Sylvain Tesson, crème glacée

Aventurier des temps modernes, cet « écrivain-voyageur » n’en est pas à son coup d’essai ; à cheval, à pied ou à vélo, il a déjà traversé l’Himalaya et les steppes d’Asie centrale. Cette fois-ci, il s’est posé au bord d’un lac en Sibérie.

Par Hervé Prouteau.

Sylvain Tesson, crème glacée

Comment préférez-vous que l’on vous présente ?
Sylvain : la forêt. Tesson, l’éclat. Donc, pour me présenter : morceau de bois.

Votre meilleure définition de la solitude ?
La seule amante qui ne vous quittera jamais.

Quelle est la plus grande contrevérité à votre sujet ?
« Travail d’équipe » : un oxymore pour un écrivain.

Un geste écolo simple et efficace ?
S’abstenir de se reproduire.

Votre plus grand luxe, au quotidien ?
La lecture, pendant des heures.

Un « trois fois rien » qui a son importance ?
La politesse et la gaieté.

Quel est le superflu dont vous ne pouvez pas vous passer ?
Le courrier. Les bains chauds. L’escalade rocheuse.

Le petit luxe qui a une grande importance à vos yeux ?
Le (beau) français dans le texte.

La dernière fois que vous avez dit « pauvre de moi ! », c’était à quelle occasion ?
À chaque fois que je passe devant la glace.

La « luxure » est-elle vraiment un péché capital ?
Le seul et unique péché capital, c’est si l’autre dit non et que vous n’écoutez pas.

Le trait le plus élégant de votre caractère ?

De ne jamais répondre à cette question.

Votre signe extérieur préféré de richesse ?
La générosité.

Sans contrefaçon, que vous reproche-t-on de plus vrai ?
De dire tout et n’importe quoi.

Qu’est-ce qui vous rend « vert de rage » dans la société d’aujourd’hui ?
Les innombrables interdictions minuscules, la vulgarité, le bruit, la muflerie, l’indifférence au passé. Et surtout les déclarations de morale universelle servies par des pharisiens qui ne vous tiennent même pas la porte.

En quoi, malgré votre expérience et le succès de vos aventures, êtes-vous encore un peu « vert » ?
Dans mes paroles, j’espère. Le vert est la couleur qui sied le mieux aux paysages et aux propos.

Qu’est-ce qui s’est le plus dégradé dans votre activité ces derniers temps ?
L’intérêt que les Français portent au livre, le temps qu’ils consacrent à la lecture.

Racontez-nous en… des « vertes et des pas mûres » sur vous ?
Je nourris deux regrets : ne pas m’être engagé dans les Groupes Commando Montagne et n’avoir jamais rejoint l’équipage pirate de Paul Watson. Je ne suis pas assez mûr pour cela ou trop vert... de peur.

Une adresse citadine pour vous mettre malgré tout… au vert ?
Le jardin médiéval du musée du Moyen-âge à Paris. On y fait pousser de l’absinthe et il y a une licorne qui vit juste à côté.

« Envers » et contre tout, quel a été votre combat le plus ardu ?
Le vent de face dans le sud du désert de Gobi que je traversais l’autre jour à bicyclette.

Dernier verre, qu’est-ce qu’on vous sert pour vous détendre ?
Vodka. Russe. Pure. Tiède. Et avec cornichons, merci.

Une critique qui vous a fait avancer ?
« Tu ne prends pas assez de recul. »

Une expression à la mode qui vous agace ?
L’horreur absolue : « y a pas de soucis ». J’ai même entendu un fleuriste le dire.

Une expression désuète qui vous plait bien ?
À sa femme : « souffrez que nous fassions ce que vos parents firent lorsque vous fûtes faites ».

Une jolie rencontre qui n’a pas encore eu lieu ?
Marina Tsvetaïeva. Elle est morte, il me faut donc attendre.

Avec qui rêveriez-vous de rester coincé dans une montgolfière ?
Un suicidaire.


Retrouvez Sylvain Tesson « Dans les forêts de Sibérie », chez Gallimard. (17,90 e)


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