Paul Smith, the Observer


Voici une figure de la mode qu’on connaît peu car il est plutôt « normal ». Anglais mais pas excentrique, marié avec la même femme depuis quarante ans, humble et surtout créatif, il observe la vie avec des yeux d’enfants et s’en inspire en permanence.

Par Aude Bernard-Treille
Paul Smith

Vous avez une âme d’enfant, que faites-vous aujourd’hui encore comme un enfant ?
Faire et dire des blagues assez potaches tous les jours ! Je suis resté très enfant en effet, j’ai un caractère très ouvert et la même attitude qu’un enfant qui pose des questions sur tout, de manière très spontanée. C’est important d’être curieux. Les enfants ont cette innocence et disent souvent la vérité.

Qu’ont dit vos parents quand vous leur avez annoncé vouloir travailler dans la mode ?
Au départ cela a été un hasard. J’ai commencé à travailler quand j’avais 15 ans, je n’étais pas très porté sur les études. Je crois qu’ils étaient tout simplement satisfaits de savoir que j’avais un travail.

Le petit truc qui vous agace dans le milieu de la mode ? 
C’est un milieu très prétentieux, où les gens ont un ego surdimensionné et c’est assez décevant.

Quelle est la mode que vous ne comprenez toujours 
pas ?
Ce qui est trop excentrique. Vous pouvez vous habiller de façon intéressante quand c’est recherché avec des détails qui interpellent, et que c’est porté de manière exceptionnelle. Mais s’habiller d’une façon très extravagante est pour moi un signe de mal-être, qui révèle un sentiment d’insécurité.

Quel est le vêtement que vous ne porterez jamais, mais qui ne vous déplaît pas chez les autres ?
Justement, je ne porte pas de choses trop voyantes, de couleurs vives bien que je dessine des modèles avec ce genre de couleurs. C’est lié à la personnalité : plus elle est forte et affirmée, plus on se permet cela.

Vous dites qu’il n’y a pas de « mauvais » ou « bon goût », que tout est une question d’association, mais quelle est l’erreur pardonnable ?
Pour moi, c’est essayer d’être à la mode avec un style très jeune, spécialement quand on commence à vieillir. Il y a aussi ceux qui s’habillent sans penser à la forme de leur corps ou leur style de vie. On a besoin d’analyser ce qu’on est devenu pour accorder sa tenue en fonction.

Votre petit plaisir dans une journée ?
Nager de bon matin, dans le silence le plus paisible, sans personne autour de moi. 

Votre petit-déjeuner idéal est-il anglais ?
Je prends des « English toast », une tasse de thé ou de café. Donc c’est à moitié anglais. Cela pourrait même être français puisque vous avez des toasts !

Quel est votre premier souvenir personnel de Paris ?
Avec ma fiancée, quand nous étions sur ces grandes avenues de Paris, nous regardions l’architecture, on ressentait cette atmosphère romantique en se baladant sur les Champs-Elysées, et dans les jardins parisiens très soignés.

Vous faites un éloge à la simplicité, quelle est la chose simple que vous ayez faite ce matin ?
Euh... tout a été très vite car j’ai pris le train alors je ne sais pas… Ah si : j’ai acheté des cartes postales !

Quel est le dernier objet pour la maison que vous vous êtes offert ?
J’ai acheté des coussins rouges vifs faits par des prisonniers dans leur atelier de prison. 

L’année dernière, vous avez créé des décorations de Noël pour le Brown’s Hôtel avec Rocco Forte. L’idée d’ouvrirun hôtel Paul Smith est-il un projet ?
Pour l’instant non, car je suis beaucoup trop occupé et que je n’ai pas assez de place dans ma tête pour autant de choses ! 

Donnez-nous un exemple de ce qui vous fait rire ?
Qu’importe le sujet, c’est davantage la spontanéité qui me fait rire. J’aime l’humour qui se cache dans l’instantanéité et l’inattendu.

Si vous deviez dessiner le drapeau du Paul Smith’s land, à quoi ressemblerait-il ?
Un énorme soleil qui brille.

Pas de rayure de couleurs ?
Non surtout pas ! C’est une identité de la marque, c’est mon histoire, mais j’essaye de m’en défaire petit à petit.

Quelle est votre devise ?
« Never assume ». C’est-à-dire être dans l’instantané, ne jamais vérifier dix fois, et ça aide vraiment tout le monde finalement. Pas de prise de tête, on ne revient pas sans cesse sur les choses. 

Sir Paul Smith, être anobli par la Reine, ça fait quoi ?
Bien évidemment c’est d’abord un honneur, mais aussi une sorte de gêne étant donné que je suis quelqu’un de très simple qui n’est pas habitué à être traité avec des différences. Donc je suis partagé : fier dans l’humilité.

Retrouvez Paul Smith :
A travers Notes (Editions de La Martinière / Arte Editions) où il explique sa vie de A à Z, ses choix, ses coups de coeurs, sa vision de la mode, du style et aussi ses pensées. Celui qui a toujours un bloc note sur lui livre ces quelques phrases retenues lors de conversation ou pensées.
En DVD dans Paul Smith, gentleman designer de Stéphane Carrel.

Dans cet article

People : Paul Smith