Luc Lesénécal (Saint James) : « L’excellence d’un savoir-faire qui se traduit par des produits de qualité supérieure »

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Luc Lesénécal (Saint James) : « L’excellence d’un savoir-faire qui se traduit par des produits de qualité supérieure »

Luc Lesénécal, président des Tricots Saint James, explique comment il développe rapidement la marque de pulls et de marinières 100 % made in France.

Comment êtes-vous arrivé aux commandes de Saint James ?

J’ai passé les 24 premières années de ma carrière à la coopérative de produits laitiers Isigny Sainte-Mère dont j’ai fini par devenir le directeur général adjoint. J’avais des responsabilités, mais sans pouvoir être actionnaire. J’ai donc voulu passer à une nouvelle étape. Pendant que je travaillais à Isigny, je m’étais associé avec mon frère dans une activité de franchisé pour l’enseigne Sergent Major. C’est cette double expérience, du management et du textile, qui m’a permis de rejoindre Tricots Saint James en 2012.

Qu’est-ce qui rapproche Isigny et Saint James ?

Je le dis souvent : ce que le beurre et la crème sont à Isigny, la marinière et le pull marin le sont à Saint James. Ce sont deux EPV (entreprises du patrimoine vivant, ndlr) qui ont les mêmes valeurs, à la fois un savoir-faire et une forte identité régionale.

En êtes-vous devenu actionnaire immédiatement ?

Oui, nous avons fait un LBO pour remplacer l’ancien président qui partait à la retraite en même temps que son directeur général. Ils avaient proposé à cinq cadres dirigeants de l’entreprise d’en prendre le contrôle, mais il leur manquait un sixième élément, quelqu’un qui ait une expérience du top management pour prendre les commandes.

À la différence d’une entreprise familiale, ce sont donc les cadres qui perpétuent l’indépendance de l’entreprise ?

Absolument. Saint James a été une entreprise familiale jusqu’à la fin des années 1990, mais quand Bernard Bonte, qui avait succédé à son père en 1972, s’est retiré, ses trois filles n’ont pas souhaité lui succéder. Il a alors confié le contrôle de l’entreprise à mes prédécesseurs. Nous conservons cet esprit familial d’indépendance en assurant sa transmission aux cadres dirigeants.

Comment se portait Saint James lorsque vous êtes arrivé en 2012 ?

On a fêté nos 132 ans cette année, l’entreprise s’est toujours bien portée. Elle était très saine, mais on l’a quand même bien reboostée puisque la croissance cumulée a été de près de 40 % depuis 2012.

Qu’avez-vous fait pour la réveiller ?

On a gardé nos fondamentaux, comme la fabrication dans nos ateliers. Mais on a « refité » les produits iconiques, on les a rendus un peu plus sexy. Ensuite, on a fait de belles collaborations avec Le Slip français, avec Claudie Pierlot ou même plus récemment avec le rappeur Orelsan. Elles ont toutes fonctionné car ce n’était pas que du marketing. Avec Orelsan, entre normands, on s’est vite compris. Du coup, en dix ans, l’âge moyen de nos consommateurs a baissé de dix ans.

Vous avez donc mis l’entreprise de produits marins dans le vent ?

Oui, mais parallèlement nous avons aussi fait passer l’export de 30 à 40 % du chiffre d’affaires. On a également relooké nos 100 boutiques pour leur donner un style un peu plus épuré et mieux mettre en avant les produits. Et puis on a communiqué sur nos valeurs : l’excellence d’un savoir-faire qui se traduit par des produits de qualité supérieure.

Comment adaptez-vous l’outil industriel à cette montée en puissance ?

Notre savoir-faire est avant tout humain. Dans un bassin d’emploi où le taux de chômage est l’un des plus faibles de France, le recrutement est notre problème numéro un. Il faut savoir que chaque poste de travail nécessite 18 mois de formation. Nous avons dû former nos propres formateurs, car il n’y a malheureusement pas d’école dans nos métiers. Heureusement, la notoriété de Saint James s’est développée. On est devenus peu à peu plus attractifs. Peut-être aussi parce qu’on a ouvert nos ateliers aux visites. Le tourisme de savoir-faire est un bon vecteur de communication auprès des jeunes. En outre, avec la crise du Covid-19, je constate que de nombreuses personnes souhaitent se reconvertir chez nous.

Quel a été l’impact de la crise du Covid-19 sur Saint James ?

On a eu la chance de mettre au point le premier masque en tissu et, de surcroît, le plus fiable. On a d’abord livré les hôpitaux de la région gratuitement. Ensuite, les autorités nous ont demandé d’en produire pour les entreprises qui restaient ouvertes. Pour y parvenir, on a inventé le télétravail manuel à domicile. On tricotait des masques dans les ateliers, on les assemblait chez nos salariés en toute sécurité. Ça nous a permis de maintenir une activité pendant la période du premier confinement et, dans un deuxième temps, de faciliter la reprise du travail.

Avez-vous retrouvé un niveau d’activité comparable à celui d’avant le Covid ?

Oui, nous enregistrons même une croissance de 20 % sur nos produits iconiques.

La crise du Covid favorise-t-elle le made in France ?

Ça a été surtout un facteur d’accélération d’une tendance déjà présente. Nos produits correspondent à ce que souhaitent les nouveaux consommateurs : ils veulent savoir où ils sont faits, par qui ils sont faits, comment ils sont faits. Il y a une prise de conscience qu’il faut privilégier les circuits courts. Et on veut acheter moins mais mieux.

Que représentent les ventes sur Internet ?

Elles sont passées de 6 % à un peu plus de 10 % de notre chiffre d’affaires qui approche, au total, des 60 millions d’euros. Et ce chiffre continue de progresser car nous avons aussi refait complètement notre site Internet depuis un an. On en voit clairement les résultats. Mais nous ne voulons pas court-circuiter nos revendeurs. Il est important que les clients aillent dans nos magasins pour toucher les différentes variétés de laine et de pull-overs.

Comment voyez-vous l’avenir de l’entreprise pour les trois à cinq années qui viennent ?

Nous allons continuer notre développement à l’international : l’exportation doit représenter 50 % de notre chiffre d’affaires. Cela, en maintenant notre croissance en France. Ensuite, on veut développer l’activité réparations dans nos boutiques. Enfin, on travaille de plus en plus sur l’intégration de la filière lin que l’on maîtrise bien en tricotage et en confection. Sur le marché français, nous voulons continuer à ouvrir trois ou quatre boutiques par an en allant de plus en plus dans le sud de la France et dans les grandes villes.

Le réchauffement climatique ne va-t-il pas vous freiner, vous qui réchauffez les corps ?

Non, parce que la laine est une matière naturelle et que l’on a toujours besoin d’un petit pull. En outre, nous disposons de deux savoir-faire : la laine et le coton. On vend plus de marinières en coton l’été et plus de pulls en laine l’hiver. C’est assez équilibré.

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