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La mise à nue de Brigitte

Alors que Nues, leur troisième album, est toujours dans les bacs, rencontre avec Aurélie Saada et Sylvie Hoarau, le duo fusionnel et sensible du groupe Brigitte, qui nous parlent de leur vie, de leur amitié, de leurs rêves. 

Ce matin, J’ai rendez-vous avec le groupe Brigitte, à Montreuil, pour « the » shooting de la cover de ce numéro d’été. Arrivée dans le studio, la styliste a prévu deux cents tenues, la maquilleuse s’active et moi, je suis baba devant ces deux charmantes pétroleuses. La séance photo démarre. Elles se connaissent si bien que tout est évident et facile. On sent entre elles une complicité de tous les instants. C’est bientôt mon tour. Je vais me régaler…

Olivia de Buhren : Laquelle de vous deux est la plus « Brigitte » ?

Aurélie Saada : C’est vrai que, physiquement, on ne se ressemble pas beaucoup. Pas la même couleur de cheveux, pas la même dégaine… Pourtant, on a décidé de créer un groupe ensemble, en travaillant justement sur cette notion de « gémellité ». On a tout fait pour que les gens ne puissent pas nous différencier. D’ailleurs, les journalistes nous confondent souvent dans les interviews, ils attribuent à Sylvie des phrases que j’ai prononcées moi, et réciproquement.

OdB : Comment pourriez-vous définir votre association ?

Aurélie : On forme une véritable alliance, presque fusionnelle. Hein, qu’est-ce que tu en penses, Sylvie ? On s’aime, on s’adore, on connaît nos différences et nos points communs.

OdB : Concernant votre groupe, comment définiriez-vous ce que vous avez cherché à faire ?

Sylvie Hoarau : Je ne sais pas si on a cherché à « faire » quelque chose… Quand on a commencé à jouer de la musique ensemble, on s’est dit qu’on ferait tout ce dont on avait toujours rêvé.

OdB : Tout ce dont vous avez toujours rêvé sans jamais oser le faire ?

Sylvie : Exactement. Que ce soit dans les thèmes abordés, ou dans la manière de chanter à deux voix, personne ne faisait comme ça avant. Quand on a commencé à faire écouter nos maquettes, les gens n’arrêtaient de nous dire : « Vous ne pouvez pas chanter toutes les deux tout le temps. Ce n’est pas possible, ça ne se fait pas ! » « Bah, si, on va le faire. » Le plus important, c’est notre association, notre alliance, notre mélange. Quand les gens essayent de nous comparer, de nous opposer, de choisir entre l’une ou l’autre, ça n’a aucun sens. Ce qui compte, c’est nous deux, ce qu’on réalise ensemble dans notre musique.

Aurélie : D’ailleurs, on ne dit pas « Les Brigitte », on dit juste « Brigitte ». Ce qui est essentiel pour nous, c’est d’avoir créé cette entité. De prouver que l’harmonie est possible, qu’on peut faire des choses à plusieurs. Heu… sans arrière-pensée, ça va sans dire.

Aurélie : Au contraire. On s’est toujours dit : « Qu’est-ce qu’on rêve de faire ? Ça ?
OK, on y va. On a envie de travailler là-dessus ? On le fait. On a envie d’écrire un gospel ? On l’écrit. On a envie de raconter une histoire sur Jésus, alors que, ni l’une ni l’autre, nous ne sommes pas vraiment là-dedans ? Alors, c’est parti ! »
Depuis le début, on se donne tous les droits. Parce que je crois que, avant de nous rencontrer, nous ne nous les donnions pas forcément. Pendant pas mal d’années, les choses ne marchaient pas pour nous. Nous voulions ressembler à quelque chose, nous cherchions absolument à plaire. À l’époque, les hommes avec lesquels nous travaillions ne nous laissaient pas vraiment de place. Du coup, quand on a commencé à collaborer toutes les deux, nous nous sommes dit : « Et si c’était le dernier projet musical qu’on réalisait dans notre vie ? » Alors, on a foncé.

