Kamel Mennour

Kamel Mennour

Cet élégant décontracté est devenu le galeriste incontournable pour tous les amoureux de l’art contemporain. Une success story pas comme les autres, du gamin de Montreuil à celui qui représente aujourd’hui des artistes de la stature de Daniel Buren, Claude Lévêque ou Anish Kapoor. Kamel Mennour nous raconte ses premières fois.

Vos cinq dates clés ?
Les dates de naissance de mes cinq enfants !

Le résumé de la galaxie Kamel Mennour ?
La famille, l’art & les artistes, Paris & Londres, et le foot !

L’une de vos journées type ?
Après avoir déposé les enfants à l’école, je visite un artiste dans son atelier ou je rencontre un collectionneur. Puis je déjeune soit avec un artiste, un collectionneur, un curateur ou un directeur de musée. L’après-midi, je passe d’une galerie à l’autre. Je refuse tous les dîners afin de profiter de ma famille.

Votre coup de cœur/ coup de gueule ?
Je suis trop positif pour avoir un coup de gueule, je contourne ce qui peut me hérisser. Coup de cœur pour Paris, j’adore cette ville. Elle est, pour moi, extraordinaire.

Pour/contre : L’anonymat des CV : Pour.
La candidature spontanée perso : J’engage sur recommandation.
La publication des salaires des grands patrons : Pas d’opinion.
Le tutoiement des collaborateurs : Nous nous vouvoyons avec Vina, ma comptable depuis vingt-cinq ans. Un jeune collaborateur me vouvoie, je le tutoie ; le reste de l’équipe me tutoie. Ils ont tous entre vingt-deux et vingt-huit ans, c’est davantage le tutoiement. Les 35 heures : Contre, impossible dans une galerie !

Quel a été votre premier job ?
Mon job d’étudiant était démonstrateur en grande surface pour la marque Thomson, alors que je ne savais pas comment brancher une télé.

Quel a été le premier conseil professionnel que vous avez reçu et de qui ?
C’est ma mère, qui m’a conseillé d’être attentif, concentré et respectueux des autres. J’étais assez dispersé à l’époque. J’ai suivi ses conseils.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez acheté votre première œuvre ?
Je m’en souviens très bien. C’était une œuvre de Tania Moreau, Made in Palace, je n’étais pas encore galeriste. Je l’ai achetée en dix fois, elle m’a coûté 36 000 francs. C’était une grande photo qu’elle avait réalisée au Palace, un lieu que je connaissais bien. J’ai encore cette œuvre et je revois parfois Tania lorsqu’elle passe à la galerie.

Votre première fierté en tant qu’homme et patron ?
Lorsque j’ai commencé à avoir des collaborateurs. J’ai réussi à créer une famille soudée, certains m’accompagnent depuis le début. Nous sommes aujourd’hui trente-cinq.

Comment passe-t-on d’une enfance à Montreuil à la Rive gauche ?
À l’époque, Montreuil n’était pas un quartier bobo. Lorsque j’ai ouvert ma première galerie rue Mazarine, elle a très vite marché, nos vernissages réunissaient une faune hétéroclite d’étudiants, d’artistes ou de collectionneurs. Mon côté caméléon m’a permis de passer facilement de Montreuil à la Rive gauche.

Quel est le premier artiste que vous avez convaincu d’intégrer votre galerie ?
François Sasmayoux, un artiste classique qui peignait des pastels figuratifs. Il a été ma « vedette ».

Votre première récompense professionnelle ?
Ma petite galerie de la rue Mazarine, que j’ai trouvée par hasard. Je cherchais désespérément un espace lorsque mon colleur d’affiches publicitaires, qui était en permanence sur le terrain, m’a parlé d’un espace fermé. Le propriétaire, François Mitaine, chroniqueur à radio FG, avait organisé une contre-Fiac, « le Cirque », qui fut un échec, et cela l’avait contraint à céder son espace. En quarante-huit heures, je me suis donc décidé à reprendre le bail pour 70 000 francs, en empruntant auprès de mon frère et de ma mère.
Assez rapidement j’ai eu mon premier artiste, puis j’ai baissé la tête pendant trois mois jusqu’à ce que je trouve mon deuxième artiste, Jan Saudek, un photographe tchèque que j’avais découvert en chinant aux puces de Vanves. J’avais acheté un catalogue des photos de Jan et il y avait un numéro de fax au dos. Quinze jours plus tard, je débarquais à Prague. Je lui ai acheté trois photos que j’ai vendues tout de suite. Dans la foulée, j’ai organisé son exposition, qui a bien marché et m’a permis de lancer la galerie.

