle. Elle a tout créé, mais elle n’a pas
couché avec les bonnes personnes ! (rires)
Vos meilleures sources d’inspirations créatives ?
En passant des heures dans nos archives ou en étant seul au bord de la mer ! Si je vous répondais « en voyageant », ce serait trop cliché et arrogant !
Une marque assez lointaine de votre univers mais que vous appréciez vraiment ?
Hermès, pour leur constance, pour leur univers. Ils ne suivent pas les tendances !
Une expression à la mode qui vous agace ?
« it » ! C’est le mot le plus hypocrite ! C’est temporaire, c’est jetable.
Une jolie rencontre qui n’a pas encore eu lieu ?
Pourquoi pas avec le chef ou le directeur artistique de Ladurée. J’aime la légèreté et la mise en couleur de leurs macarons.
Un accessoire de mode que vous appréciez sur les autres, mais pas sur vous ?
Les tatouages, notamment ceux qui ont une expression artistique.
Une expression qui vous symbolise bien ?
Aimable… mais exigeant ! (rires)
L’actualité de Lancel à la rentrée ?
Une surprise en septembre : nous allons dévoiler au monde entier et en même temps, un alphabet de l’amour ! Vous verrez…
Pour finir, videz votre sac… sur un succès qui ne le mérite pas ou un scandale trop peu dénoncé.
Les reality show ! Je déteste, ça manque de fond. On manque tellement de stars qu’on en façonne des fausses ! Et c’est encore pire aux Etats-Unis.