Sylvie : Tu te souviens, Aurélie ? Au début, on était toujours étonné. On se disait : « C’est dingue, on peut tout faire ! » C’était l’euphorie permanente. Tous les lecteurs d’Infrarouge devraient prendre ça pour eux : chacun doit faire ce qu’il veut. On n’a qu’une seule vie.

OdB : D’où est venue votre passion pour la musique ?

Sylvie : C’était là, très présent dans nos vies.

Aurélie : L’une et l’autre, nous avons habité dans des villes différentes, à des époques différentes, dans des milieux différents. Par la force des choses, nous avons aussi vécu des choses différentes.

Sylvie : Nous avons huit ans d’écart. Quand j’avais dix-sept ans, Aurélie en avait dix. On n’a pas tout à fait les mêmes références.

Aurélie : Néanmoins, on a toujours adoré la musique populaire, celle qui fait danser, qui traverse le temps. On aime aussi des choses plus exotiques, plus personnelles, plus indépendantes et colorées.

OdB : Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de former le groupe ?

Aurélie : Pas vraiment. Sylvie venait voir mes concerts et moi, j’allais voir les siens. Nous ne nous connaissions pas bien. Juste de vue, comme ça.

Sylvie : On s’admirait surtout, je pense.

OdB : Vous avez pris un café, un matin, et hop, vous avez créé Brigitte ?

Sylvie : C’est presque ça. On a d’abord travaillé ensemble sur le deuxième album solo d’Aurélie. Ça s’est très bien passé et puis, quelques mois plus tard, Aurélie m’a proposé un déjeuner. À la fin du repas, comme une demande en mariage, elle m’a posé la question de savoir si je voulais faire un groupe avec elle.

Aurélie : Cela paraissait tellement évident. C’était si fluide entre nous.

Sylvie : C’était quand même la première fois qu’on se retrouvait sans garçon, sans personne qui prétendait qu’il savait mieux que nous.

OdB : Est-ce que vous auriez pu exercer un autre métier ? 

Aurélie : Oui. Moi, je fais un autre métier : je suis réalisatrice. Je considère que, finalement, mon vrai travail est d’écrire, de composer, de raconter des histoires. Peu importe le support. Je fais de la réalisation depuis pas mal d’années, les clips de Brigitte, des pubs. Je prépare également un long métrage.

Sylvie : Moi, non. Je fais seulement de la musique. Je ne sais faire que ça.

OdB : Tu ne te serais pas vue faire autre chose ?

Sylvie : Non, mais je me suis souvent dit que, si ça n’avait pas été la musique, cela aurait été quand même quelque chose d’artistique. Un support qui me permette d’exprimer ce que je ressens tout au fond de moi.

Aurélie : Au final, on fait de la musique parce que c’est ce qu’on avait à portée de main à ce moment-là de notre vie.

OdB : La musique correspond aussi à une certaine sensibilité, non ?

Aurélie : C’est vrai. Une sensibilité souvent liée à son environnement familial, à ses parents. Moi, je sais que ma mère chantait et chante toujours. Ce n’est pas du tout son métier, elle est psychanalyste, mais elle a toujours aimé ça. Sylvie aussi, son papa jouait de la guitare. C’est rigolo : je crois que, quand on est bercé toute son enfance par quelque chose, on fantasme par la suite en secret les rêves de ses parents, ces désirs qu’ils ont cachés ou pas osé réaliser. En définitive, les accomplir, c’est un peu « vivre » une part d’eux.

OdB : Quel est l’artiste ou le groupe que vous avez le plus vu en concert ? 

Aurélie : Il n’y a pas longtemps, nous sommes allés écouter Tame Impala. Sinon, on adore le groupe Edward Sharpe and the Magnetic Zeros.

OdB : Un artiste ou un groupe que vous rêvez d’aller voir ? 

Aurélie : J’ai un grand regret : je n’ai jamais assisté à un concert de Prince. Et pourtant, j’ai eu plusieurs occasions. La dernière fois, il donnait un concert à Paris, et j’ai hésité. J’étais enceinte, fatiguée. Finalement, je n’y suis pas allée.

