L’anti-noir

Fini la déprime, voici le grand retour du gris qui, en horlogerie et haute horlogerie, n’aura jamais cessé de porter sa symbolique moyenâgeuse : celle de l’espérance et de la conquête de la lumière.

Or argenté
La Breguet Classique Hora Mundi 5727, « best of the best », est dotée d’un fuseau horaire instantané à mémoire avec date, indication jour/nuit et ville synchronisées. Elle capte la lumière avec, en son centre, un décor « clou de Paris » sur un visage en or argenté. L’indicateur 24 h (entre 3 h et 4 h) prend du relief avec deux guillochages superposés : en haut, le flammé ou rayon de gloire ; en bas, le décor panier.

« Les années passent, rien ne s’efface, tout se déplace, toujours en suivant la lune », chante Mickey 3D dans son dernier opus, Sebolavy. Une phrase que l’on pourrait accoler au fronton de toutes les maisons horlogères, tant elle colle à l’histoire de la mesure du temps, basée sur l’observation des astres. Et au grand retour du gris chez les horlogers, qui se définissent eux-mêmes comme « les peintres du temps » (François Thiébaud, président du Comité des exposants suisses à la grande messe bâloise, Baselworld).

De l’acier à la météorite
Avec ses Cinquante nuances de Grey (Fifty Shades of Grey), la romance érotique BDSM de E. L. James fait bien pâle figure face aux 256 nuances de gris qui sertissent aujourd’hui l’univers horloger. De Genève (le Salon international de la haute horlogerie) à Bâle (Baselworld), il n’aura jamais été aussi tendance dans ses versions accessibles en acier. Il en sera de même dans les matières plus techniques comme le titane – Grey Phantom, par exemple, pour Tag Heuer – ou la céramique plasma grise pour le boîtier de la Blancpain Fifty Fathoms. Les montres plus précieuses utiliseront l’or argenté, l’or gris, l’obsidienne, le platine, la météorite, multipliant ainsi les nuances. Idem dans le mouvement : on notera ainsi le très seyant traitement de surface NAC chez Breguet qui offre une finition gris mat grâce à un alliage de métaux précieux de couleur anthracite issus de la famille du platine, déposé par galvanoplastie.

La couleur des origines
Le gris est la couleur phare des modèles phare des acteurs phare du secteur. Chez les peintres du temps, le gris est la couleur des origines que Jérôme Bosch magnifie sur les deux panneaux fermés de La Création du Monde (1504, musée du Prado, Madrid). C’est la couleur de la buée fertile qui féconde le monde minéral. Les volets ouverts dévoilent une fenêtre, un triptyque nettement plus coloré, Le Jardin des délices. Car le vieux mot gris (issu de grau en germain) fait du bien aux autres couleurs. Il est leur matrice universelle : toute couleur non saturée aspire au gris. C’est en tout point ce que nous narre Breguet sur ses cadrans guillochés depuis le XVIIIe siècle. De toutes les couleurs qui nous entourent, seule s’y reflète leur lumière.

La teinte du savoir

Le gris en horlogerie, parce que peut-être le temps y est assumé, ne renvoie ni à la mélancolie, ni à la tristesse. Il est la plénitude, la connaissance, la sagesse, la matière grise habitée par une pléiade de brevets et bientôt de certifications propres à chaque marque, le COSC (Contrôle officiel suisse des chronographes) ne suffisant plus, selon les marques, à les différencier sur le territoire de l’excellence. On notera ainsi la nouvelle certification Chronomètre superlatif chez Rolex ou Master Chronometer chez Omega.
Il en est de même en communication quand, en F1 chez Red Bull, Jean-Claude Biver appose le sceau Tag Heuer sur un moteur gris Renault.

La teinte de l’élégance
Le gris a la couleur des cheveux de nos stars de rock’n roll et celui, dans nos mémoires, des tailleurs gris souris des élégantes New Look. Habiller de gris la trotteuse d’une grande seconde Jacquet Droz nous semblera, de fait, plus naturel. Et puis en mode, pas de doute : le gris c’est chic, qui signe l’intemporalité d’une silhouette. Silhouette qui, en horlogerie, s’affine et se réduit enfin, perdant, hors Italie, ses mensurations plantureuses. Habillée de gris, elle redevient instrument du temps qui ne souligne plus un statut social mais la distinction d’une attitude, celle de la discrétion. Grau, gris ou grey est la teinte du mouvement, celui de la recherche d’un mieux-être qui supplante, dans la tendance, l’affichage ostentatoire et égocentré du bien-être.

6Météorite
L’Omega Speedmaster GSOTM Meteorite multiplie les matières pour afficher son chrono : boîtier en céramique avec traitement plasma (plus c’est chaud, plus c’est solide), une lunette or silicium, un fermoir agrémenté de titanium et son magnifique cadran météorite gris.

1Acier
La Frédérique Constant Manufacture Calendrier Perpétuel affiche son identité sur un cadran argenté poli à la main dans un boîtier acier inoxydable et poli, unique pour cette complication, qui rend son prix particulièrement attractif. Un accès à la haute horlogerie pour 8 400 euros.

2Obsidienne
La Grande Vague de Blancpain est la nouveauté de ses ateliers Métiers d’Art, qui utilisent pour la première fois cette roche volcanique vitreuse, l’obsidienne argentée. Elle sert de support à la fameuse Grande Vague de Kanagawa, une estampe de l’artiste Hokusai, en or gris sur une base en Shakudó (alliage or et cuivre). Le monde flottant rejoint ici le seul calibre à remontage manuel de la sélection. Réserve de marche de huit jours.

4Titane

La Carrera HEUER-01 Grey Phantom explore toutes les nuances de gris du titane, deux fois plus léger et deux fois plus résistant que l’acier, sur une montre technique et sportive. Une nouvelle identité, très racée et contemporaine, pour ce massif modèle Chrono, signature de la manufacture TAG Heuer.

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Or gris
La Patek Philippe Quantième Annuel réf. 5396 fête les vingt ans de son Quantième Annuel breveté, calendrier complet qui n’exige qu’une seule correction par an (lors du passage de février à mars). Sur son boîtier Calatrava en or gris typique, voire archétypal, les couleurs viennent se fondre dans son cadran matriciel gris foncé « soleil ».

 

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