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Louis Garrel, « Redoutable » en Godard

Le beau ténébreux s’est transformé en Godard le temps d’un film, celui de Michel Hazanavicius, avec un rôle qu’il a endossé de façon très réaliste, jusqu’à imiter à la perfection la façon de parler du cinéaste de la Nouvelle Vague. Rencontre.

Le cinéma de Jean-Luc Godard, ça vous évoque quoi ?
Sa très grande qualité était de ne jamais refaire le même film. Des films à gros ou petit budget, il a absolument tout exploré. Pour faire vite, on pourrait dire qu’il a inventé une forme de modernité au cinéma et une manière très libre de faire des longs métrages.

Vous étiez, au début, un peu réticent à l’idée de faire Le Redoutable.
D’ordinaire, comme spectateur, je ne suis pas intéressé par les films dont les personnages s’inspirent de gens ayant existé et qui sont très fortement inscrits dans la mémoire collective. J’ai toujours peur que le spectateur nous dise : « Donnez-nous le vrai et pas ce faux ridicule ! » Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai vite vu que le film expliquait d’entrée que je ferai un faux Godard et que tout le monde sera au courant. C’était le pacte de départ. Le film n’essaierait pas de créer l’illusion que je serais quelqu’un d’autre que moi-même.

C’est un film joyeux, ironique parfois, mais qui n’hésite pas à égratigner la personnalité de Jean-Luc Godard.
Le film est comme un jeu sur les contradictions. Comment un artiste, en plein mai 68, tente de s’accorder avec un mouvement politique, avec sa pratique artistique, et de quelle manière vont naître des contradictions dans sa vie intime et dans la relation à son art ? Tout cela va en fait devenir très drôle… C’est un des thèmes de prédilection de Michel Hazanavicius, comme dans OSS 117 ou The Artist : il est question d’un homme seul contre tous. Le héros de Hazanavicius est isolé et décalé par rapport aux autres.

Un public de théâtre lors d’une première, cela peut-être assez redoutable

On vous a souvent vu dans des films qui se déroulent en mai 68. Quel regard portez-vous sur cette période ?
C’est comme un âge doré. Le moment où toute une jeunesse réinvente le langage, une forme d’utopie et de rêve. Il y a là quelque chose de très jouissif. L’idée que tout le pays s’arrête, emmené par les étudiants, eux-mêmes rejoints par les ouvriers, il y a quelque chose de fort, d’inédit et d’assez exaltant.

Dans le film, Michel Hazanavicius fait dire à Jean-Luc Godard que les acteurs ne sont pas libres. Vous sentez-vous libre ?
Je n’ai pas besoin d’être acteur pour ne pas me sentir libre, je me sens déjà enchaîné à tellement de choses. Mais, à l’intérieur de mon travail, j’ai une marge de manœuvre qui me donne l’illusion que je le suis.

Qu’est-ce qui est « redoutable » pour vous ?
Un public de théâtre lors d’une première, cela peut être assez redoutable, parce que les gens sont dans l’ombre, dans l’obscurité, et j’ai l’impression qu’ils sont tous venus pour ne pas aimer (rires).

Louis Garrel est à l’affiche du Redoutable de Michel Hazanavicius, en salle le 13 septembre 2017. Sélectionné au dernier Festival de Cannes, ce film est une adaptation du livre Un an après d’Anne Wiazemsky, paru en 2015 aux éditions Gallimard et qui raconte l’histoire d’amour que l’actrice a vécue avec son époux Jean-Luc Godard.

 

>> Retrouvez l’interview de Stacy Martins, également à l’affiche du film du Redoutable.

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