L’autre ski

L’autre ski

Fatbike, ski joëring, snowkite, speed-riding… les pratiques sur la neige se multiplient au point d’en perdre son franglais. Infrarouge vous explique en détail les alternatives au traditionnel combo remontées mécaniques-descentes.

 

 

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Le speed-riding : entre ciel et neige

« Décrire mes sensations préférées du speed-riding ? La vitesse – jusqu’à 100 kilomètres par heure –, les belles courbes, le privilège de passer dans des endroits où personne ne peut s’aventurer… » Quand on le questionne sur le speed-riding, Arnaud Baumy est insatiable. Normal, il pratique la discipline depuis plus de dix ans et la maîtrise sur le bout des doigts, au point de dispenser des stages aux Arcs au sein de la Speed-Riding School.

Apparu en France en 2002, le speed-riding est le fruit de la rencontre entre des parapentistes et des parachutistes. L’idée est saugrenue – combiner le ski avec le vol à voile, en l’occurrence des petites toiles comprises en 8 et 14 m2 –, mais terriblement efficace. La première génération de ces fous des airs et de la neige se concentre à Valfréjus, station de la Haute-Maurienne. Elle va ensuite essaimer un peu partout et voir le nombre de ses adeptes se multiplier.

Exclusivement pratiqué hors-pistes, le speed-riding est une activité plus physique que le parapente, sport davantage contemplatif : là, il s’agit de skier et d’anticiper les obstacles avant de s’envoler pour mieux les enjamber. Avec des sauts pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur et plusieurs centaines de mètres de longueur, à chacun de se jouer des barres rocheuses ou des sapins entravant sa descente.

« Le speed-riding est une activité dangereuse, comme peut l’être la moto : ce n’est pas tant la pratique que la manière dont on l’aborde qui peut créer des accidents. S’il est plus facile de voler que de skier avec la voile, c’est la vitesse qui est le plus difficile à maîtriser », détaille Arnaud. Les futurs aficionados devront compter une cinquantaine d’heures de cours avant de devenir des experts de la discipline et, peut-être, réussir des figures comme le « tonneau », qui consiste à faire passer la voile sous ses pieds en volant près du sol. Aux risques et périls du speed-rider !

Speed-Riding School des Arcs,

73700 Bourg-Saint-Maurice. Réservation au 06 19 51 39 34. speedriding-school.com.

© Laurent Salino Ski Joering (8)

Le ski joëring : lâchez les chevaux !

Coucou, revoilà le ski joëring ! Présenté il y a presque un siècle aux Jeux olympiques de Saint-Moritz, il faut bien avouer que cette pratique, qui consiste à se faire tracter à skis par un cheval, n’avait pas vraiment trouvé son public, comme on dit pudiquement à propos d’un échec commercial. C’était sans compter sur des personnalités comme Michael Mesas. Ce cavalier, originaire de Normandie, a gravi un à un les échelons pour atteindre le niveau professionnel. Terrassé par un accident qui le laisse paralysé quelques mois, il se relève et continue sa quête, mais du côté de l’Alpe d’Huez, cette fois.

« Notre centre équestre se situe en plein milieu des pistes et il fallait bien trouver une activité une fois que la neige est là », raconte celui qui a le cheval dans le sang depuis tout petit. « Je me suis intéressé à ce que faisaient les Canadiens qui pratiquaient le ski joëring, mais avec un cavalier sur le cheval. J’ai essayé avec un cheval sans personne dessus : les sensations m’ont rappelé celles du ski nautique ou du ski-cross, un truc de dingue ! »

Depuis, les séances de ski joëring s’enchaînent pour le bonheur des adeptes de l’Alpe d’Huez : sur la carrière transformée en anneau de vitesse, durant la journée, ou sur les pistes vertes, une fois le domaine skiable fermé.

À l’origine, le ski joëring a été inventé par les Scandinaves, moyen le plus efficace pour les paysans du Grand Nord de se déplacer. Depuis quelques années, cette méthode de traction rencontre un franc succès un peu partout dans le monde, de la Mongolie, où le cheval est remplacé par des rennes sauvages, à Saint-Moritz, où les courses avec des pur-sang, sur le lac gelé attirent les foules.

Au fait, pas besoin d’être un cavalier confirmé pour devenir un as du ski joëring, vous avez tout juste besoin d’un bon niveau à ski et d’un certain sens de l’équilibre : les skis habituels sont remplacés par des « patinettes » de 1,50 mètre maximum.