OdB : Quelle est votre playlist idéale ? 

Sylvie : Pour moi, une playlist qui danse, avec quand même de bonnes lignes de basses. Michael Jackson, des morceaux de Prince, The Rapture, Blondie, des morceaux de Calvin Harris, avec toujours un côté très sensuel.

OdB : Si vous pouviez choisir, où donneriez-vous un concert complètement fou ?

Aurélie : On a toujours rêvé de faire un concert à la Sainte-Chapelle. C’est un magnifique endroit pour un orchestre.

Sylvie : On a déjà réalisé des concerts dans des endroits improbables. On a même joué dans une grange…

Aurélie : … Et dans l’arrière-boutique d’une amie…

Sylvie : … On l’a fait aussi dans une espèce de garage.

OdB : Est-ce que vous avez du mal à écouter vos chansons ?

Sylvie : Non, je trouve ça cool.

Aurélie : Quand on les entend, c’est souvent par hasard, ce n’est pas parce qu’on a décidé de les mettre, donc c’est toujours un peu surprenant. La dernière fois que j’ai entendu l’un de nos titres, c’était à Los Angeles. J’étais installé dans un café. Ils ont mis du Brigitte toute la matinée.

Sylvie : Il n’y a pas longtemps, il est arrivé un truc incroyable. Nous étions dans un bar à l’île Maurice. Un groupe faisait des reprises, un groupe de jazz, super bien. À un moment, j’ai reconnu l’un de nos titres. Ils jouaient Battez-vous, sans savoir qu’on était là.

Aurélie : Je me suis alors levée pour aller filmer la scène. Le groupe a continué, Sylvie m’a rejointe. La chanteuse s’est soudain arrêtée, nous a regardées quelques secondes, puis elle nous a fait un énorme bisou. C’était très émouvant.

OdB : Quel est le truc le plus faux qui circule sur vous deux ?

Sylvie : Il y a des gens qui pensent que nous sommes un couple. Ça nous amuse.

Aurélie : Il n’y a pas grand-chose qui nous énerve. Parfois, les gens se trompent, ils citent des choses qu’on n’a pas dites, mais ce n’est pas très grave.

OdB : Si vous étiez un trio, qui serait le troisième larron ?

Aurélie : Ce pourrait être Sophie Calle. C’est une artiste bouleversante, je suis fan de son travail. Elle a un peu la même démarche que nous : raconter son intimité et en faire quelque chose.

Sylvie : Moi, je pensais plutôt à un chanteur. Par exemple, si c’était Stevie Wonder ou Paul McCartney, je serais aux anges. Même juste les croiser.

OdB : Un artiste qu’on n’imaginerait pas que vous puissiez aimer ?

Aurélie : Enrico Macias.

OdB : Un bruit que vous aimez par-dessus tout ?

Aurélie : Le bruit du moteur dans le bus qui nous emmène en tournée.

Sylvie : Le bruit de la nature.

OdB : Une comparaison flatteuse ?

Sylvie : Ma tante, à la Réunion, nous a comparées à des sorcières et Calogero nous a dit que nous étions des fées.

OdB : Une récompense dont vous rêvez ?

Aurélie : Le but est de surtout se surprendre soi-même.

OdB : Qu’est-ce qu’on vous sert pour vous détendre ? 

Sylvie : Du rhum.

Aurélie : Un verre de chablis ou un thé au sarrasin.

OdB : Un restaurant qui vous ressemble ?

Aurélie : L’As du Falafel, où nous nous sommes donné notre premier rendez-vous.

OdB : Et un restaurant que vous voulez découvrir en ce moment ?

Aurélie : Clamato, dans le quartier Bastille.

Sylvie : Eels, dans le Xe arrondissement.

L’As du Falafel. 32-34, rue des Rosiers, 75004 Paris. l-as-du-fallafel.zenchef.com

Clamato. 80, rue de Charonne, 75011 Paris. clamato-charonne.fr

Eels. 27, rue d’Hauteville, 75010 Paris. restaurant-eels.com

brigitteofficiel.com

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