Laurent Lafitte, la quarantaine rugissante

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Laurent Lafitte, la quarantaine rugissante

Depuis une décennie, cet acteur hors pair, pensionnaire de la Comédie-Française, enchaîne les comédies populaires à succès. Huit ans après Les Petits Mouchoirs, la bande de copains du film réalisé par Guillaume Canet se reforme dans Nous finirons tous ensemble. L’occasion pour nous de découvrir un peu plus ce comédien attachant et secret.

 

Il est 18h30 à l’hôtel InterContinental Paris Le Grand dans le IXe arrondissement. J’ai rendez-vous avec Laurent Lafitte. J’avoue être une grande fan de ce comédien touche-à-tout qui s’illustre par une carrière unique et surtout très diversifiée. À la fois beau, drôle et ténébreux, il déploie son talent aussi bien sur les planches qu’au cinéma. Il m’a bluffé dans Elle (César du meilleur second rôle), surpris en maître de cérémonie à Cannes et fait rire dans Papa ou maman 2. Le voilà. J’entends bien passer un moment privilégié en sa compagnie. C’est parti !

Olivia de Buhren : Bonjour, Laurent, avez-vous vos habitudes ici ?

Laurent Lafitte : Oui, j’aime bien. Ce n’est pas un endroit branché. Personne pour me déranger. Je suis tranquille.

OB : Ce mois-ci, Infrarouge se penche sur les hommes. Si je vous dis que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, vous me répondez quoi ?

LL : Ça voudrait dire qu’on vient de deux planètes différentes, alors que non, on vient bien de la même planète. Ce n’est pas une formule qui résonne beaucoup chez moi. Dans l’humour, je n’aime pas ce qui repose sur les différences entre les hommes et les femmes.

OB : Si vous deviez vous décrire en trois mots, vous diriez quoi ?

LL : « Enthousiaste », « angoissé » et « fidèle ». J’ai des angoisses qui peuvent être aussi bien ponctuelles qu’existentielles.

OB : Qu’aimez-vous chez les hommes ? 

LL : J’aime les hommes honnêtes et courageux. Car il faut être courageux pour offrir une version honnête de soi aux autres. C’est dur d’être soi-même.

OB : Et ceux que vous détestez ?

LL : Je n’aime pas les gens qui font semblant d’être quelqu’un d’autre et qui veulent plaire à tout le monde. Ce sont des espèces de politiciens d’eux-mêmes, ils sont en campagne permanente. Avec les réseaux sociaux, tout le monde se met en scène et le phénomène est renforcé. C’est comme si on mettait en concurrence les vies, en disant « la mienne est plus excitante que la tienne », « sur ma photo de plage, la mer est plus bleue ».

OB : Quelle est votre définition d’un homme ?

LL : Je ne réfléchis pas en termes de genre. La différence entre un homme et une femme n’est pas plus significative que celle entre une blonde et une brune ou un roux et un chauve. Je ne fais pas vraiment de distinction. Je serai obligé de vous faire une réponse sexiste, car ça voudrait dire qu’il y a des qualités réservées aux hommes.

OB : Êtes-vous un homme qui fait attention à lui ?

LL : Oui. J’essaie de ne pas manger n’importe quoi et de faire du sport. Je bois peu d’alcool, je ne fume pas et je ne me drogue pas. Le plus dur étant de ne pas être chiant pour autant.

OB : Et Antoine, votre personnage dans le film, quel type d’homme est-il ?

LL : C’est un homme-ado. C’est celui qui a le moins évolué entre le premier et le deuxième film. C’était difficile à jouer car il y a neuf ans d’écart entre les deux tournages et, depuis, je ne suis plus la même personne, ni le même acteur. C’est un personnage dans lequel j’avais moins envie de m’investir qu’il y a neuf ans parce que, justement, j’ai évolué.

OB : Il y a neuf ans, Antoine vous ressemblait-il ?

LL : Non. Mais ce qui est marrant dans le deuxième volet, c’est son rapport avec Éric (Gilles Lellouche) et le côté pote qui sert de larbin. On peut repérer pas mal de gens qui, dans la vie, sont dans cette dynamique-là.

OB : Guillaume Canet ne voulait pas faire évoluer votre personnage ?

LL : On en a parlé. Sur la première version, je trouvais qu’Antoine était un peu trop souffre-douleur et antipathique. On a corrigé ça ensemble au moment de l’écriture. Mais il a toujours une forme de naïveté, il se laisse porter comme un ado qui n’aurait pas réussi à s’épanouir.

OB : C’est votre truc, les bandes de potes ?

