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Les savons de Claire Castillon

Quitter l’été …



On retourne à la vie normale, où la planche tolérée est celle que l’on fait dans son bain, le soir, les bras le long du corps – oui, ça manque de largeur les baignoires, hors la mer. On a envie de garder cette chaleur sous la peau, ce repos dans la tête. Ou bien – oui, ça arrive, et plus souvent que l’on croit –, on s’est tant fatigué à s’occuper des autres que l’on rêve de son bureau où les autres se débrouillent. L’idée de la machine qui fabrique le café peut enchanter : demain, pour une fois, ce n’est pas moi qui ferai le petit-déjeuner.

Entrer dans sa maison et rouvrir les volets, c’est changer de saison, voir que l’arbre, devant, n’a plus la même couleur, se demander que faire de ces œufs de pigeon posés devant la fenêtre. Etat d’âme, ça recommence. En vacances, nous n’avions pas besoin de faire de choix, à part, peut-être, celui de l’ombre ou du soleil. À présent, le courrier va devoir être trié. Et le frigo rempli. Et le linge lavé. Et les valises posées dans l’entrée quelque temps. Le temps qu’une bonne âme les descende à la cave. On retrouve son parfum qui tachait au soleil, on retrouve le livre que l’on n’a pas terminé et dont on ne se rappelle peut-être que cela. Je ne l’ai pas emporté, j’en avais de plus gros, pas encore entamés. On commence à peler, on prend comme une caresse ce souvenir de brûlure. On calcule le temps avant la prochaine sieste. Et si l’on décidait d’installer un hamac dans le salon, un mur d’escalade dans le couloir, un aquarium dans la cuisine ou des plantes sur le balcon ? Et si l’on s’engageait à nager chaque jour ou au moins une fois par semaine en nocturne ? La rentrée, comme janvier, a cette allure de fête parce qu’on va se forcer. Et c’est terrorisant comme une rentrée des classes de prévoir d’arrêter de fumer tout en sachant qu’on n’y arrivera pas, que l’on continuera à descendre sur le trottoir et à baisser la voix pour se moquer plus bas de son ennemi qui passe. On dira « c’est joli » en pensant « comme c’est moche ! »
On se mettra en vacances un dimanche quelquefois, en retrouvant dans le ciel une lumière parente de celle de notre été. Bientôt on tombera dans l’hiver en soufflant. Il faudrait héberger toutes les saisons en soi, afin de les mêler et non de les quitter. Savoir les provoquer serait la bonne manière de ne pas désespérer chaque fois que l’on quitte l’été. Ce qu’il faudrait, surtout, c’est être intemporel. Ne céder à aucune mode, ne suivre aucun réseau, garder toujours le choix entre soleil et ombre, et briller, et pâlir avec la même fougue, celle qui fait ressentir. Tout, tout le temps, et très fort. Pour septembre, on pourrait déjà, et ce serait beaucoup, refuser l’à-peu-près quand il s’agit de soi.



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