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La saison espagnole à Paris

À Paris, La saison sera espagnole ou ne sera pas.

Les Baléares n’ont jamais été aussi proches, aussi attrayantes, sublimées depuis Paris par une véritable saison espagnole qui fait la part belle à Balenciaga, Fortuny ou Picasso. À toutes les silhouettes, en somme, dont les habits aux magnifiques couleurs de l’Espagne émergent de la grande bleue.

Les belles expositions et les îles partagent le même imaginaire. À l’entrée du musée, le contrôle des billets est la barrière de la mer, le passage obligé vers un autre monde. L’insularité, comme les œuvres, renforce notre imaginaire, notre envie d’ailleurs. Et comme la création, l’insularité nous fascine. L’île est un laboratoire. Pas celle du docteur Moreau (H.G. Wells) mais plutôt celle de Jules Verne : L’Île mystérieuse. Ne dit-on pas que l’écrivain serait venu sur les îles Pityuses – Ibiza et Formentera – pour écrire son roman ?

DE L’ÂME DES PROVINCES ESPAGNOLES…

Alors, quand à Paris l’Espagne pousse un peu sa corne, c’est vers les Baléares que nos envies s’envolent. Nous quittons la terre ferme sur les ailes de Balenciaga au musée Bourdelle ou des costumes inspirants de son enfance, qui racontent l’âme des provinces espagnoles à la Maison de Victor Hugo, voire sur celles de Mariano Fortuny au palais Galliera. Ou encore sur le plumage de Pablo Picasso, à travers trois expositions : au musée Picasso, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, enfin au terminal 2E de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, qui accueille au sein de son Espace Musée pas moins de 35 œuvres de l’artiste, en provenance du musée Picasso (production déléguée : agence Artcurial Culture).

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© Julien Vidal / Galliera / Roger-Viollet
Illustration de collection, été 1964. © Balenciaga Archives Paris

 …AUX NOUVEAUX TERRITOIRES DE LA CRÉATION

Enrichis de robes, de toiles et d’images, de combinaisons de couleurs audacieuses, de silhouettes épurées (Balenciaga) ou extravagantes, à l’image des « Habits aux couleurs de l’Espagne » (Maison Victor Hugo), de corps déstructurés ou de visages défigurés (Picasso), on sera à même, sur le seuil des nouveaux territoires, d’accéder aux couches fondatrices de l’inspiration, du savoir-faire.

LE SYNCRÉTISME S’IMPOSE

Face à notre archipel de rêve, composé des îles Gymésies (Majorque, Minorque et Cabrera) et Pityuses, vous serez porté naturellement, par affinités esthétiques, à la synthèse de plusieurs traits culturels. Sur ces îles mythiques, la moindre chèvre mal peignée, croisée sur un sentier, sera la récurrente Amalthée de Picasso, la chèvre qui nourrit l’enfant Zeus. De même, les chevaux de Minorque, fendant la foule ou forçant le seuil des maisons lors des grandes fêtes populaires, vous sembleront échappés tout droit du tableau Guernica. Sur ce refuge d’hier contre l’Espagne franquiste, le cheval, comme sur le tableau de Picasso, incarne la liberté, le peuple républicain opprimé, la victime innocente.

 ROBA DE LLENGÜES

Jupes, boléros, mantilles ou capes revisitées seront ici notre garde-robe d’explorateur pour appréhender le tissu minorquin, dit « Roba de llengües », inspiré des ikats que Balenciaga introduira dans ses collections. Et dont l’usage se répandra jusqu’aux espadrilles, aujourd’hui des insulaires Boris Becker ou
Rafael Nadal.
C’est Cristóbal Balenciaga encore qui conseillera à Hubert de Givenchy un pèlerinage à la chartreuse de Valdemosa sur les traces de Sand et Chopin. Une George Sand si sensible à la magie des paysages de Majorque qu’elle en restera à jamais la meilleure ambassadrice. C’est encore tout près de là, à Deià, que Picasso, tout comme Ava Gardner, posera ses valises.

 ALCOOL ET PEINTURES

Alors, depuis un bar d’Ibiza ou, d’ une terrasse de La Savina de la très préservée île de Formentera, vous siroterez un Picasso Martini, cocktail imaginé par le barman Colin Peter Field au Ritz de Paris (2 1/2 onces de gin réfrigéré + 1 cube de Noilly Prat). Soit un Dry Vermouth, issu du Sud de la France, et du gin que Pablo Picasso mettra de nombreuses fois en scène dans ses natures mortes. Cherchez le citron et il apparaîtra (Bouteille de gin, cruche et citron, par exemple), issu de la domination britannique. On en fabrique à Majorque par distillation d’alcool éthylique d’origine agricole et de baies de genièvre qu’ on dégustera dans la boutique Xoriguer (située sur le port de Maó). De L’Arlequin au verre à Père Mathias ou Pierreuses au bar, l’alcool se mêle aux pigments du maître.
Le cocktail aidant, on s’attardera sur les silhouettes féminines locales qui croisent au-delà sur la terrasse. Pablo Picasso aura-t-il introduit dans Les Femmes d’Alger (1955) les traits de femmes de Minorque ? Celles que la France de jadis incita à se rendre en Algérie pour épouser les colons…
La « Femme de l’île de Majorque» on connait ses traits, vus récemmment à la Fondation Vuitton, dans la collection Chtchoukine…

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AGENDA

« Balenciaga, l’œuvre au noir »
Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris.
Tél. : +33 (0)1 49 54 73 73.
Jusqu’au 16 juillet 2017.

« Picasso Plein Soleil »
L’Espace Musée
Terminal 2E de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Accessible à tout passager muni d’une carte d’embarquement, partant du Terminal 2E et dont le vol embarque au hall M. Jusqu’au 15 juin 2017.

« Olga Picasso »
Musée Picasso
5, rue de Thorigny, 75003 Paris.
Tél. : + 33 (0)1 85 56 00 36.
Du 21 mars au 3 septembre 2017.

« Picasso primitif »
Musée du quai
Branly-Jacques Chirac
37, quai Branly, 75007 Paris.
Tél. : +33 (0)1 56 61 70 00.
Du 28 mars au 23 juillet 2017.

« Habits aux couleurs de l’Espagne »
Maison de Victor Hugo
6, place des Vosges, 75004 Paris.
Tél. : + 33 (0)1 42 72 10 16.
Du 21 juin au 24 septembre 2017.

« Mariano Fortuny »
Palais Galliera
10, avenue Pierre Ier de Serbie, 75116 Paris.
Tél. : + 33 (0)1 56 52 86 00.
Du 7 octobre 2017 au 7 janvier 2018.

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