Votre première émotion en tant que galeriste ?
Lorsque j’ai voulu devenir galeriste, je suis allé à Amsterdam, au Rijksmuseum, voir le tableau de Rembrandt La Ronde de nuit : ce fut un choc. Je suis resté devant ce tableau pendant des heures et cela a soulevé de nombreuses questions. Je suis intrigué par ce type d’œuvres, elles me transportent. C’est le cas aussi avec Riding with Death de Jean-Michel Basquiat ou avec des peintures et aquarelles d’Eugène Delacroix. Lorsque j’ai des doutes, je viens réfléchir devant l’un de ses tableaux.

Quel est le galeriste qui vous a inspiré ?
Incontestablement, j’ai été inspiré par Paul Durand-Ruel, il était précurseur. J’ai participé au documentaire qui lui a été consacré sur Arte, ce qui m’a permis de me replonger dans son parcours. C’était un véritable avant-gardiste obstiné. Il m’a beaucoup inspiré !

Lorsqu’on évoque l’art contemporain, quel est le premier nom qui vous vient ?
Je pense à Camille Henrot, qu’on a lancée. Elle sortait à peine de l’École des arts décoratifs lorsque je l’ai rencontrée à l’un de mes vernissages, il y a douze ans. Elle m’a montré une de ses réalisations, je lui ai tout de suite proposé de nous rejoindre, j’étais sûr de son talent. Aujourd’hui, c’est une artiste phare de sa génération, elle rayonne à un niveau international. On la retrouvera notamment cet automne au Palais de Tokyo pour une Carte blanche, comme celle réalisée par Tino Sehgal en 2016.

Comment faites-vous la programmation de votre galerie rue des Arts ?
Parfois, le hasard s’en mêle. Je rêvais de travailler avec Daniel Buren, qui venait de quitter la galerie Marian Goodman. Il était sollicité par de nombreuses galeries. Je l’ai rencontré lors d’un dîner, je lui ai fait part de mon admiration, je ne l’ai plus revu jusqu’à mon voyage en Corée, où je devais assister à une biennale. Daniel Buren partait à Séoul pour une exposition et nous nous sommes retrouvés sur le même vol. Lui voyageait en classe business, moi en classe économique ; il est venu s’asseoir à côté de moi et finalement nous avons parlé pendant tout le trajet. Quinze jours plus tard, il m’a rappelé et il a accepté d’entrer dans ma galerie.
J’ai donc ouvert l’espace du 47 rue Saint-André-des-Arts avec lui, en 2007, lors d’un vernissage un peu fou où l’on a terminé l’accrochage deux heures avant l’inauguration, après de nombreuses complications. Je suis passé ce jour-là d’une galerie de 40 mètres carrés à une galerie de 380 mètres carrés !

Quels sont vos prochains défis pour la galerie ?
Lorsque je me suis installé rue Mazarine, c’était déjà un défi. Le monde de l’art avait investi la rue Louise-Weiss et le quartier du Marais, j’étais à contre-courant. Je fais aujourd’hui le pari d’ouvrir un nouvel espace sur la Rive droite, avenue Matignon, et en septembre dernier je me suis lancé également dans une aventure à l’international, en inaugurant une galerie à Londres, dans le quartier de Mayfair (51 Brook Street, London W1K 4HR).

Votre citation préférée dans le business ?
La mienne : « Prends ton temps, fais-le tout de suite ». Pour mes cinquante ans, mes employés m’ont offert le dessin d’un personnage qui la citait, cela m’a beaucoup amusé !

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