Les livres qui déconfinent

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Les livres qui déconfinent

Le confinement nous a cloués à la maison ? Rien de mieux que de rattraper le temps perdu en se plongeant dans les beaux livres qui sortent à l’approche de Noël. Et de s’évader de dix manières extraordinaires.

Tout autour du monde

Il y a bien sûr la franchouillarde Nationale 7, la rockeuse Route 66, les pavés de Paris-Roubaix… Mais l’Atlas des routes mythiques va aussi plus loin, plus fort. Il décrit le passage des Alpes par Hannibal, la Longue Marche de Mao, la Croisière jaune, la Via Appia, la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance à l’aide d’extraordinaires cartes, d’illustration d’époque, de photos récentes. Comment ne pas frissonner le long du Death Railway, voie ferrée suspendue à la montagne entre la Thaïlande et la Birmanie ? Ne pas se sentir épuisé en découvrant les embûches de la Route de la soie (8 000 kilomètres) ? Ne pas halluciner devant les 25 ans de voyage de Marco Polo, de Venise aux lointaines contrées d’Asie ? Un livre qui fait plusieurs fois le tour du monde.

Atlas des routes mythiques, Arnaud Gourmand, Lapérouse, 34,90 €.

Dans les airs

Tout est dit dans le titre, mais il ne faut pas s’y tromper : Paris à vol d’oiseau n’est pas une énième publication sur la capitale française vue du ciel, mais un chef d’œuvre poétique. Il s’apparente aux errances d’un animal ailé, se laissant porter par les vents au-dessus du Grand Palais, planant sur Notre-Dame, glissant sous l’arc de Triomphe, se posant au sommet du Panthéon ou survolant les cités colorées de l’avenue Ambroise-Rendu (XIXe arrondissement). Cet ouvrage libre comme l’air et soutenu par un conte de David Foenkinos est le fruit du travail de deux frères, Basile Dell et Jérémie Lippmann. Leur force, c’est leur drone qui permet des gros plans sur des détails normalement inatteignables, comme le génie de la Bastille. Vertigineux.

Paris à vol d’oiseau, photographies de Basile Dell et Jérémie Lippmann, texte de David Foenkinos, Gallimard, 35 €.

Dans le grand Nord

Nos cousins canadiens sont sans doute moins doués en storytelling que leurs voisins états-uniens. Car soyons lucides : le voyage au pays de l’oncle Sam réveille plus l’imaginaire qu’un trip au pays de l’érable. Et pourtant… Le Canada est l’un des territoires les plus incroyables que la Terre ait jamais porté : diversité des paysages époustouflante, régions pacifiques façonnées par les Rocheuses, forêts humides de la côte pluvieuse, prairies infinies, toundras arctiques… De la Colombie britannique à Terre-Neuve-et-Labrador, du Manitoba à l’Ontario, ce sont toutes ces variétés que ce livre de Karl-Heinz Raach et Bernhard Mogge mettent en scène, préférant aux trop longs textes des photos d’une beauté inouïe.

Canada, Bernhard Mogge et Karl-Heinz Raach, Place des victoires, 14,95 €.

Dans sa tête

L’Atlas des mondes imaginaires est un livre extraordinaire qui a le pouvoir de nous emmener dans des mondes que nous connaissons tous, mais qui n’ont jamais existé : le Pays imaginaire de Peter Pan, l’île de Robinson Crusoé, la vallée des Moumines de Tove Jansson, la Terre du Milieu du Seigneur des anneaux, la forêt des Rêves bleus de Winnie l’ourson, l’Île au trésor de Stevenson… Cet atlas recense donc toutes ces terres qui augmentent le monde grâce à la fiction. 23 auteurs évoquent ces territoires sortis du cerveau d’artistes, « des cartes qui nous poussent à faire notre sac et à nous embarquer sans attendre dans une quête, par-dessus les collines et loin au-delà. Ou peut-être, à nous faire des tartines, à mettre une bûche dans le feu et à tourner la page », écrit Helen Moss, auteure de The Adventure Island.

Atlas des mondes imaginaires, sous la direction de Huw Lewis-Jones, E/P/A, 35 €.

