Olivier Marchal

Ado, il était fan du Parrain, de Scarface, d’Al Pacino et de Brian De Palma. Il a fourbi ses armes en poursuivant de vrais voyous et, depuis qu’il fait son cinéma, l’ex-flic Olivier Marchal nous livre, en guise de « bombes » pelliculées, des thrillers irrésistibles. Rencontre.

 

Olivier Marchal en cinq mots ?
Torturé, romantique, désespéré, compliqué, travailleur.

Carbone, votre dernier film, traite d’une arnaque qui a réellement existé. Le banditisme prend-il désormais une forme plus discrète ?

Oui, car on a enfin commencé à considérer que ce genre d’arnaque était du banditisme. Avant, la Financière (la brigade financière, l’une des divisions de la police judiciaire parisienne, NDLR) s’occupait seulement des escrocs « classiques », les bandits en col blanc – sale – n’étaient pas vraiment considérés comme des délinquants. Carbone raconte l’histoire de types apparemment « propres sur eux » qui se livrent à des délits d’initiés, qui s’associent avec de gros voyous, donc ça touche forcément au grand banditisme.

Tracfin, la cellule du ministère de l’Économie qui lutte contre les circuits financiers clandestins, a plus de travail qu’avant ?

Forcément, parce que Tracfin s’intéresse à tous les banquiers qui fricotent avec des narcotrafiquants. Comme dans Carbone, ces mecs fréquentent le milieu de la nuit, des acteurs, des personnalités du show-biz et aussi les derniers vrais gros voyous…  Dans les cités, il y a une économie parallèle qui va au-delà des « narcos ». Si on démantèle un réseau dans une cité, les offices HLM ne perçoivent plus leur loyer tellement l’argent des trafics finance tout. Aujourd’hui, il n’y a plus de grosses équipes de voyous, il n’y a plus de braquage, car il n’y a plus d’argent dans les banques. Attaquer un fourgon, c’est risquer de prendre entre 15 et 20 ans… Et le banditisme se résume à des jeunes de 17 ans qui se font dessouder pour de la came à coup de Kalachnikov. À mon époque, ça n’existait pas, il n’y avait que des gros voyous qui se flinguaient au 11,43 mm dans des bagnoles à la sortie des boîtes sur des parkings.
Vos films présentent souvent des clans, des familles. Est-ce une façon d’adoucir un film noir ?

Disons que j’essaye d’adoucir quand il y a des rôles féminins, comme le personnage de Laura Smet, ou avec le personnage de la mère de celui qui dérape et qui est la seule à avoir les pieds sur terre. C’est aussi un clin d’œil à Al Pacino dans Scarface, quand il va chez sa mère et qu’il lui laisse de l’argent. Disons que la famille permet de légitimer l’empathie qu’on peut avoir pour les personnages. Un film noir sans amour n’existe pas. J’ai été marqué par les scènes de famille dans Le Parrain. Quand Brando dit « un homme qui abandonne sa famille n’est pas un homme », ça veut tout dire.

On dit souvent « si tu ne transmets pas, tu meurs deux fois ». Qu’avez envie de laisser à vos enfants ?
Le respect des autres. Je suis quelqu’un de très respectueux, même si j’ai plein de défauts. Je suis un mec en morceaux, mais je suis poli, bien élevé. J’ai une honnêteté intellectuelle. Quand on me fait confiance, je ne déçois pas.

Vous dites préférer les voyous aux escrocs, pourquoi ?

Les voyous, je ne les admire pas, mais ils me fascinent, contrairement aux escrocs. Être escroc, c’est lâche, ce sont des crapules de bas étages. Les mecs comme Christophe Rocancourt ne méritent même pas une minute de reportage, ils sont pareils à ces types qui s’en prennent aux sacs des petites vieilles. Les gros bandits, eux, risquent leur vie et s’attendent à terminer en taule, ou allongé sur un trottoir. Ils ont une ligne de conduite malgré tout, un langage, des codes… Et je leur ressemble un peu, parfois. « Un flic est un voyou qui a mal tourné », comme disait un pote voyou.

Quelle serait votre plus belle arnaque ?

Peut-être dans la séduction avec une femme, quand on raconte des choses pas toujours vraies pour la séduire et puis, une fois qu’on a réussi, partir comme un lâche… comme un homme en fait ! Le désir envers une femme réclame parfois de recourir à de tels petits mensonges. Je suis un amoureux de l’amour. Je tombe souvent amoureux et, donc, j’en souffre aussi souvent.

Est-ce que, pour fabriquer un bon polar, il suffit d’un bon personnage de méchant ou il faut aussi avoir sous la main un ex-flic devenu scénariste, comme Simon Michaël ?
Les deux ! Il faut évidemment un bon méchant – et un ou deux flics un peu ripoux –, mais il est également essentiel de travailler avec un scénariste qui connaît son sujet. D’ailleurs, mon ami Simon Michaël ne s’est pas fait que des amis dans le cinéma français en disant qu’« il valait mieux faire l’école de police que la Femis » (l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, NDLR). Ceux qui m’ont donné envie de faire du cinéma se nomment Verneuil, Melville, Cimino, Scorsese, Sautet… Qui a envie de se lancer dans la réalisation quand on voit la plupart des films hexagonaux ?

Vous dites : « Pour moi, toute la connerie du monde vient des hommes, il y a peu de femmes responsables du chaos ambiant. » Qu’est-ce que vous auriez de plus féminin chez vous ?
Une fibre quasi maternelle. Je me suis occupé de mes quatre enfants quand ils étaient tout bébé, en leur donnant le biberon, en changeant leurs couches… Et je pense que je peux aussi être amoureux comme une petite fille.

Quel trait de caractère pourriez-vous partager avec un voyou ?
La folie de la vie qu’ils ont choisie, le sens de l’amitié et une certaine immoralité que j’exprime différemment, en filmant et en écrivant.

Quels réflexes gardez-vous de votre vie de flic ?
Je peux m’angoisser énormément pour ceux que j’aime.

Petit, quels étaient vos jouets préférés ?

Je refaisais la série Au nom de la loi, j’étais le personnage de Steve McQueen, je jouais tout seul avec une Winchester coupée et je mettais en fond sonore les musiques d’Ennio Morricone.

Et aujourd’hui ?
Ma moto, une vieille Harley-Davidson. Quand je ne vais pas bien, je roule la nuit et tout va mieux.

Le dernier polar que vous avez lu ?
Mortels Trafics aux éditions Fayard. Son auteur est Pierre Pouchairet, qui a été flic avec moi au SRPJ de Versailles (Service régional de police judiciaire, NDLR) et qui a reçu le prix du Quai des Orfèvres 2017.

Vous travaillez sur quel projet en ce moment ?

Mon nouveau film Bronx, un polar qui se passe sur la Côte d’Azur, avec de belles baraques, de beaux mecs. Ça va être mon Miami Vice à la française. Je me renseigne souvent auprès de mes amis de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention, NDLR) car les codes et le langage ont changé et il faut coller à la réalité. On est dans une police très « policée », il y a moins de libertés qu’avant, même si j’en prends au cinéma en mettant en scène des flics ripoux. Vous me direz, dans la vraie vie, il y en a bien qui sont partis avec des sacs de 75 kilos de coke du Quai des Orfèvres ! Mais, avec Bronx, je veux sortir de mes films de flics alcoolo-dépressifs. Il y aurait un autre sujet à faire, sur mes trois potes de la BRI qui ont été les premiers à entrer au Bataclan. Même si ce sont des athlètes –, moniteurs de tirs et autres –, il y a eu une telle souffrance !

À découvrir également