Jalil Lespert nous offre son dindon

Infrarouge / Culture  / Cinéma  / Jalil Lespert nous offre son dindon

Jalil Lespert nous offre son dindon

On s’aime, on se trompe, on s’aime à nouveau… Quoi de plus normal ? Dans les années 60, le cinéma de Bourvil ou de Louis de Funès nous a habitués à des situations amoureuses cocasses. Est-ce que les choses ont vraiment changé ? Jalil Lespert adapte avec brio la pièce Le Dindon de Georges Feydeau et remet sur le tapis le sujet de la fidélité.

 

Monsieur de Pontagnac (interprété par Guillaume Gallienne) a eu un coup de foudre pour une jolie jeune femme. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que celle-ci n’est autre que Victoire (Alice Pol), la femme d’un de ses amis, Vatelin (Dany Boon). Les choses se corsent quand un soupirant de Victoire et Suzy, une ex de Vatelin, entrent dans la danse !

C’est quoi être « le dindon de la farce » ?

Être celui qui est un peu ridicule et dont tout le monde se moque. Dans mon film, on peut dire que le dindon est celui auquel on s’attend le moins.

Avez-vous déjà été le dindon de quelqu’un ?

Oui, bien sûr. On est tous le dindon d’un autre.

Quelle est votre réaction quand vous croisez un pigeon ?

Je suis plutôt de tempérament honnête, donc, si je vois qu’une personne va se faire avoir, j’ai tendance à lui tendre la main. Je ne laisse pas les gens se faire rouler dans la farine.

Pourquoi avoir choisi Guillaume Gallienne ?

Guillaume, c’est un ami au départ, et puis c’est aussi et surtout un grand professionnel. On s’est très bien partagé les tâches dans le film. Guillaume souhaitait justement revenir au genre de la comédie. Il est parfait dans son rôle de Pontagnac.

Étiez-vous fan des films des années 60-70 ?

J’adore ce cinéma, c’est celui avec lequel j’ai grandi, notamment les films de Gérard Oury, Louis de Funès, Bourvil. C’est une magnifique période du cinéma français.

Pour vous, quel est le plus beau film de cette époque ?

Le Mépris de Jean-Luc Godard.

Comment pourriez-vous décrire l’univers de Feydeau ?

Un esprit français, tout d’abord, parce que tout est pleinement assumé dans ses textes. On parle d’ailleurs de « marivaudage ». J’aime cette idée qu’on peut se tromper, que ce n’est pas très grave. Je dirais aussi « surréaliste », parce qu’il y a quelque chose de totalement loufoque chez Feydeau qui permet de tout dédramatiser. Et puis, il y a « zéro psychologie », avec un rythme perpétuellement effréné. C’est cela qui rend les scènes si drôles. J’irais même jusqu’à dire que c’est un mathématicien du rire !

Comment créer du comique ?

Il n’y a pas de « drame » à proprement parler, ce sont les gens qui sont victimes de leurs pulsions. On verse dans quelque chose de comique justement parce que les situations sont imprévisibles. Ce que j’aime, c’est qu’il n’y a rien de gnangnan. Au contraire, c’est très irrévérencieux.

Pourquoi avoir décidé d’adapter à l’écran cette pièce ?

Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de puiser dans notre extraordinaire patrimoine théâtral, de m’approprier une histoire et de la remettre au goût du jour. Je n’ai pas tout de suite choisi Le Dindon, j’ai hésité avec plusieurs autres textes de Feydeau.

Vos comédiens fonctionnent comme une véritable troupe de théâtre, n’est-ce pas ?

Je ne voulais pas me cacher derrière mon petit doigt en me disant « Ce n’est pas une adaptation de pièce de théâtre, c’est un film. » Certes, il a fallu que j’adopte un montage très rythmé, qui correspond à notre cinéma moderne, mais j’ai tenu, durant les répétitions, à prendre beaucoup de temps avec les comédiens. En cela, oui, je pense avoir réussi à créer une vraie troupe. C’est très important d’aborder le travail de manière collégiale.

Quel film vous a fait rire à pleurer dans les années 60 ?

Oscar d’Édouard Molinaro, avec Louis de Funès. Pour moi, c’est une référence dans ce domaine, une véritable leçon de mise en scène et de comédie. J’adore aussi The Party de Blake Edwards.

Quelle a été la scène la plus drôle à tourner ?

Il y en a eu pas mal. En tournant, on a été rattrapés par plein de « punchlines », comme on dit aujourd’hui. Feydeau a quand même un sens de la réplique incroyable. Dans le premier acte, j’aime particulièrement l’une des scènes avec Laure Calamy, qui est assez désopilante. Dans le deuxième acte, ce qui était très drôle, c’était de faire monter la mayonnaise. J’adore Dany Boon quand il revient un peu bourré. Il y a plein d’autres moments où on s’est vraiment bidonnés.

Quel est le film qui vous a donné envie de devenir réalisateur ?

L’un des premiers chocs en tant que spectateur avisé, ce sont les films de John Cassavetes. Très jeune, ce cinéma m’a bluffé.

Vos projets ?

En tant que réalisateur, je travaille à un documentaire sur Netflix et, en tant qu’acteur, je tourne pour Raphaël Jacoulot avec Louise Bourgoin et Mélanie Doutey dans L’Enfant rêvé, une histoire d’amour compliquée.

Le Dindon de Georges Feydeau, réalisé par  Jalil Lespert avec Guillaume Gallienne, Dany Boon, Alice Pol, Ahmed Sylla, Laure Calamy et Camille Lellouche.

À découvrir également