Sur une île australe

C’est un archipel volcanique du bout du monde. Ça vente, ça caille, ça pleut, ça neige, c’est un enfer. Sauf que, quand on s’y attaque vraiment, l’aventure marque à tout jamais. C’est ce qu’ont vécu l’écrivain François Garde et les photographes Bertrand Lesort et Michael Charavin qui ont arpenté les îles Kerguelen – jadis surnommées « îles de la Désolation », c’est dire –, perdues au milieu de l’océan Indien, pendant 25 jours et en totale autonomie. Dans cet impressionnant silence, l’équipée croise parfois des colonies de manchots, des éléphants de mer et des canards d’Eaton pas émus pour un sou par les vagues qui déferlent sur les plages de la baie Larose. Conçu comme un journal de bord, Marcher à Kerguelen est un remède au stress et à la vie Instagram, un voyage intérieur dans l’extérieur le plus sauvage que la planète peut réserver.

Marcher à Kerguelen, François Garde, Gallimard, 29,90 €.

Sur les rails

Philippe Gougler est ce journaliste qui a récupéré la mythique émission de France 2 passée sur France 5, Des trains pas comme les autres. Le monde, il l’arpente dans des trains, bombes de modernité ou vétustes tortillards, sur des lignes immenses ou minuscules, mais toujours à la recherche de l’être humain qui saura lui raconter les petites habitudes des territoires traversés. Dans ce tome 2, l’aventure le conduit du Brésil au Portugal, de la Suisse à l’Angleterre, du Canada à la Thaïlande. Le saviez-vous ? Dans celui qui relie Guayaquil à Quito (Equateur), des masques à oxygène sont disponibles pour ceux qui auraient du mal à réguler leur respiration.

Des Trains pas comme les autres tome 2, Philippe Gougler, Albin Michel, 29,90 €.

À l’autre bout du monde

Les éditions du Chêne publient des Petits Atlas hédonistes d’une beauté qui laisse bouche bée le wannabe aventurier. Photos à tomber et textes ciselés viennent servir un habile découpage du pays ou de la ville visitée. La dernière livraison de la maison nous emmène à Tokyo en suivant les traces de la journaliste Johann Fleuri et du photographe Pierre Javelle. Grâce à ce très beau guide, on devient incollable sur le temple Sensō-ji, l’histoire de la route Tōkaidō, les petits commerces de Yanaka Ginza, le jardin du Yoyogi Village ou les friperies de Shimokitazawa en s’en prenant plein les mirettes. On se retrouve bientôt dans l’un des minuscules bars de Nonbei Yokocho (la rue des ivrognes) ?

Tokyo, petit atlas hédoniste, Johann Fleuri et Pierre Javelle, Le Chêne, 29,90 €.

Sous l’eau

Le monde est devenu irrespirable ? Il est temps de le parcourir sous l’eau, à la découverte des incroyables fonds marins qu’il cache à la vue du plus grand nombre. Patrick Mioulane et Raymond Sahuquet, passionnés par la vie aquatique et épaulés par les photographes Pascal Kobeh et Lionel Pozzoli, nous entraînent donc là où l’on croise une faune et une flore inhabituelles : gargantuas des mers à Djibouti, gorgones jaunes de Port-Cros, manchots papous des îles Shetland, pastenagues à Bora-Bora, éponges tubulaires à Bornéo… Ce très beau livre déborde d’images folles, de conseils pointus, des renseignements bienvenus et recense cinquante sites mythiques associés à trente nouveaux.

Le Tour du monde en 80 plongées, Patrick Mioulane et Raymond Sahuquet, E/P/A, 39,95 €.

Dans un palazzo sicilien

Pousser les portes du palazzo Di Lorenzo Del Castelluccio, c’est remonter le temps en 1782. Planté à Noto, au sud de la Sicile, ce fief néoclassique a été édifié par le marquis di Lorenzo del Castelluccio et va rester dans la famille jusque dans les années 1980, avant d’être légué à l’ordre de Malte. Peu à peu, la somptueuses demeure s’endort et s’effondre, comme le monde qui l’a vu naître, jusqu’à ce que le producteur de télévision Jean-Louis Remilleux n’en tombe raide dingue et devienne « propriétaire de ce vaisseau mélancolique ». Il va « lui offrir son temps, son énergie et la totalité de ses économies » pour remettre en état ce vestige. Un palais en Sicile raconte le palazzo, sa reconstruction et le lien profond qui l’unit à son nouveau proprio. Une histoire folle d’un lustre déchu et d’une renaissance somptueuse.

Un Palais en Sicile, Jean-Louis Remilleux, Albin Michel, 39 €.

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