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Les Catherine VS. les Adèle

Encombrement de prénoms et de talents dans le cinéma français. D’un côté, Catherine Deneuve et Catherine Frot, qui dialoguent dans Sage femme, de Martin Provost. De l’autre, Adèle Haenel et Adèle Exarchopoulos qui jouent de concert dans Orpheline d’Arnaud des Pallières. Un match de double dames au sommet.

Un simple match de prénoms ?

 ÇA RACONTE QUOI ?

Les Catherine. Dans Sage femme, Martin Provost dirige un duo forcément explosif de Catherine : Frot et Deneuve, qui brillent respectivement dans la peau de Claire, une sage-femme solitaire et secrète, et dans celle de Béatrice, une héroïne border line et autodestructrice. Quand Béatrice, qui fut la maîtresse du père de Claire quatre décennies plus tôt, resurgit dans l’existence monotone de cette dernière, une tempête existentielle de force 12 impose son déluge d’affects glaçants et de grands vents incontrôlables.

Les Adèle. Dans Orpheline, Arnaud des Pallières dirige un duo forcément explosif d’Adèle : Exarchopoulos et Haenel. Cerise sur le gâteau : les deux actrices incarnent le même personnage à deux âges différents de sa vie. Une vie marquée au fer rouge par la violence et les crises d’identité dévastatrices. Une preuve parmi d’autres : l’héroïne incarnée par les Adèle se fait tantôt appeler Karine, tantôt Renée et tantôt Sandra. On s’embrouille dans les prénoms ? Non. Le film étonne au contraire par sa hauteur de vue et sa sensibilité à vif. Pas gai, assurément, mais beau, tout aussi assurément.

ÇA DONNE QUOI ?
Les Catherine. Du côté des valeurs (très) sûres : les Catherine prouvent que l’amour des prises de risque ignore le poids des ans. Et au petit jeu du combat sentimental et psychologique, c’est encore une fois l’immense Deneuve, soixante-treize ans, qui foudroie en incarnant Béatrice, cette fausse dilettante qui consume sa vie en clopant comme une dingue, en jouant dans les casinos le fric qu’elle n’a pas et en dissimulant tant mal que bien son désarroi et sa maladie. En face de la légende bien vivante, Catherine Frot, tout en sobriété et pudeur, confirme qu’elle n’est pas vouée aux rôles excentriques et extravertis, comme dans l’épatant Marguerite, de Xavier Giannoli, mais que les partitions intériorisées et secrètes conviennent itou à son teint.

Les Adèle. Du côté juvénile, même déchaînement libre et foudroyant. Dans la peau d’une toute jeune fille qui espère sortir de la mouise en s’adonnant à des magouilles dangereuses, Adèle Exarchopoulos confirme que ses débuts triomphaux dans… La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, n’avaient rien, vraiment rien, d’un exploit sans lendemain. Quant à sa copine Adèle Haenel, dans le même rôle, donc, mais en plus âgé, sa puissance dramatique ensorcelle comme aux plus belles heures de sa jeune carrière déjà remarquable (Les Combattants, de Thomas Cailley, La Fille inconnue, des frères Dardenne).

RESULTAT
Qui sont les plus fortes, entre les Catherine et les Adèle ? Faut-il les départager ? Leur distribuer de bons et de mauvais points ? On ne s’y risquera pas, car le concours serait aussi vain qu’idiot. On soulignera juste la belle évidence : avec un singulier mépris pour les conflits générationnels et les caprices d’ego – ces actrices de tout âge ne se crêpent nullement le chignon sur le grand écran et jouent vraiment les unes pour les autres –, le cinéma français, en mars, prouve que ses forces féminines affichent un bilan de santé au beau fixe. Seuls les machos pleurnicheront.

Sage femme, de Martin Provost, avec Catherine Deneuve, Catherine Frot… Sortie le 22 mars.

Orpheline, d’Arnaud des Pallières, avec Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos… Sortie le 29 mars.

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