Laetitia Casta part en croisade

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Laetitia Casta part en croisade

Laetitia Casta est à l’affiche du dernier film de Louis Garrel, son mari dans la vie, aux côtés du jeune acteur Joseph Engel. Cette fable écologique et loufoque met en scène des parents dépassés par le comportement de leur garçon de 13 ans, qui a entrepris un mystérieux projet pour sauver la planète. À l’occasion de la sortie du film, nous avons eu la joie de rencontrer l’actrice, qui nous raconte où sa conscience écologique a pris sa source.

Après L’Homme fidèle (2018), l’acteur et réalisateur Louis Garrel retrouve ses personnages de Joseph, Marianne et Abel dans son nouveau film, La Croisade. Cette fois-ci, il sera autant question du couple des parents que de Joseph, leur fils unique. Le film s’ouvre sur une séquence très drôle : les parents découvrent avec stupéfaction la disparition de nombreux objets de valeur au domicile familial. Le jeune garçon a besoin d’argent pour… sauver la planète.

Les enfants et l’écologie sont au cœur du sujet de ce film. Est-ce en écho aux grandes marches mondiales pour le climat ?

Le film a été coécrit par Louis Garrel et Jean-Claude Carrière
(disparu le 8 février 2021 à l’âge de 89 ans, ndlr). C’est ce dernier qui a eu l’idée de centrer le film sur l’écologie. Il avait à cœur de parler du monde qu’il laissera derrière lui. Comme le film s’inscrit dans la continuité de L’Homme fidèle, le focus sur les enfants était évident. Oui, cette histoire de jeunes qui se passionnent pour l’écologie fait bien sûr référence aux nombreuses marches organisées à travers le monde. D’ailleurs, les rôles sont presque inversés : les enfants gagnent en maturité tandis que les parents redeviennent des petits.

Quand avez-vous tourné ce film ?

Le scénario a été écrit trois ans avant le confinement, donc nous n’avons pas du tout été influencés. Jean-Claude Carrière, qui a toujours été extrêmement visionnaire, avait dit à Louis qu’il aimerait réaliser un film dans lequel les enfants prennent le pouvoir, alors même qu’il n’y avait pas encore eu toutes les manifestations de jeunes. Dans le film on parle de particules fines dans l’air, mais c’était bien avant le covid.

Vous avez eu un quatrième enfant. Comment votre vie de mère a-t-elle influencé votre travail ?

J’imagine que je suis encore plus attachée au monde de demain et à ce que nous laisserons aux générations futures. Dans la vie, il y a deux types d’opinions sur les enfants : ceux pour qui c’est une source d’espoir et les fatalistes, qui considèrent cela comme tragique. Je suis plutôt du côté des optimistes !

Comment présenteriez-vous le film ?

C’est l’histoire de Marianne et Abel. Leur fils Joseph a grandi et prend complètement conscience du monde qui l’entoure. Il trouve que ses parents sont dépassés en ce qui concerne l’écologie. Il décide alors de les dépouiller de leurs objets de valeur pour financer un projet avec tous les enfants du monde. Le père ne comprend pas du tout et la mère, quant à elle, décide de le suivre et de l’encourager dans sa lutte. Chacun se retrouve dans le film, soit dans l’attitude passive d’Abel, soit dans la prise de conscience de Marianne.

Quelle place la nature prend-elle dans votre vie ?

J’ai grandi dans une maison au milieu des bois, nous n’avions même pas de voisins. Je connais les noms des plantes et des oiseaux. J’ai souvent besoin de me ressourcer, de voir du vert, de respirer. J’essaye de sensibiliser mes enfants, mais je sais que cela n’est pas encore suffisant.

Vous avez donc une puissante conscience écologique ?

Oui, grâce à mon enfance au vert, et à mes propres enfants aussi. Ils apprennent beaucoup de choses à l’école qu’à mon époque nous n’abordions pas du tout. Et souvent, ils ne comprennent pas l’incohérence entre ce qu’ils étudient en classe et ce que nous appliquons à la maison. Nous sommes donc un peu obligés de les suivre… et tant mieux ! D’autre part, j’admire la génération de mes parents pour qui, surtout à la campagne, l’écologie fait partie intégrante du quotidien. Ils vivent et consomment au rythme des saisons, trient leurs déchets.

À quel moment Marianne et Abel prennent-ils conscience de l’urgence à agir pour la planète ?

Quand Marianne décide de suivre son fils. Abel pense qu’elle est folle de l’encourager. Elle lui rétorque qu’à une autre époque elle a été folle de le choisir, lui. Elle lui demande ironiquement s’il est jaloux de son fils. Marianne considère son fils comme un homme et lui fait entièrement confiance.

Seriez-vous prête à déménager à la campagne ?

Si c’est pour des raisons écologiques, non. Pour moi, ce qui compte, c’est la démarche. Tout le travail à faire sur soi pour changer d’attitude face au monde. Je pense que nous avons tous fait le point sur beaucoup de choses pendant le confinement. Je ne veux pas changer de maison, juste changer ma maison intérieure.

Que partagez-vous avec votre personnage ?

Je fonde beaucoup d’espoir dans les générations futures. Nous sommes à l’écoute des enfants. Je crois réellement que la jeunesse va changer le monde. Ils se posent beaucoup de questions, sont plus mûrs et plus respectueux. Je les sens plus avertis par tout ce qui les entoure. En revanche, je pense qu’il ne faut pas être trop pessimiste en leur parlant de l’avenir. Quand je vois tous ces jeunes partir à l’étranger pour avoir un meilleur salaire, cela me rend triste. Il y a tellement d’autres choses importantes dans la vie ! Adoptons un discours plus humain.

Avez-vous le sentiment d’avoir appris sur vous-même pendant ce film ?

Ma seule règle dans mon travail, c’est d’être moi-même. Ce n’est pas moi qui rentre dans le personnage, mais l’inverse. Je me l’approprie tout en restant ce que je suis. Dans ce sens, je n’ai rien appris. Je cherche à être moi.

Comment vivez-vous le fait de travailler et d’être dirigée par votre conjoint ?

Ce n’est pas spécialement une difficulté. À partir du moment où nous travaillons ensemble, je deviens actrice et lui, metteur en scène. Nous nous sommes tout de suite mis d’accord : une fois sur le plateau, nous devenons des personnes différentes.

Comment rêvez-vous le monde de demain ?

Il faut rester pragmatique. La réalité, aujourd’hui, c’est qu’en arrêtant d’utiliser nos voitures, nous empêchons les gens de travailler et cela est inconcevable. En revanche, nous pourrions envisager une circulation souterraine des voitures et laisser la nature s’épanouir à la surface.

Quelle est la morale de l’histoire ?

Ce film n’est absolument pas un discours culpabilisant ou moralisateur. C’est le regard que les enfants portent sur le monde, abordé avec beaucoup d’humour et de finesse. Nous essayons de faire passer un message très fort avec légèreté.

Que peut-on vous souhaiter de plus ?

Que le film ait du succès !

Quels sont vos prochains projets ?

Je joue une pièce en ce moment, Clara Haskil – Prélude et Fugue, en tournée jusqu’en 2022. Je serai à Paris à partir du 5 janvier au théâtre du Rond-Point, je compte sur vous !

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