Le luxe se met au vert

Le luxe se met au vert

Pour le consommateur final, le « comment c’est fait » devient aussi important que la qualité du produit fini. Et quand on achète un sac Hermès ou une bonne bouteille de cognac, on a tous envie de savoir si le produit qu’on aime a été élaboré dans les « nouvelles règles vertes de l’art ». Cas pratique chez Martell, qui appartient au Groupe Pernod Ricard.

 

César Giron

Raphaël Brisson

Lorsque nous rencontrons César Giron, patron de la société Martell Mumm Perrier-Jouët, il nous assure que « les consommateurs de demain ou dans 30 ans ne comprendraient pas qu’un produit de luxe à haute valeur ajoutée tel que le cognac n’ait pas été produit de façon collective avec de bonnes pratiques environnementales. » Cela est vrai pour les produits qui vieillissent dans le temps. D’ailleurs, « ces mêmes consommateurs jugeront avec les progrès et les connaissances de demain les pratiques et engagements d’aujourd’hui », ajoute-t-il.

À Cognac, 4 500 viticulteurs exploitent un vignoble de 75 000 hectares destiné à la production de cognac. Et 1 200 travaillent pour Martell. Tous veulent désormais agir pour une viticulture durable afin de transmettre le mieux possible leur vignoble à leurs enfants. « On n’hérite pas la terre de nos ancêtres, on l’emprunte à nos enfants », nous rappelle Antoine de Saint-Exupéry.

Les « bonnes pratiques »

C’est ce qu’a compris Raphaël Brisson, viticulteur installé à Matha, en plein cœur du vignoble de Cognac, partenaire et fournisseur exclusif de la maison Martell depuis dix ans. Il s’engage au quotidien à allier la culture de la vigne et la recherche de qualité des eaux-de-vie tout en préservant l’environnement, le milieu naturel et ses salariés. Et lui de répondre à la question désormais cruciale : comment améliorer les pratiques, depuis la vigne jusqu’à la bouteille ?

Son exploitation s’étend aujourd’hui sur 80 hectares de vignes répartis en trois crus de cognac : Fins Bois, Borderies et Grande Champagne. Concrètement, ses objectifs, c’est de se mettre en conformité par rapport aux normes environnementales, d’acquérir de « bonnes pratiques », de faire les bons choix, les bons investissements – ce qui est d’ailleurs inhérent à tous les chefs d’entreprise…

Cependant, quand on est seul, isolé, comme le sont souvent les viticulteurs, c’est bien de pouvoir compter sur une multinationale qui partage les mêmes valeurs que les vôtres : produire un raisin sain pour une eau-de-vie de qualité tout en préservant le vignoble et l’environnement. « Le développement durable, c’est être en adéquation avec le cycle de la vigne et son terroir », explique-t-il.

Sa démarche, qui consiste à prendre en considération la préservation de l’environnement, est doublement soutenue par la filière Cognac (BNIC), à travers la mise en place d’un référentiel viticulture durable, et bien sûr par Martell. Le référentiel devient la bible théorique de ce nouveau « bonhomme vert » ! Dans les faits, Raphaël Brisson protège ses vignes en réduisant l’utilisation de produits phytosanitaires et en mettant un coup d’arrêt à l’utilisation des engrais chimiques pour ne répandre que des engrais organiques. Dans chaque rang de vignes, il va privilégier l’enherbement pour préserver la biodiversité.

D’autre part, il investit dans du matériel ultra-technologique pour limiter les produits de traitement dans le sol et dans l’air et pour préserver ainsi la qualité des sols et de l’eau. Par exemple, son tracteur fait du sur-mesure en ne pulvérisant plus à tout-va, il ne s’attaque qu’aux feuilles de vigne en traitant tôt le matin et tard le soir, aux heures où celles-ci sont les plus réceptives, de manière à réduire les doses de produit et protéger les abeilles. 250 stations météo disséminées dans la région sont également à sa disposition pour anticiper et éviter les contaminations au mildiou (maladie de la vigne). Grâce à Martell, des investissements forts ont permis d’atteindre les objectifs : en 2016, la construction de la nouvelle distillerie a permis de réduire sa consommation d’énergie et d’économiser ainsi presque 25 % de gaz par rapport à ce qu’il utilisait. En 2017, les économies se poursuivent avec la construction du nouveau chai 100 % thermorégulé, le bâtiment étant isolé et lumineux (lumière naturelle et éclairage LED).

Accompagnement et innovation

L’engagement de la maison Martell envers ses viticulteurs partenaires se résume en deux mots forts : accompagner et innover. Accompagner pour acquérir les bonnes pratiques, innover en investissant dans la recherche pour mettre au point de nouvelles variétés résistantes aux principales maladies de la vigne (mildiou et oïdium) et adaptées aux changements climatiques (elles pourraient être plantées d’ici dix ans).

En tant que pionnière, la société Martell a un devoir d’exemplarité. César Giron nous le répète : « Aucun glyphosate n’est plus utilisé depuis avril 2019. » Soit deux ans avant tout le monde (2021) si cet engagement est respecté par tous… Ne rêvons pas, sauf chez Martell, qui appartient au groupe Pernod Ricard et fait sienne sa nouvelle devise : Good Times from a Good Place (« préserver pour partager »). On connaissait l’engagement de Pernod Ricard dans la cause écologique, puisque, depuis 50 ans, l’Institut océanographique Paul Ricard contribue à la préservation des océans (aujourd’hui, c’est Patricia Ricard, la petite-fille du fondateur, qui s’en occupe brillamment).

Le groupe annonce cette année des engagements clés couvrant l’ensemble de ses activités et vient de lancer… à Cognac, chez Martell, sa feuille de route RSE 2030, partie intégrante de son nouveau plan stratégique, « Transform & Accelerate ». Cette feuille de route se décline en huit engagements ambitieux et concrets, et pléthore de mesures audacieuses pour répondre notamment aux préoccupations environnementales, avec la préservation des terroirs dont sont issus ses produits (Chivas, Absolut, Perrier-Jouët et tant d’autres), et pour s’adapter aux changements climatiques.

À titre d’exemple, le groupe a réduit sa consommation d’eau par litre d’alcool de 20 %, ses émissions de carbone de 30 % par unité de production et ses déchets mis en décharge sont passés de 10 253 tonnes à seulement 748 tonnes.

D’ici 2025, Pernod Ricard mettra en place des projets pilotes d’agriculture raisonnée au sein de huit de ses régions viticoles (à Cognac et en Champagne notamment). Ces projets reposent sur des solutions inspirées de la nature avec, pour objectifs, l’amélioration de la qualité des sols et la préservation des écosystèmes.

Autre exemple concernant les emballages et les déchets : d’ici 2025, Pernod Ricard interdira tous les articles promotionnels en plastique à usage unique et 100 % de ses emballages seront recyclables, compostables, réutilisables ou en matière organique.

Pernod Ricard a également établi un plan hydrographique d’ici 2030 pour équilibrer sa consommation en eau dans les bassins identifiés à haut risque (comme l’Inde et l’Australie), en réinjectant 100 % de sa consommation d’eau sur ces sites.

Quant aux émissions de carbone, le groupe accélère ses efforts en s’engageant à réduire leur intensité de 50 % d’ici 2030.

Voilà un joli programme qui tient compte des erreurs passées et des abus de ressources pour envisager un meilleur avenir.

À découvrir également