J’ai horreur du ski

J’ai horreur du ski

Peu le disent, beaucoup le pensent : le ski, c’est une purge.

 

C’est une question de santé mentale. Pas moins d’une cinquantaine de paires de mules l’accompagnent dans sa retraite enneigée. Un statement : mi-grigri, mi-manifeste, ces délicats escarpins lui rappellent la sophistication de la vie civilisée au cœur de l’enfer blanc. C’est parce qu’ils sont totalement inutiles à la montagne, et donc absolument indispensables à sa survie, que cette amie les fourre méthodiquement dans une immense malle – direction Megève, Val d’Isère, Crans-Montana, enfin là où le destin peu miséricordieux la portera avec sa famille : aux sports d’hiver.

La plupart des gens identifient ce moment comme une parenthèse enchanteresse, blanche, pure et immaculée, faite de grandes tablées d’amis, de vin chaud, de feu de cheminée et d’autres images d’Épinal ridicules.

Elle, elle n’y voit rien d’autre que la foule compacte d’une génération Décathlon agglutinée devant les remontées mécaniques ou les restos d’altitude, le froid insidieux, le drame des mono-chaussettes des enfants chaque matin, l’odeur étouffante de la fondue et des crêpes, le risque de mourir par brisure de fémur ou décrochage de télécabine (que la perspective d’un massage ou d’un soin cryogénisant dans un spa d’altitude parvient à peine à tempérer). Et, surtout, le look Bibendum dont personne ne réchappe, qu’on enfile une doudoune siglée ou un sublime manteau de fourrure. Bref, pour elle comme pour moi, les vacances au ski signent la fin du style. Un arrêt de mort aussi flippant que ces innombrables pistes qu’on gravit avant de les redescendre à toute blinde.

On pourrait enfoncer le clou en rétorquant aux adeptes de montagne brandissant les balades en raquette ou en chiens de traîneau comme alternative qu’il y a bien longtemps qu’une expérience en tire-fesses a annihilé toute chance de reconnexion avec les sommets alpins et qu’il leur est désormais impossible de retrouver grâce et place dans votre cœur givré. Arguer que les déposes en hélicoptère ou le freeride sur des spots aussi fous que le Spitzberg ou la face d’un mont en Sibérie sont l’apanage d’une minorité à laquelle, pour le coup, on n’a même plus envie d’appartenir, préférant, dans le même registre, les réjouissances d’une île suave où les sports nautiques battent leur plein, où l’huile solaire dégouline et où le soleil vous caresse tout le corps, regalbé par d’infinies nages. Ce serait peine perdue. Parce que tout cela est moins une question de sport que de style, d’argumentation que de goût, et que chacun y perdra son souffle.

Je m’adresse donc à tous les libertaires, amoureux de chaleur et de corps nus ou vétérans fidèles de la ville. Aux ataviques de sable ou fous de bitume, à ces nageurs aguerris ou ces marcheurs urbains. Bref, à tous ceux qui rejettent le ski comme on écarterait d’un geste méprisant un mets faussement savoureux, mais qui n’ont d’autre choix que de suivre la petite famille ou leur partenaire dans cette quête insensée d’or blanc. Partez, les mules en paix et Frison-Roche en poche. Cela suffira pour passer le cap de la première raclette.

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