Make.org engage les citoyens

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Make.org engage les citoyens

Nous avons interviewé Axel Dauchez, fondateur et président de Make.org, une plateforme indépendante de « lobbying citoyen » visant à promouvoir plus de démocratie participative au sein de notre société.

 

Présentez nous en quelques mots Make.org ?

Make.org est une plateforme citoyenne d’engagement et de collaboration massive de la société civile pour lui permettre d’agir collectivement et positivement sur la société. Pour ce faire, Make.org a développé une solution digitale de consultation, capable de faire participer massivement des centaines de milliers de citoyens autour d’une question simple d’intérêt général, et d’en extraire les consensus populaires.

Comment et grâce à qui fonctionnez-vous? 

En tant que Civic Tech, Make.org met à destination des citoyens  des dispositifs de consultation et d’engagement afin de permettre à l’ensemble des acteurs de la société civile – citoyens, associations, entreprises et médias ainsi qu’aux institutions – d’adresser des problématiques d’intérêt général essentielles, appelées Grandes Causes. Nous travaillons sur plusieurs Grandes Causes qui visent à lutter contre les violences faites aux femmes, à rendre la culture accessible à tous, à prendre soin de nos aînés… Ces consultations ont pour objectif d’engager les citoyens et nos coalitions d’acteurs et de partenaires dans des actions concrètes et collaboratives au niveau local, national ou européen, le tout sur une période de 3 ans. Le financement de ces actions s’opère via l’action de Make.org Foundation, le fonds de dotation de Make.org. Il permet de nouer des partenariats structurants avec des fondations d’entreprises, des directions de grands groupes, des banques privées, des sociétés de gestion d’actifs afin de financer les Grandes Causes. Enfin, pour garantir son indépendance, Make.org s’engage dans ce processus à respecter sa Charte Éthique pour assurer la remontée des idées citoyennes, la transparence de la démarche et la lisibilité des résultats.

Quelle sont les actions dont vous êtes le plus fier ?

Il y a l’opération « Mon printemps 2020 » mise en place par Make.org Foundation en partenariat avec l’Académie de Versailles et de nombreuses institutions culturelles telles que l’Opéra national de Paris ou encore le Museum national d’Histoire naturelle. Cette opération inédite a offert à des élèves, accompagnés d’enseignants et d’artistes, la possibilité d’exprimer artistiquement leur expérience du confinement. Cette action a non seulement permis d’innover dans les pratiques de l’éducation artistique et culturelle, mais aussi offert aux élèves la possibilité de se souvenir de cette période si particulière traversée pendant le confinement et l’épidémie de Covid-19. Le but était pour eux d’expérimenter des moments d’inspiration et de création pour que les jeunes puissent partager, stimuler et exprimer une expérience unique de manière collective grâce au digital. Je suis également particulièrement fier de la mise en place progressive du dispositif « Abri d’urgence » qui va contribuer à mettre à disposition temporairement des nuitées d’hôtels pour les femmes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales. Cette opération consiste à mettre à disposition des associations, via une plateforme de réservation, des hébergements d’urgence pour augmenter considérablement leur capacité d’accueil. Les femmes peuvent ainsi être accueillies rapidement dans un cadre scurisé, le temps de leur trouver un logement plus pérenne et recevoir un accompagnement.

Pouvez vous nous donner quelques infos sur les résultats de la consultation « Agir ensemble pour l’environnement » ?

Elle a atteint un niveau de participation exceptionnel avec plus de 540 0000 participants qui ont émis près de 13 600 propositions. Cet engouement inédit témoigne de l’intérêt indéniable des citoyens pour le sujet, d’autant plus que la consultation était représentative de toutes les franges de la société tant en termes d’âge que de genre ou de lieu résidence. Les résultats issus de cette consultation ont tantôt été très consensuels, avec des sujets tels que l’importance de la réduction des déchets ou encore celle du rôle de l’alimentation et de l’agriculture, ou davantage controversés avec des sujets repoussoirs qui ne font pas l’unanimité auprès des citoyens à l’instar de la réduction de la consommation de viande ou encore celle de l’énergie nucléaire. À partir des propositions ayant fait consensus, des ateliers – pour la première fois en distanciel – ont eu lieu en septembre. Le but de ces ateliers est de construire, avec des citoyens et des experts, des actions concrètes qui pourront par la suite être mises en place pour agir sur l’environnement.

Vous êtes dans Infravert, quelles seraient les 3 propositions que vous feriez pour accélérer la transformation écologique et sociale de la France ?

S’il fallait donner trois propositions pour aller dans le sens d’une telle transformation, je commencerais par garantir une place prépondérante aux citoyens et à la démocratie participative dans le processus décisionnel, et ce à tous les niveaux de celui-ci. Ensuite, j’agirais en faveur de la réduction des déchets dans notre consommation de tous les jours. C’est une action que chacun peut faire à son échelle et qui peut avoir un réel impact sur la lutte contre le réchauffement climatique. C’est d’ailleurs une thématique qui est fortement ressortie de notre consultation sur l’Environnement. Enfin, à un niveau plus global, et c’est là aussi une optique qui a été particulièrement plébiscitée dans notre consultation sur le « Monde d’après », au sortir de la crise de la Covid-19, je proposerais de relocaliser en Europe certaines productions stratégiques, notamment alimentaires. Ce genre d’action est véritablement au carrefour des causes sociales et environnementales.

Qui incarne le mieux, selon vous, l’idéal vertueux (pays, entreprise, personnalité…) ?

Le sociologue et historien Pierre Rosanvallon me semble incarner une forme d’idéal vertueux de la démocratie. C’est lui qui est à l’origine du principe, devenu indispensable aujourd’hui, de « démocratie permanente » et enracinée dans le durable. Cette conception de la démocratie est au coeur de la philosophie de Make.org, elle pousse les citoyens à s’engager hors des canaux traditionnels – notamment le vote – pour rechercher des  voies d’expression alternative de participation à l’action politique.

Pensez-vous que dans nos sociétés de plus en plus individualistes, le lobbying citoyen ait de l’avenir ?

Les citoyens ont témoigné à de nombreuses reprises leur volonté de s’impliquer collectivement, par-delà des considérations individualistes notamment sur des sujets de société qui touchent à l’intérêt général. C’est en ce sens que je suis persuadé qu’à l’avenir, l’avis des citoyens sera non seulement recherché, mais surtout écouté par les décideurs politiques.

Comment imaginez-vous Make.org dans 5 ans ? Et avec quel impact de la parole citoyenne ou de la démocratie « participative » dans notre société ?

Dans cinq ans, je pense que tous les pays de l’Union européenne utiliseront des plateformes telles que Make.org. C’est ainsi que l’on pourra réellement agir par la démocratie participative pour la résilience et la réinvention de nos modèles démocratiques. De la sorte, l’impact des citoyens dans la société ne va cesser de prendre de l’ampleur. L’engouement citoyen pour tous les dispositifs de démocratie participative – notamment via les Civic Tech – ne cesse grandir. Les voix des citoyens deviennent incontournables, tout porte à croire que cette redéfinition des manières de s’impliquer dans la démocratie continuera à se pérenniser à l’avenir pour s’ancrer durablement dans nos habitudes politiques.

Enfin, vous qui avez été patron de plusieurs entreprises, quels sont les 3 conseils que vous donneriez à un jeune qui démarre sa vie active ?

En trois mots : aventure équipe, confiance.

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