Second Souffle, écurie Mesas à l’Alpe d’Huez. Réservation au 06 69 79 59 51. secondsouffle.fr.

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Le snowkite : skieur, vole !

Bye bye, les files d’attente au pied des remontées mécaniques, hello le snowkite ! Tout le monde connaît le kitesurf et ses cerfs-volants hissant hors des flots des êtres aux bras puissants et aux regards sans peur. Remplaçons l’eau par la neige : le principe de base du kitesurf est posé. Le cerf-volant permet de remonter les pentes sans assistance mécanique. « C’est une pratique qui englobe trois dimensions : le vol, le saut et la glisse », explique Lambert Fournier, moniteur à l’école de snowkite du Petit-Saint-Bernard. Ce col, qui sépare la Tarentaise de la vallée d’Aoste, est un carrefour des vents : l’échange des masses d’air entre les vallées confère à l’endroit une aérologie hors norme. Et le vent, c’est ce que recherche en priorité tout skieur ou snowboarder pratiquant le snowkite.

« La descente est plus reposante que la montée, qui demande pas mal d’efforts physiques », continue Lambert. Mais, grâce au cerf-volant qui tracte le skieur, elle est l’élément le plus remarquable de la pratique, permettant d’accéder à des endroits en altitude habituellement réservés aux marcheurs en raquettes. Ce qui n’empêche pas quelques frayeurs dans les descentes : « Oui, c’est chaud. Quand on s’envole, les flux d’air peuvent être très irréguliers et il faut parfois balancer la voile, ce qui signifie ramener la voile du côté de la montagne, et là, l’impact peut être violent », relate le moniteur.

Apparu au Canada au début des années 1990, le snowkite a gagné peu à peu l’Europe, où des compétitions de freestyle ou de longues distances sont organisées. Ces dernières, comparables à des régates de bateaux, rassemblent des aficionados capables de parcourir jusqu’à trois cents kilomètres par jour. Au col du Lautaret ou à celui du Petit-Saint-Bernard, le snowkite se pratique plutôt l’après-midi, moment où les vents sont les plus favorables. Les sensations, elles, sont garanties !

École de Snowkite, espace San Bernardo, col du Petit-Saint-Bernard, 73700 Séez. Réservation au 06 29 48 02 18. ecole-snowkite.fr

Fatbike96

Le fatbike : gros pneus pour sensations XXL

Originaire du Pas-de-Calais, Jérôme Casagrande s’est installé en Savoie il y a quelques années. « J’ai toujours été fan de vélo, notamment de fatbike, que je pratiquais sur les dunes. » Les fatbikes ? Ce sont ces bicyclettes aux cadres proches des VTT, mais munies de pneus surdimensionnés, gonflés à basse pression et dont la popularité a subitement décollé au début des années 2010. Le « vélo obèse » n’est pas seulement amusant à regarder, il est aussi étonnant à pratiquer.

Aux Saisies, Jérôme teste son fatbike sur la neige et s’aperçoit que, grâce à une pression des pneus inférieure à 500 grammes, l’accroche, les freinages et les sensations lui procurent un plaisir inédit : il décide d’en faire un business en faisant l’acquisition d’une dizaine de modèles à assistance électrique. Ses randonnées permettent aux participants de 12 à 65 ans de découvrir la station des Saisies sur des sentiers pédestres damés ou sur les circuits de raquettes. Le reste de l’expérience se déroule sur un parcours à bosses qui permet de s’envoler et d’atterrir comme sur du coton.

« En Amérique du Nord, le fatbike était, à l’origine, un vélo utilitaire utilisé pour supporter des charges sans s’enfoncer dans le sol », continue Jérôme. « Aujourd’hui, c’est une pure source de plaisir, surtout lorsque la neige a été travaillée puis recouverte de cinq ou dix centimètres de poudre fraîche. » Trajectoire, freinage, position des épaules… en fatbike, les consignes sont les mêmes que sur un vélo normal, à une différence près : au bout de deux heures et quelques descentes à la vitesse de 40 kilomètres par heure, « le froid commence à piquer », précise le moniteur cycliste français, ravi de voir la pratique se généraliser dans les montagnes françaises. C’est désormais l’heure du vin chaud et du hygge (le cocooning à la danoise), près de la cheminée.

École VTT MCF – Les Saisies, 429, avenue des Jeux Olympiques, 73620 Hauteluce. 69 € la randonnée. Réservation au 06 98 99 53 72. vtt-beaufortain.fr

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