LL : Je ne suis pas très bande. Je trouve qu’il y a une caractérisation, chacun doit y jouer un rôle précis. On rentre dans un personnage qui fonctionne dans le groupe, mais qui ne nous correspond pas forcément. Je trouve le principe de bande à la fois réconfortant et dangereux. En revanche, j’ai un groupe d’amis que je vois tout le temps et que je connais très bien, on est très fidèle. C’est agréable, c’est la famille qu’on a choisie.

OB : Et Antoine, quel est son rôle dans la bande ?

LL : Antoine est un peu l’élément neutre du groupe. Il n’y a pas d’enjeux sentimentaux avec lui, il n’a pas d’histoires avec l’une des filles de la bande. La seule connexion qu’il a, c’est l’amitié. Sa fonction est de provoquer l’amusement et la rigolade.

OB : Quelles sont les règles de l’amitié mises en avant par le film ?

LL : Ce n’est pas parce qu’on est amis depuis dix ans qu’on est obligés de le rester à vie. Il faut savoir rester à la hauteur de nos amitiés.

OB : Quel est le plus important pour vous dans l’amitié ?

LL : C’est la confiance. Quand elle n’est plus là, c’est compliqué.

OB : Avez-vous beaucoup d’amis ?

LL : Je n’ai que trois, quatre amis de longue date. Ils savent tout de moi.

OB : Avez-vous eu des histoires d’amitié similaires au film ?

LL : Oui, comme tout le monde. Si ce n’est pas une rupture liée à la trahison, ça ne fait pas de peine. Après, il y a la nostalgie.

OB : Antoine a-t-il un problème avec l’amour ?

LL : Dans le premier volet, il a vécu une histoire d’amour avec Juliette. Dans le second, on sent qu’il est tout seul. Sa bande d’amis le
« range » vraiment du côté des gosses. C’est, en quelque sorte, le gamin de la bande.

OB : Si la femme de votre vie était une actrice, qui serait-elle ?

LL : Quand j’étais adolescent, j’étais amoureux d’Isabelle Adjani. J’avais réussi à récupérer dans un cinéma une grande affiche de L’Été meurtrier où elle était adossée à un mur, avec une jupe très courte et une jambe repliée.

OB : Et si c’était un acteur ?

LL : Dustin Hoffman dans Tootsie.

OB : Quelle est votre définition du couple ?

LL : Des amis qui couchent ensemble.

OB : Qu’avez-vous fait de plus fou par amour ?

LL : Aller au bout d’une histoire. Parfois, il n’y a pas un acte particulier. Tenir, c’est déjà beaucoup. Se dire que ça vaut le coup et avoir le courage de traverser les moins bons moments. Lâcher tout pour quelqu’un, je pense que c’est une connerie. On ne peut pas vivre une histoire d’amour en renonçant à tout pour l’autre. Je ne trouve même pas que ce soit un acte amoureux fou.

OB : Avez-vous une anecdote de tournage à raconter ?

LL : Ce qui était un peu pénible, c’était la scène du parachute. C’était la première fois que je faisais ça et il a fallu sauter trois fois d’affilée. J’ai le vertige, donc, si ça n’avait pas été pour le film, je ne l’aurais jamais fait. C’est génial quand le cinéma vous force à faire des choses.

OB : Entre le premier et le deuxième volet, l’ambiance sur le tournage était-elle toujours la même ?

LL : Oui, et je pense que c’était peut-être plus facile pour Guillaume Canet. Il était plus détendu. Je crois qu’il garde du premier tournage un souvenir assez violent et là, j’espère qu’il a pris plus de plaisir. C’était marrant de retourner sur les lieux, je n’y étais pas retourné depuis le précédent tournage. C’était assez nostalgique, mais pas désagréable.

OB : Est-ce qu’il y aura un troisième volet ?

LL : Je ne sais pas. Si ça se trouve, cela deviendra un rendez-vous tous les dix ans. Ce serait intéressant de nous voir vieillir.

OB : Quels sont vos projets ?

LL : La réalisation de mon propre film. C’est l’adaptation d’une pièce de théâtre qui sera tournée cet été. Ça fait très longtemps que j’ai envie de mettre en scène un long-métrage. C’était quelque chose de très présent ado, en même temps que mon désir d’acteur. Comme j’avais beaucoup tourné et que j’avais envie de lever le pied, c’était l’occasion de me lancer dans la réalisation.

Nous finirons tous ensemble de Guillaume Canet avec Marion Cotillard, Gilles Lellouche, François Cluzet et Benoît Magimel. En salle le 1 mai 2019.

Pascale Arbillot, Clémentine Baert, François Cluzet, Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Benoît Magimel et Laurent Lafitte.

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