Ladislas Chollat

Metteur en scène talentueux, Ladislas Chollat est un passionné qui aime aller là où on ne l’attend pas. Il a récemment présenté sa vision particulièrement réussie des chansons de Michel Berger et de France Gall avec la comédie musicale Résiste. Rencontre.

Votre personnalité en quelques mots ?
Positif, hyperactif, sociable et créatif.

Y a-t-il un style ou une marque de fabrique « Chollat » ?
On me dit que j’ai un style cinématographique, mais je ne cherche pas à en avoir un particulièrement.

Avez-vous des modèles ?
J’ai démarré avec Gildas Bourdet. Chez les metteurs en scène, j’aime le style de Joël Pommerat ou de Robert Carsen. Pour le cinéma, j’apprécie l’univers de Sam Mendes et j’adore le style anglo-saxon comme celui qu’on retrouve dans des spectacles comme Billy Elliot.

La bonne combinaison, est-ce avant tout des bons textes, puis des acteurs qui sont sublimés par une belle mise en scène ?
Il n’y a pas de bonne combinaison, sinon cela m’éviterait du stress et des angoisses avant les premières ! Il y a d’abord à 80 % un grand texte et une belle histoire. Pour Résiste, par exemple, j’adorais les chansons dès le départ. Quand le texte est fort, l’inspiration vient plus facilement. C’est aussi une alchimie avec des énergies qui se rencontrent. Le succès est miraculeux et n’est jamais acquis. Pour moi, les répétitions sont à l’image de la vie en raccourci.

La comédie musicale est-elle un genre qui vous a fait travailler différemment ?
C’est complètement différent du théâtre, car on est en face de corps de métiers très variés. Mon métier de metteur en scène consiste à s’adapter au comédien. Avec un danseur, le travail n’est pas le même, mais la méthode reste semblable. Je dois être d’humeur égale, être accessible, répondre aux questions. Résiste a demandé beaucoup de temps, car France Gall a accepté le projet seulement au bout de deux ans. Avec Marion Motin, la chorégraphe, nous formions un bon binôme. Je rêvais depuis longtemps de faire un tel spectacle mais, techniquement, cela demande du temps.

Souvent, vos mises en scène, comme avec Les Cartes du pouvoir ou Une heure de tranquillité, rappellent celles de films… Seriez-vous tenté par la réalisation ?
Oui, j’y travaille un peu. J’ai signé une comédie musicale à quarante ans, alors pourquoi pas un film à cinquante ans ? Certains producteurs m’y encouragent en disant que l’important, c’est de diriger les acteurs. Mais je suis exigeant et je ne voudrais pas faire moins bien que ce que je fais au théâtre. Pour écrire, j’ai besoin de m’enfermer. Il faut donc que j’arrive à m’isoler et à prendre du temps pour cela. Mes jumeaux m’inspirent, et j’adore aller vers ce que je ne sais pas faire. J’ai d’ailleurs une façon de travailler très instinctive, pas vraiment intellectuelle.

Vous avez enseigné au cours Florent. Qu’est-ce qu’un apprenti comédien doit savoir faire avant tout ?
Mon métier, c’est imposer de la contrainte pour permettre de la liberté. J’aime quand les acteurs dépassent ce que je leur demande. La mise en scène n’appartient plus au metteur en scène si elle est bien faite, car les acteurs s’approprient les choses. Je leur demande de devenir insolents. Être acteur, c’est facile, mais le plus dur c’est de le rester, et cela réclame du travail. Les plus grands acteurs sont ceux qui travaillent le plus. On a une vision de l’acteur très laxiste qui, contrairement à un danseur, ne s’échauffe pas. Or, pour qu’il soit libre sur scène, il faut qu’il se soit approprié le texte, et cela demande un labeur acharné. C’est crucial. Parfois, certains remplacent un mot par un autre, sans respect de l’auteur. Nous sommes là pour servir l’œuvre. Il faut donc travailler sa mémoire pour jouer.

Un bon metteur en scène est-il lui-même un bon comédien ?
Il n’y a pas meilleur acteur qu’un metteur en scène qui montre ce qu’il veut obtenir et ce qu’il sait faire. En revanche, si on me mettait sur un plateau, je serais mauvais.

Quel est le talent qu’on ne vous connaît pas encore ?
J’espère pouvoir dire un jour que j’étais un super papa. Sinon, je suis assez bon dans l’organisation des voyages. Trouver les bons hôtels, les restaurants, les billets d’avion, etc. Par contre, il ne faut rien me demander pour l’administratif, je suis nul.

Vous qui aimez partir sur des projets nouveaux, quel serait celui qui vous donnerait le plus de challenge aujourd’hui ?
Le cinéma ou travailler à l’étranger. Diriger des acteurs en anglais, adapter une pièce en anglais…

Enfin, vos derniers coups de cœur sur les planches et au cinéma ?
Au Théâtre du Châtelet, il y a Singin’ in the Rain mis en scène par Robert Carsen, Maris et Femmes de Woody Allen au Théâtre de Paris. Pour le cinéma, Youth de Paolo Sorrentino, dont je me sens proche du point de vue de la réalisation.

Photo : Astrid Jamois

À découvrir également