Louise Bourgoin

Dans L’un dans l’autre, une comédie sur la vie de couple, les travers des hommes et… des femmes, Louise Bourgoin entre dans la peau de son amant et se montre encore plus irrésistible. Rencontre avec une vraie femme, qui fait plutôt bien le mec.

Voilà une comédie qui va remuer cette rentrée, avec pour vous un rôle de femme qui parodie les hommes.
Au cinéma, le changement de corps est un genre de comédie appelé « body swap ». Bruno Chiche nous avait beaucoup parlé du film Dans la peau d’une blonde de Blake Edwards, mais il n’y avait pas d’amour entre l’homme et la femme. C’était juste l’histoire d’un pauvre Texan macho qui se retrouve dans le corps d’une blonde, qui va subir les assauts de types assez misogynes et qui va être confronté à ce qu’il représente pour les autres femmes. Ce qui m’a plu dans le scénario de Bruno, c’est la profondeur amenée par le fait qu’il s’agit d’un couple amoureux, avec sa dimension métaphorique. Quand on aime, on a l’impression que l’autre nous suit partout. Quand on dit des choses en son absence, il va les entendre et l’expression « avoir quelqu’un dans la peau » n’est pas anodine. Il y a d’ailleurs une séquence dans laquelle Bruno a accepté de mettre une phrase que j’ai suggérée. Quand le médecin dit : « vous êtes tout simplement amoureux. » C’est ça l’amour. Devenir l’autre.

Est-ce un film à charge contre les hommes ?
Je trouvais intéressant d’épuiser tous les clichés sexistes, particulièrement ce qu’on attend des traits de caractère masculin, et de les dénoncer. Mais ce qui est assez fin de la part de Bruno Chiche, c’est que le personnage de Pef, qui joue mon mari, est très émotif. Il a les larmes aux yeux facilement, il est dans l’attente de cet enfant qu’il désire absolument, il a déjà préparé la chambre… Ce sont des attitudes plutôt féminines. Souvent, dans les comédies, c’est l’homme qui sort les vannes. Si la fille est jolie, ça suffit. C’est comme si elle n’avait pas d’autres qualités que son physique. Là, au contraire, tout le monde a de la répartie, que ce soit Aure Attika, Pef, Stéphane De Groodt ou moi.

Les femmes sont un sexe très fort, je vois les hommes plutôt fragiles.

Faire un « Vis ma vie » est-il le salut du couple ?
Peut-être, mais c’est sûr que, après le film, on peut se dire qu’on n’en ressort pas indemne. Cela peut avoir une influence sur le rapport au monde de chacun. Le film donne une idée assez imagée du sentiment amoureux.

Votre prénom, Louise, est un hommage à Louise Bourgeois, artiste connue pour ses installations monumentales et proche du mouvement féministe. Êtes-vous féministe ?
Un peu, comme toutes les femmes, mais je ne suis pas pour un féminisme castrateur. Je suis pour une vraie égalité salariale, pour une égalité concernant les congés parentaux, pour un accès à l’enseignement favorisé pour les femmes…  On ne peut pas nier qu’il existe un sexisme généralisé, mais il tend à s’estomper avec les nouvelles générations. En tous les cas, le film dénonce cela de façon drôle.

Quel est le cliché le plus vrai sur les hommes et les femmes ?
Je dirais aucun, car il y a autant de différences entre deux hommes et deux femmes. Parfois, les hommes cherchent à se rassurer en nous minimisant, mais j’ai l’impression que, à l’inverse, les femmes sont un sexe très fort. Je vois les hommes plutôt fragiles. Beaucoup plus que les femmes. Il y a toute une mythologie concernant les hommes pour les conforter dans leur virilité, les rassurer, ne pas qu’ils se sentent castrés. Certaines femmes jouent ce jeu pour leur permettre d’exister quand d’autres essayent au contraire de tuer ce mythe pour mieux faire transparaître la vérité. Mais il faut parfois ménager l’autre.

Les femmes ne sont donc pas toujours vraies avec les hommes ?
J’ai l’impression qu’on doit toujours jouer un rôle. Le jeu est d’ailleurs propre à la femme, je pense. Et puis il y a aussi cette histoire de libido où les hommes se doivent d’avoir confiance en eux, ils doivent être « prêts », etc. Une femme est toujours prête physiquement ! En cela, je sens les hommes fragiles.

Les femmes sont toutes des actrices ! Mais quand on choisit d’en faire son métier, on change de peau volontairement. Quel est le rôle que vous attendez ?
Devenir un homme était justement un rôle que je voulais faire. D’ailleurs, on a dû beaucoup me calmer, car je voulais en faire des tonnes. Pas forcément par rapport aux hommes en général, mais j’ai 30 ans et lui en a 50, il est à droite et je suis à gauche, il a des idées assez arrêtées… Jouer ce caractère sûr de lui, qui a de la bouteille devant cette fille « vierge effarouchée », bobo, pas sûre d’elle était super intéressant. Je fais donc une fille douce, sensible, nature, et il y a un fort décalage avec ce que je suis dans la vie, car il me semble que j’ai davantage le caractère du mec. J’ai finalement plus composé pour le rôle de la fille.

Et changer de sexe ? Est-ce que ça aurait pu être un de vos fantasmes ?
Je sais qu’il y a beaucoup de nanas qui disent vouloir coucher avec une fille pour un soir, mais, moi, pas du tout. J’aime trop les hommes.

« Ah, si j’étais un homme… » chantait Diane Tell. Qu’ajouteriez à cette chanson ?
« Ah, si j’étais un homme… j’u-ri-ne-rais de-bout ». Douze pieds. On a un alexandrin.

Le pitch ?

Pierre et Éric sont meilleurs potes et travaillent ensemble. Pénélope et Éric attendent un agrément pour adopter un enfant. Mais Pénélope est depuis peu la maîtresse de Pierre. Aimée, la femme de Pierre ne se doute de rien, comme Éric d’ailleurs. Marre de se cacher, Pierre et Pénélope décident de rompre quand, lors d’une ultime nuit d’amour passionnée, le sort leur joue un tour : ils se réveillent chacun dans le corps de l’autre ! Pour protéger leur secret, ils vont devoir vivre la vie de l’autre.

Photos © Fred Meylan.

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