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Les savons de Claire Castillon

C’est l’impulsion d’abord. Qui la donne, qui la ressent, qui la suit. Le quart d’heure américain nous a laissé un goût de pouvoir et de sagesse. On veut plus, à présent. Oui, on veut davantage que le temps d’une danse, davantage qu’un oui tiède en réponse à « Tu danses ? ». Entre femmes, on décide de sortir. Dans le groupe, il y a toujours la puriste, qui sort jusqu’à ce qu’elle rentre. Ce qui lui plaît, à elle aussi, c’est l’enfance : marabout-bout de ficelle-selle de cheval-cheval de course-course à pied-pied à terre, pied à terre mais pas trop quand même. Il faut que la première porte qu’elle pousse, celle de l’apéro, l’entraîne sur un dîner, une soirée, une boîte, et pourquoi pas une garde à vue. Elle recherche la débauche, la liberté totale et surtout rien de mondain, rien de social, c’est le moment du zéro contrainte. Tout peut apparaître derrière une porte poussée. Même le prince charmant ; surtout le prince charmant. Il y a la plus sage, qui joue au chaperon. Sourire, tenue, contrôle. Elle finit à six heures, mais toujours bien coiffée. Et puis il y a la dure, qui sort comme on travaille, comme on va à la gym. C’est le mardi ou rien. C’est la mondaine qui s’offre le grand chelem, elle veut croiser du monde. Il y a l’insortable : elle sort avant de rentrer ; ça se passe presque en même temps, alors elle ne compte pour rien dans le désir du soir. Elle se désolidarise, de peur de s’évaporer. Il y a toutes sortes de femmes à l’heure de la citrouille. Elles n’ont plus peur du noir quand elles commencent, guillerettes, à quitter leurs baskets pour s’habiller de nuit. Elles se préparent, inverses de ce qu’elles deviendront quand les loups les mordront.

Boutonnées jusqu’au col, perchées sur leurs quenouilles, elles comptent sur leur mise pour compenser leur tenue. Elles savent qu’elles seront sales, folles ou impudiques ! Alors elles se préparent, proprettes, sages et couvertes. Elles œuvrent à devenir exactement l’inverse de ce qu’elles deviendront au cours de la folie. Entre ces deux personnes qui ne sont pas elles-mêmes, il y a le temps d’après. Quand le prince apparaît, le pantalon aux genoux, à quatre heures du matin, avec sa gueule en biais d’ivrogne bien entamé, et qu’il veut juste tirer un coup avec la poupée de chiffon qui fut Cendrillon en début de soirée. Les princesses et les princes sont tous bons à jeter ; pour finir, lamentables, au coin d’un cendrier en forme de cuvette.

Mais revenons au début, oui, ça part poétique ! On va d’abord trouver l’endroit pour le dîner, avec terrasse d’hiver, un restaurant en pente qui roule jusqu’à la suite. Les étoiles sont de nacre et la nuit en diamant. Elle a trop de facettes, il est temps de découvrir les hommes par le dedans. La femme de nuit a soif. La femme est en roue libre. Et si l’on cherchait juste à retrouver la joie qu’on ressentait, jeunes filles, avant les premières fêtes ? Intactes, on veut la suite. On ne sait pas tout quand on sort pour de vrai. Et on ne sait d’abord pas la gaieté qui nous prend. Elle est changeante, elle retombe quelquefois, mais un rien la ravive et la flamme s’enflamme. C’est du feu, la nuit chaude qui compte se distinguer. La nuit, tout est permis, les interdits aussi. Il y a peu de place pour celles qui anticipent et pensent au lendemain.

Ado, on l’a déjà fait : juste les mains dans les poches pour ne pas payer le vestiaire. Le froid qu’on ne sentait pas, en short ou les bras nus, zéro degré. Quoi d’autre ? On a joué à cache-cache en voulant être trouvée, on a joué à chat en voulant être touchée. C’est ça, les soirs de fête, jouer pour perdre, et rejouer.

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