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Les savons de Claire Castillon

LES VACANCES ENTRE AMIS.

Je parle sans savoir, je ne l’ai jamais vécu. Je sais seulement qu’on se lance en l’ayant préparé. Déjà, la location a été étudiée. On fait confiance à X qui s’y connaît en immobilier. Il va trouver la piscine débordante voire le frigo à glaçons et le terrain arboré clôturé pour que les enfants ne fuguent pas. « Clôturé mais beau », exige Z qui n’a pas d’enfant. Mais qui vient quand même. Courage. « Clôturé-profond », exige JP car son chien creuse. X ignorait que JP emmenait son chien. Il boude (X). « Pourquoi un clébard ? » marmonne-t-il à Z+1 qui ne réagit pas parce qu’elle préfère de très loin les chiens aux enfants. M et M+1 ont quand même envie de mieux cibler la destination. C’est bien joli la Provence, mais mer ou pas mer, c’est important de le décider, et c’est surtout très important, les plages, pour les gens qui ont des enfants. Qui n’auront pas le droit de faire de pâtés avec la terre de la maison de la location. Il faut le savoir. Or, qui dit pâté dit tranquillité.
S et S+1 vont rester les cools du voyage, toujours d’accord, toujours partants. La Bretagne, l’Alsace, le Doubs, tout est aussi super que tout. X a donc prévu de leur laisser la chambre du sous-sol. Pas de fenêtre mais un grand battant qui donne sur le jardin. « L’ancien garage », observe S en regardant la photo de la maison, et S+1 voit tout de suite le positif de cette chambre indépendante. « On pourra sortir admirer les étoiles sans déranger personne. Sauf si la porte de garage grince. On verra sur place. On la laissera ouverte sinon ! » Mais JB+1 a peur des souris. Donc même à la campagne, on fait gaffe. On ferme. Idem pour les moustiques. Elle a la peau tendre. Un peu trop, trouve A+1 en voyant comment A regarde JB+1. JB+1 a vingt ans de moins que JB et que tous les autres, et elle vient d’arriver dans la bande. Elle met des shorts à Paris.
Comment va-t-elle s’habiller là-bas ? C’est la panique pour M+1 qui insiste encore sur le Touquet. Au moins, là-bas, JB+1 aura froid, elle portera des jeans, des pulls, des cirés. L+1 a la même crainte alors elle décide de faire de JB+1 une amie. Elle ne la lâche plus. L’avoir à l’œil tout le temps ; pas pour voir ce qu’elle mange ni la nourrir de force. Juste pour contraindre L à garder ses distances. On était bien avant, dans le groupe. On avait à peu près confiance. Les hommes copains, les femmes copines, avec les petites tensions de base mais rien de méchant. L’arrivée de JB+1 a fait l’effet d’une bombe et tous les mecs pensent « Waou ! »
Tant pis, on y va, c’est parti. M+1 a lâché l’affaire. Quitte à être la moche mal foutue, elle vivra sa semaine en maillot, au soleil. On est heureux, tous au même rythme, mais ce n’est pas forcé-obligé. On le signale, on le répète. Chacun est libre de son timing. Mais tout le monde reste ensemble. La douche sépare un moment mais on se rassemble à l’apéro. T qui veut arrêter de boire demande au groupe de se passer d’alcool, si c’est possible, sans déranger. On profite de ses absences aux toilettes pour se bourrer la gueule en secret. Deux jours. Après, ça va bien d’être gentil. Le rosé sort à table. C’est l’été. Zut, T ne va pas gâcher les vacances des autres, déjà qu’il a des enfants, pas de femme et pas de chien. Le chien de JP se gratte. Il se calme la nuit, en plongeant dans la piscine sans qu’on le sache. M+1 le regarde faire par la fenêtre, quand elle veille tard de peur que M et JB+1 se retrouvent en secret. Elle espère que l’eau polluée par le chien donnera des boutons à JB+1.
Un jour, on n’est pas d’accord sur le programme. On se disperse. C’est la liberté. Chacun sa crique. C’est bien, aussi, de faire à sa guise. JB+1 veut faire du paddle. « Oui, on sait, ça muscle et ça bronze », dit M+1 qui regarde M lui porter sa pagaie dans la crique d’à côté. Mais son ventre refuse de se nouer. Elle caresse le chien de T et elle se demande comment dire à M qu’elle a bien envie d’en prendre un à la rentrée.

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